MARTYRE DE THOMAS BECKET
Le martyre de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, est souvent figuré sur les châsses limousines. Le thème général des tableaux est immuable. Le pontife est toujours représenté devant un autel sur lequel on aperçoit un calice et quelquefois une hostie. Le calice suppose nécessairement la célébration du saint sacrifice. Or, en ce point, les
L' Œuvre de Limoges.
Pl. XXXVII
Fig. 45 1.
Le Martyre de Thomas Bec k et. — Chasse émaillée du xme siècle.
(Musée de Guéret.)
Fig. 452. — Le Martyre de Thomas Becket. — Chasse émaillée du xme siècle.
(Cathédrale de Sens.)
CHASSES
émailleurs n’ont point tenu compte de la vérité historique, car l'assassinat du saint eut lieu pendant les vêpres. On voit ensuite les assassins, dont le nombre varie suivant les exigences du cadre.
Fig. 453 et 454. — Le martyre de thomas bf.cket, archevêque de cantorbéry. Haut. om 15 ; long. om 1 1. — Châsse du xiiic siècle.
Église de Saint-Laurent du Vigean, canton de Mauriac (Cantal).
11 n’y en a qu’un seul sur la châsse de Saint-Laurent du Vigean (voir figure 453), deux sur une châsse du Musée de Clermont, trois sur celles du Musée de Guéret (voir figure 451) et de l’abbé Texier (cette dernière a été reproduite à la planche III de l’Essai sur les Argentiers et les Émailleurs de Limoges ), quatre sur le reliquaire de la cathédrale de Sens (voir figure 452).
L’histoire dit qu’ils étaient quatre et elle nous en a conservé les noms : Renaud Fitz- Othon, Hugues de Morville, Richard le Breton et Guillaume de Tracy, qui porta le premier coup d’épée sur la tète du saint. Souvent les assassins sont revêtus d’une armure complète parce qu’il est dit qu’avant de pénétrer une seconde fois dans le palais pour tuer l’archevêque, ils se retirèrent chez eux pour prendre leurs boucliers et leurs armes; d'autres fois plusieurs d’entre eux sont armés de haches, en souvenir de l’arme avec laquelle ils voulurent forcer l’entrée du palais archiépiscopal.
Sur la châsse de Saint-Laurent du Vigean, on remarquera le riche costume du saint et la couronne royale posée sur sa tête en guise de mitre. Son apothéose est représentée sur la toiture : on ne peut en douter car il porte la même coiffure que dans le panneau inférieur. L’âme d’un bienheureux est généralement indiquée par un corps d’enfant tout nu et sans sexe, suivant ce texte de saint Matthieu (c. xxi, v. 39) : « In resur rectionem neque nubent , neque nubentur, sed erunt sicut angeli Dei in cœlo ». Quelquefois on la trouve habillée, comme sur la châsse du Vigean et celle de l’abbé Texier.
L’EMAILLERIE LIMOUSINE
Sur le revers de la châsse, le saint, enveloppé d’un drap mortuaire, reçoit la dernière bénédiction d’un évêque (voir figure 454). Il est ici représenté nimbé, car il a mérité par son martyre d’être placé au rang des saints.
Au-dessous, un cheval galope entre deux arbres. Il ne nous a pas été possible de reproduire ce quatrième panneau, par le motif que le dessin que nous a communiqué M. le chanoine Chabau est incomplet sur ce point. L’entrée de la serrure, posée horizontalement, dénote le système de fermeture du coffret.
Les figures 455 et 456 reproduisent les pignons de. la châsse du Vigean. Deux apôtres nimbés et pieds nus, debout sur une montagne à cinq copeaux (comme disent les héraldistes), sont abrités par une arcade cintrée que surmonte une tourelle. Le fond, de couleur bleu lapis, est constellé de rosaces et encadré par une bordure de petites croix en réserve.
Sur la châsse de la cathédrale de Sens, les assassins, comme nous l’avons dit, sont au nombre de quatre ; le dernier s’avance armé d’une épée et d’un bouclier circulaire (voir planche XXXVII, figure 452).
Thomas fut massacré pendant les vêpres, entouré des membres du clergé : les ecclésiastiques et les moines se réfugièrent au pied des autels; trois seulement restèrent près du saint, et l’un d’eux, Édouard Grym, reçut une grave blessure en voulant le défendre. Le compositeur de la châsse de Sens a rappelé cet acte de dévouement en représentant, étendus par terre, deux diacres dont l’un reçoit un coup de hache. Au-dessus de cette scène on voit l’ensevelissement du saint. Le revers de la châsse reproduit des rosaces polychromes inscrites dans des rectangles bleu lapis bordés de bleu turquoise; sur les pignons, deux apôtres sont debout sous des arcades en cintre surbaissé, surmontées d’un édicule à toit conique.
L’auteur de la châsse du Musée de Cluny (voir figure 457) se serait mieux conformé à la vérité historique en ne représentant point le saint vêtu des ornements pontificaux
et officiant devant l’autel au moment de son martyre, mais nous ne nous expliquons pas le motif qui a pu le déterminer à le figurer les pieds nus, et nous sommes à nous de-
Fig. 457. — Ciiasse en cuivre doré et émaillé (xiiic siècle). Haut. om25; long. om 25.
(Musée de Cluny. — Ancienne collection Germeau.)
mander si ce sujet se rapporte bien à l’archevêque de Cantorbéry. Le revers de cette châsse est décoré de quatre médaillons portant des figures d’anges.