‹ L'œuvre de LimogesChapitre 83 sur 118 · CATALOGUE DES PLAQUES DE CHASSES · texte numérisé non relu

CATALOGUE DES PLAQUES DE CHASSES

CONSERVÉES TANT EN FRANCE QU’A L'ÉTRANGER

Allemagne. — Cathédrale de Trêves. Plaque elliptique représentant saint Pierre assis. L’apôtre, en relief, se détache sur un fond émaillé orné de rosaces. Haut. omi98; larg. omii8. XIIIe siècle.

Musée provincial de Bonn. Plaque représentant le Christ debout sur un fond en émail bleu chargé de rinceaux. XIIIe siècle.

Collection Vasters, à Aix-la-Chapelle. Deux plaques décorées de quatrefeuilles polychromes représentant, l’une la Madone assise se détachant sur un fond d'émail bleu; haut. omi7; l'autre le Christ; haut. om 23. XIIIe siècle.

Collection Schnütgen, à Cologne. La Majestas Domini sur un fond d'émail bleu. Haut. ora 125. XIIIe siècle.

Angleterre. — Collection Robert Curzon junior. Plaque. Sous une arcature, le Christ et deux apôtres à mi-corps. XIIIe siècle. — La Vierge sur un trône, accostée de saint Pierre et de saint Paul, se détache en relief sur un champ bleu à rosettes polychromes. Haut. om 26. XIIIe siècle.

PLAQUES ET STATUETTES ÉMAILLÉES

Collection G. H. Morland. Panneau de châsse arrondi au sommet. Saint Philippe en haut-relief sur champ bleu foncé, à enroulements métalliques terminés par des fleurs polychromes. Le nom de l’apôtre est inscrit près de sa tête. Haut. om 275; larg. om 125. XIII0 siècle. — Pignons de châsse. Deux figures de saints en cuivre doré et haut-relief se détachant sur un champ orné, l'un de quatrefeuilles et d'écussons inscrivant des lions, des griffons, des fleurs de lis, le tout émaillé; l'autre de quatrefeuilles renfermant des ornements végétaux. Haut. om2g. XIVe siècle.

Bavière. — Musée germanique de Nuremberg. Deux pignons de châsse représentant un saint debout. XIIIe — Une plaque de châsse fixée aujourd’hui à une reliure d’argent doré et estampé. La Vierge debout, tenant l’Enfant Jésus, ciselée en relief, est appliquée sur un fond d’émail bleu lapis orné de disques, de losanges polychromes et coupé de deux larges bandes horizontales bleu turquoise. Fin du XIIIe siècle.

Face d’un reliquaire. Le Crucifix entre la Vierge et saint Jean; deux apôtres. XIIIe siècle. — Trois figurines émaillées. XIIIe siècle.

Belgique. — Collection de M. le comte G. de Nédonchel. Figurines provenant probablement d’une châsse. Le Christ en croix, la Sainte-Vierge et saint Jean. Haut, o™ 20. XIIIe siècle.

Collection J. Frésart, à Liège. Statuette de saint Jean, en demi-relief, en cuivre fondu, doré et émaillé. Carnations métalliques; robe bleu turquoise, manteau bleu lapis. Haut. omi8. XIIIe siècle.

Musée archéologique de Namur. Plaque de châsse provenant du village de Cincy. Le Crucifiement. Haut. om226; long. om 104. XIIIe siècle. — Fragment carré, en cuivre doré, de om 05 de côté; au centre, une harpie ajourée et ciselée inscrite dans un cadre émaillé.

Musée des Antiquités de Bruxelles (Porte de Hal). Plaque quadrangulaire émaillée représentant le Crucifix accosté de la Vierge et de saint Jean. XIIIe siècle.

Italie. — Collection Lodovico Trotti Bentivoglio. Plaque représentant la Vierge et deux saints; figures en relief sur champ émaillé. XIIIe siècle.

Collection Gian-Giacomo Trivulzio. Trois plaques rectangulaires. L’une représente le Christ et deux apôtres émaillés sur champ métallique; l’autre le Christ dans sa gloire, entouré des symboles des Evangélistes ; la troisième la Nativité. Les figures sont en relie, sur fond émaillé. XIIe et XIIIe siècles.

Collège romain. Plaque rectangulaire représentant le Christ debout. XIIIe siècle.

Musée chrétien du Vatican. Plusieurs panneaux de châsse. La Résurrection de Lazare, en émail sur fond d’or à rinceaux gravés. La Crucifixion; têtes en relief. Trois plaques représentant la Majestas Domini. Les Rois Mages s'acheminant vers Bethléem. Entrevue des Mages et d’Hérode. Hérode ordonne le massacre des Innocents. Un ange avertit saint Joseph de fuir en Égypte. XIIIe siècle. — Autre panneau de forme barlongue, présentant des figures et des blasons ainsi disposés : léopards d’Angleterre; saint Pierre; la Sainte-Vierge; Crucifix entre deux arbres tordus de même hauteur que la croix; saint Jean; saint Paul; semé de France. Emaux en taille d'épargne. Haut. orao55 et omo5i; long. omi77. XIVe siècle. — Plusieurs figurines en relief dont une émaillée, entre autres : saint Pierre, haut. ora2i5; saint Paul, haut. o'”22; un apôtre, haut. o"235; un saint revêtu d'une chasuble, haut. o,n23. XIIIe siècle. Trois plaques du XIVe siècle, découpées en qua'refeuilles et représentant comme sujets : le Crucifiement, la Résurrection et l’Agneau de Dieu tenant une bannière. Fond de l’émail, bleu.

France. — Musée de Cluny. Deux plaques de châsse ou d'autel. L’une représente la Salutation angélique; les figures, placées sous des arcs en plein cintre, sont en relief et émaillées. L’autre, le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean. Au-dessus des bras de la croix, deux anges. Haut. om34. XIIIe siècle. — Plaque de châsse. Dans une auréole elliptique, le Christ accosté de la Vierge et de saint Jean. — Autre plaque décorée de trois auréoles elliptiques entourant le Christ couronné et assis, la Vierge et saint Jean debout. Les symboles des Évangélistes accompagnent l’auréole du Christ. Personnages réservés avec figures en relief. Long. om2i5.

Musée du Louvre. Plaque rectangulaire. Statuette en cuivre doré, du Christ debout, placé entre deux anges en réserve avec têtes en relief sur fond bleu constellé de rosaces émaillées. Haut, o™ 148; long. om 143.

Collection Victor Gay. Plaque en forme d’étoile représentant la Crucifixion. — Plaque polylobée portant un écusson d’armoiries bandé d'or et d'azur à la bordure de gueules. XIVe siècle.

Collection Spitzer. Plaque à sommet triangulaire, ornée de bandes et de rosettes émaillées, sur laquelle on a rapporté une figure en cuivre doré et en demi-relief représentant la Vierge assise tenant l'Enfant

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Jésus. — Plaque émaillée, en forme de vesica piscis, sur laquelle est appliquée une figure de saint Pierre en cuivre fondu, ciselé et doré. — Plaque rectangulaire émaillée, portant une statuette d’ange debout. — Plaque émaillée, en forme de vesica piscis, portant une statue en demi-relief du Christ triomphant.

Collection Picard, à Paris. Médaillon circulaire représentant, sur un fond guilloché et doré, le buste d’un apôtre imberbe et émaillé.

Ancienne collection Ducatel. Plaque rectangulaire représentant la Crucifixion : le Christ, la Vierge, saint Jean, le Soleil et la Lune. Les personnages sont en relief; le fond bleu, orné de rinceaux. Haut. o"i8; long. om 16. — Plaque rectangulaire. Sur un fond bleu orné de rinceaux sont appliquées les statuettes en cuivre doré de la Vierge assise tenant l'Enfant, de saint Pierre, de saint Paul, et de deux anges portant chacun un encensoir. Haut. orai8; long. om 16. — Plaque elliptique. Buste d’ange réservé, avec tête en relief, sur un fond émaillé bleu orné de rinceaux polychromes. Haut. orao9; long. o'“ 14. — Deux pièces : plaque ronde présentant un ange à mi-corps, et figure-applique de sainte femme debout. XIIIe siècle.

Cathédrale de Troyes. Deux plaques en forme de trapèze, en émail bleu, semé de rosaces circulaires encadrant des quatrefeuilles polychromes.

Notre-Dame de La Chahanne, près Ussel (Corrèze). Plaque triangulaire représentant l’Assomption de la Vierge : dans un médaillon circulaire, la Mère de Dieu, nimbée, couronnée et les bras étendus; dans le haut, la Main divine; dans le bas, deux anges. Personnages en réserve; têtes en relief; fond bleu orné de rinceaux. Haut. omio; long. om 18. XIIIe siècle. Cette plaque de châsse, qui était fixée sur la porte de la chapelle, a disparu depuis quelques années.

Russie. — Ancienne collection Basilewsky. Figure de métal en demi-relief et rapportée, assise sur un siège cubique également rapporté. Fond bleu lapis chargé de rinceaux s'épanouissant en fleurons polychromes. A la hauteur de la tête et sur une bande, est gravé en onciales émaillées le nom de l’apôtre saint Jean et de l’église qu’il fonda : IOHS-ASYAM. Haut. om285; long. om 148. XIIIe siècle. — Autre plaque de même dimension représentant saint Simon, ainsi que le constate l’inscription : S. SYMON- PERSIDEM. — Autre plaque représentant saint Pierre assis, reconnaissable aux deux clefs traditionnelles. — Haut. om 30 ; long. om 152. XIIIe siècle. — Autre plaque de même nature, représentant saint Philippe : S. PHILIPP, assis sur un siège cubique garni d'un coussin. Haut. om296; larg. o” 14. XIIIe siècle.

C OFFRETS-RELIO U AIRES

Le coffret du Musée Dubouchè, à Limoges, est d’une finesse remarquable et d’une conservation parfaite. Élevé sur un plan rectangulaire supporté aux angles par des petits pieds arrondis, il est surmonté d’un couvercle formé par quatre plans inclinés, au sommet desquels on a fixé un anneau.

Fig. 482. — Coffret eucharistique du musée dubouchè, a limoges. Haut, o"’ 13; long. o“2o; larg. omi2. — xme siècle.

Une plaque de cuivre intérieure le ferme exactement, même lorsque le couvercle est levé, comme le représente la figure 482.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Les quatre faces du coffret sont décorées de médaillons en forme de vesica piscis posés les uns à côté des autres, et réunis à leurs points de jonction par une marguerite en cuivre délicatement ciselé. Dans chacun de ces médaillons se trouve, assis sur un riche coussin et les pieds reposant sur un tabouret garni d’émail bleu clair et blanc, le Christ entouré de la Vierge, de saint Pierre et des apôtres. L’intervalle laissé libre entre ces médaillons est garni par de petits anges, émergeant à mi-corps d’une zone de nuages.

Chacune des faces du couvercle qui forme une toiture à quatre versants présente, au milieu d’un riche décor de rinceaux à fleurs et à fleurons d’une souplesse et d’un goût exquis, un ange aux ailes éployées s’élevant au-dessus d’une nuée. Celui qui occupe le panneau de devant, et dont l’attitude expressive mérite d’être remarquée, est placé entre deux autres petits anges.

Tous les personnages ont les têtes en relief; ils sont gravés sur le cuivre et légèrement ciselés en creux, de manière à produire un très faible relief. Le fond de l’émail est d’un beau bleu.

Ce coffret avait été acheté par Maurice Ardant, d’un sieur Bardonnaud, marchand balancier, qui s’en servait pour y renfermer sa menue monnaie. Maurice Ardant l’a cédé à la Société d'agriculture de Limoges, qui l’a donné à son tour à la Société archéologique. 11 est allé ensuite orner les vitrines du musée de la ville (i).

La cathédrale de Troyes possède un petit coffre du xne siècle qui a figuré à l’Exposition du Trocadéro en 1889. Il est de forme barlongue, portant sur ses côtés, sous des arcades en cintre surbaissé supportées par des colonnettes, les figures des Vices représentés sous les traits de personnages nus et difformes que poursuivent des femmes couronnées symbolisant les Vertus.

Nous avons déjà vu ce combat des Vices et des Vertus sur la crosse dite de Ragenfroi (voir figure 140, page 75), dont la nationalité limousine peut encore être mieux établie, en comparant les sujets qui la décorent, avec ceux du coffret de Troyes.

Nous en empruntons la description à M. Émile Molinier (2) :

« Les différents symboles sont expliqués par des inscriptions tracées au-dessus et audessous des figures, et qui sont gravées moitié en lettres capitales, moitié en lettres onciales.

« Devant. La Douceur, armée d’une lance et d’un bouclier long, enfonce son arme dans la bouche de la Colère : Mansnetudo, Iracundia. — La Sobriété, armee d’un bouclier rond, menace de son épée l’Ivresse et la foule aux pieds : Sobrietas, Ebrietas. — Une femme frappant d’un fouet un personnage nu qu’elle tient par les cheveux : Parsymonia, Canea (?). — La Charité enfonçant sa lance dans la bouche du mauvais riche renversé devant elle : CARITAS (F) ortun

» Extrémité de droite. La Miséricorde, tenant un bouclier long, enfonce une large épéë dans la bouche de l’Impiété : Misericordia, lmpietas. — La Vérité tient par les cheveux le Mensonge et le frappe d’un marteau : Veritas, Falsitas.

» Partie postérieure. La foi perce de son épée un personnage qu’elle tient par les cheveux. Fides — L’humilité enfonce sa lance dans la bouche de l’Orgueil : Humilitas,

Superbia. — La largesse tient par les pieds l’Avarice et la perce de son épée : Largitas, Avaricia. — La Chasteté frappe de verges la Luxure : Caslitas, Luxuria.

(1) Maurice Ardant, Émailleurs et Émaillerie de Limoges, p. 55. Isle, 1855.

(2) L'Exposition rétrospective de l'Art français au Trocadéro, p. 6g.

COFFRETS-RELIQUAIRES

» Extrémité de gauche. La Patience perce de son épée la Colère : Paciencia , Ira. — La Concorde foule aux pieds et perce de sa lance la Discorde : Concorda (sic), DISCORDIA.

« Figures réservées et gravées sur fond alternativement bleu lapis, bleu clair, vert sombre translucide, lie de vin translucide. Le couvercle du coffret a disparu ».

"în

CQ

'Ci

CO

fci»

rt

vD

ci J

Sous la figure 483 se trouve représenté un coffret du Musée de Nuremberg (Bavière). C’est un parallélipipède en cuivre guilloché ; la serrure est en fer. Le couvercle et la caisse sont ornés de verres-cabochons et de quinze grossières figurines en relief, émaillées de bleu lapis, de bleu turquoise et de rouge.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Trois anses fixées sur le couvercle et sur les petits côtés permettent d’attacher ce coffret, au moyen de courroies, à l’intérieur d’un bahut qui ne peut être facilement soustrait, ou de le porter en croupe, de le réunir au bagage chargé sur des bêtes de somme. Les mœurs du Moyen-âge étaient nomades : nobles et marchands étaient souvent sur les grands chemins, et on avait l’habitude d’emporter tout avec soi, objets profanes comme objets religieux.

Le catalogue du Musée de Cluny, édition de 1881, page 350, décrit sous le N° 4510 un coffret émaillé que nous reproduisons planche XXXIX, figures 484 et 485; il l’attribue, à tort croyons-nous, à l’École limousine.

Ce coffret, élevé sur quatre pieds, est surmonté d’un couvercle à forme de toiture à quatre pans.

Le côté principal représente saint Michel et sainte Claire, S. CLARA. Sur l’autre face se trouvent saint Martin, partageant son manteau avec un pauvre; la Vierge assise, tenant son Enfant sur le genou droit; et saint Clément, S. CLEME[ri]S. Les pignons sont occupés par les figures de sainte Claire, S. CLARA, et de saint Nicolas, S. NICOLAS. L’écusson aux armes du donateur se trouve reproduit sur toutes les faces de ce riche coffret.

Sur le couvercle on reconnaît le Christ, saint Pierre, saint Paul, deux autres saints personnages sans attribut et la scène de la Salutation angélique.

Dans ce reliquaire rien ne rappelle l’École limousine ; tout, au contraire, indique qu’il a été fait par un artiste italien. Les figures sont exprimées par une gravure largement niellée; elles se détachent sur un fond uniformément bleu semé d’étoiles à six pointes, réservées, et ont toutes un nimbe en métal. Bien que l’émail soit d’un beau bleu, l’aspect général de la châsse est d’une monotonie que savaient éviter nos émailleurs limousins. En examinant ce monument aux endroits où il a subi quelque détérioration, on remarque que le cuivre n’a pas été fouillé aussi profondément que dans les œuvres françaises

Plusieurs auteurs ont avancé que les Italiens n’avaient point pratiqué l’émaillerie champlevée et qu’ils étaient passés presque sans transition des émaux cloisonnés aux émaux translucides sur relief. S’il faut reconnaître que les émaux champlevés italiens connus jusqu’à ce jour sont peu nombreux, on peut se demander aussi si cette pénurie ne serait pas qu’apparente, car personne n’a songé encore a faire un inventaire sérieux de ces pièces.

Un grand nombre de coffrets religieux ont les côtés recouverts de médaillons armoriés ou de scènes profanes représentant même parfois des sujets érotiques. Tel est celui de l’église Saint-André, à Verceil (Italie), qui renferme les restes du célèbre cardinal Guala Bichéri, né à Verceil, mort dans cette ville en 1227. Ce meuble, en bois de peuplier coloré en rouge grenat foncé, mesure en longueur om82, en largeur om40, en hauteur om 355- 11 est orné de disques métalliques, les uns ciselés et ajourés, les autres émaillés d’armoiries ou de figures réservées sur champ bleu; des clous à têtes dorées encadrent chaque disque. Plusieurs de ces disques ont disparu; parmi ceux qui restent on doit mentionner les armes d’Alphonse de Poitiers (diamètre omo95); une scène érotique (diamètre omo85); une reine assise sur un trône ; un personnage couronné, debout, tenant une lance d’une main, un bouclier de l’autre, et ayant un animal à ses pieds (xme siècle). L’entrée de serrure, circulaire et saillante, comporte deux moraillons fixés au couvercle par trois languettes de métal doré et lisse ; à la languette médiane est attachée une plaque rectangulaire chargée d’un écusson d’azur au lion d’or, armes qui ont appartenu aux vicomtes de Limoges jusqu’en 1275.

La cathédrale de Verceil possédait aussi une cassette émaillée où, antérieurement à 1670, étaient conservés les restes mortels du bienheureux Amédée IX, duc de Savoie

L'Œuvre de Limoges

Pl. XXXIX

Fig. 484 et 485. — Coffret émaillé. (École italienne.) xive siècle.

Haut., 1 85 millim.; long., 28 cent.

(D’après des photographies de M. le comte Robert de Lasteyrie )

COFFRETS-RELIQUAIRES

(ÿ 1472). Cette cassette n’existe plus aujourd’hui, mais plusieurs des disques qui l’ornaient, les uns figurés, les autres armoriés, ont échappé à la destruction. Parmi ces derniers, on reconnaît, malgré une disposition fantaisiste, les armes d’Alphonse de Poitiers, frère de saint Louis (7 1271 dans l’Italie Septentrionale) : parti : au /, semé de France; au 2, de gueules à quatre châteaux de Castille l’un sur Vautre.

Fig, 486 et 487. — La cassette df. saint louis (face et revers). Haut. om 1 5 ; long. om34; larg. om 18. — xiiic siècle. (Musée du Louvre.)

La cassette, figures 486 et 487, renfermait les cilices de Louis IX; elle avait été donnée, par Philippe-le-Bel, à l’abbaye de Notre-Dame-du-Lys, près de Melun, lorsqu’il envoya les reliques du saint roi (1).

A l’époque de la Révolution elle fut sauvée par une religieuse, sœur Pélagie, qui l’obtint des commissaires chargés de s’emparer de tous les objets religieux. Sœur Pélagie

(1) Voir le magnifique ouvrage d’Edmond Ganneron, La Cassette de saint Louis, avec chromolithographies. Paris, Clave, 1855.

la conserva précieusement et en fit la remise à l’église paroissiale lorsque le culte fut rétabli. Elle se trouve aujourd’hui au Musée du Louvre.

La cassette de saint Louis est en bois de hêtre recouvert d’une peau de vélin, sur laquelle on a étendu un enduit très consistant, recouvert d’une feuille d’étain. Cet étain, fixé sur le bois par de petits clous dorés à tête ronde, est teinté au moyen d’un vernis léger, vert, très transparent, pour donner à l’ensemble de la pièce un brillant éclat. Le temps a complètement modifié la teinte primitive; on la retrouve cependant encore dans certains endroits.

Chacun des quatre angles du couvercle est maintenu par des coins de cuivre en saillies extérieures, quadrillés et émaillés, sur lesquels s’enchâssent, au centre d’une sertissure denticulée, des cabochons en cristal de roche appliqués sur du paillon pourpre.

Le couvercle est fixé à la face postérieure au moyen de deux charnières qui roulent dans les dents de quatre monstres en cuivre repoussé et ciselé. Dans tout son travers s’étend un énorme dragon aux yeux et aux ailes émaillés noir, bleu, blanc et rouge ; il tient dans sa gueule le moraillon qui s’abaisse dans la serrure. Enfin on soulève et on porte le coffret au moyen d’une poignée en cuivre doré, formée des anneaux d’un reptile et terminée par deux têtes de serpent.

Le couvercle, la face antérieure et les deux parois latérales contenaient cinquante-et-un écussons armoriés recouverts d’émaux en taille d’épargne; il n’en reste plus que quarantecinq. Sept de ces écussons représentent les armes de France; quinze, de plus petites dimensions, figurent celles de France et de Castille; les autres reproduisent les armoiries de plusieurs grands vassaux de la couronne qui prirent la croix avec le saint roi. Les six pairies du royaume y sont représentées, savoir : les trois duchés de Bourgogne, de Normandie, de Guyenne, et les trois comtés de Champagne, de Flandre, de Toulouse (i).

Un de ces blasons est bien précieux pour assigner une date certaine à la construction de notre cassette : c’est celui de Champagne-Navarre, car Thibaut VI, comte de Champagne, qui le premier l’a porté, ne fut fait roi de Navarre qu’à la mort de Sanche (le

(i) Les armoiries représentées sur la cassette de saint Louis sont les suivantes :

Face antérieure (bordure du couvercle). — Hugues IV, duc de Bourgogne : bandé d’or et d'azur de six pièces à la bordure de gueules qui est Bourgogne ancien. Robert de Courtenay : d'or, à trois tourteaux de

gueules , au lambel de cinq pendants d'azur. Arnaud, comte de Montfort : de gueules, au lion d'argent à la

queue fourchée et passée en sautoir. Robert III, comte de Dreux : échiqueté d'or et d’azur, à la bordure de gueules. (Sur la face.) Pierre de Dreux : échiqueté d’or et d’azur, à la bordure de gueules et au franc-

quartier d'hermines. Beaudoin IX, comte de Flandres : d'or , au lion de sable. Armes de Castille et de

France plusieurs fois reproduites. Thibaut VI, comte de Champagne et roi de Navarre : Parti, au i, de gueules, aux chaînes d’or passées en orle, en croix et en sautoir; au 2, d'azur , à la bande d’argent accompagnée de doubles cotices d'or. Robert Malet : de gueules, à trois fermaux d’or.

Couvercle (bordure du couvercle). — Philippe, comte de Dampmartin : fascê d'argent et d'azur de six pièces. Alphonse, comte de Toulouse : de gueules , à la croix cléchée, vidée et pommetée d'or. Raoul, sire de Coucy : fascé de vair et de gueules de six pièces. Jean de Beaumont : gironné d’argent et de gueules de huit pièces. (Sur la face.) Guillaume de Beaumont : gironné d'aigent et de gueules de douze pièces, brisé d’un lambel à cinq pendants d'azur. Barthélemy, sire de Roye : échiqueté d'or et de gueules , au chef losangé. Thibaut, comte de Champagne : d'azur , à la bande d'argent accompagnée de doubles cotices d'or. Le royaume de Jérusalem : d'argent, à la croix potencée et conlre-potencée d'or cantonnée de quatre croisettes de même. Henri II, comte de Bar : d'azur, à deux bras adossés d’or , Vécu semé de croiseltes recroiselées au pied fiché d'or. Mathieu de Montmorency : d'or , à la croix de gueules cantonnée de quatre alérions d'azur. Richard d’Harcourt : de gueules, à deux fasces d'or. X....: d'or , à trois tourteaux de gueules , brisé d'une fasce de même.

Faces latérales. — On y trouve plusieurs écussons déjà décrits, et en outre celui d’Henri III, roi d’Angleterre : de gueules, à trois léopards d'or l'un sur l'autre.

COFFRETS-RELIQUAIRES

Fort), son oncle maternel, arrivée l’an 1234. La cassette de saint Louis ne peut donc être antérieure à cette époque.

Le dessus du couvercle, la face antérieure et les deux petits côtés sont ornés en outre de médaillons représentant des sujets empruntés presque tous aux bestiaires de l’époque. Ces médaillons se composent de deux feuilles de cuivre rouge de om04 de diamètre et de un demi-millimètre d’épaisseur; l’une, tout unie, sert de fond au sujet qui est repoussé dans la seconde feuille, puis ciselé et découpé à jour. Les yeux seuls des personnages et des annimaux sont imités par des gouttelettes d’émail bleu lapis.

Les médaillons du couvercle nous offrent pour sujets : i° un dragon domptant un lion; 20 deux dragons adossés; 30 un aigle et un lion adossés, dont les têtes, contournées, mordent une pomme de pin; 40 un griffon vainqueur d’une panthère; 50 combat d’un lion et d’un dragon; 6° un chasseur portant sur ses épaules la dépouille d’un cerf; 70 combat d’un homme et d’un lion; 8° deux chiens lancés à la poursuite d’un cerf.

Fig. 488. — La cassette de saint louis (face latérale).

Ceux des petits côtés : i° une fleur de marguerite (1) ; 20 deux aigles adossés tournant leurs tètes pour becqueter une pomme de pin ; 30 un dragon, les ailes ouvertes, monté sur un autre dragon sans ailes; 40 un griffon à tête de dragon (voir figure 488); 50 un lion couronné; 6° un dragon les ailes ouvertes; 70 une fleur de soleil; 8° un aigle à deux têtes, les ailes éployées.

Sur la face antérieure : i° un homme, vêtu d’une tunique, tranche avec un glaive la tête à un dragon; 20 deux dragons adossés; 30 David enfourche un lion et lui enfonce un poignard dans la tête; 40 un dragon et une panthère; 50 deux léopards, adossés, se contournent pour mordre une pomme de pin; 6° combat d’une panthère et d’un dragon; 70 deux dragons, adossés, enlacent leur queue; 8° un jeune homme jouant du rebec.

Les médaillons de la face postérieure, au nombre de onze, sont émaillés; les sujets re-

(1) La marguerite était une des fleurs populaires au Moyen-âge et qui est restée un emblème de l’amour. On peut supposer qu’elle est ici placée modestement au milieu de nombreux emblèmes pour faire allusion à la timide Marguerite de Provence, épouse du roi, pour laquelle la reine Blanche avait contracté une jalouse antipathie.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

présentés sont réservés et se détachent sur un fond bleu lapis, au milieu duquel apparaissent quelques rinceaux dont les enroulements, fort simples, se remarquent sur presque toutes les châsses limousines. On y reconnaît :

i° Un personnage enfourchant un lion, dont il tient la tête; 20 un homme à pied attaquant avec un glaive un griffon; 30 un jeune homme jouant du rebec devant une jeune fille qui danse, tenant des espèces de cliquettes dans chaque main ; 40 un guerrier, armé d’un glaive et d’un bouclier, attaquant un lion; 50 deux jeunes époux qui s’embrassent; 6° un roi, couronne en tète, sceptre en main, assis sur un trône; en face de lui un jeune homme, les mains suppliantes; 70 un prince couronné, à cheval, le faucon au poing; 8° un ibis becquetant un poisson mort; g° un chasseur tenant un chien en laisse; io° deux chevaliers ayant l’air de s’attaquer en combat singulier; ii° deux chiens lances à la poursuite d’un cerf.

Fig. 489. — Cassette du trésor d’aix-la-chapelle (xme siècle). Long. om77; haut, et larg. on'385.

La cassette du Trésor du Dôme d’Aix-la-Chapelle (voir figure 48g) présente un système de décoration analogue à celui de la cassette de saint Louis. Elle est rectangulaire, recouverte en cuir et ornée de disques chargés d'armoiries émaillées et de cuivres ciselés. Les faces du coffret sont réunies entre elles par des équerres et des pentures élégamment découpées et burinées (1).

L’absence de tout symbole religieux dans la décoration de certains coffrets, les scènes profanes et même érotiques qui souvent s’y trouvent représentées, laissent tout naturellement supposer qu’un grand nombre de ces objets ont primitivement servi a un usage civil, et que ce n’est que dans la suite qu’ils ont été transformés en reliquaires.

On rencontre souvent dans les collections des médaillons en cuivre émaillé ou ciselé qui ont été détachés des coffrets sur lesquels ils étaient appliqués. Tels sont ceux qui se trouvent au Musée de Cluny. Ces médaillons en cuivre repoussé, doré et repercé à jour, avec incrustation d’émail, ont om 08 de diamètre. L’un représente la grappe de raisin que

(1) Voir E. Aus’m Weerth, Kunstdenkmale des christlichen Mittelalters in den Rheinlanden, t. II, planche XXXVII, figure 4.

COFFRETS-RELIQUAIRES

les explorateurs de Chanaan viennent de couper dans la vallée d’Eschol (1), la terre promise, grappe qui symbolise la mort de Notre-Seigneur et le sacrement de l’autel, ainsi que le relate l’inscription gravée sur le pourtour de la circonférence : IN LIGNO BOTRVS EST PENDENS. IN CRVCE XRI[sJTVS (voir figure 490). Sur l’autre on voit la création

Fig. 490 et 491. — Médaillon d'applique en cuivre doré. — xme siècle.

(Musée de Cluny.)

de l’homme : POSTEA FACTVS HOMO QVI DOMINETVR EIS (voir figure 491). Sur un troisième, Moïse, une baguette à la main, frappe le rocher pour en faire sortir l’eau (2). Les flots, qui ont désaltéré les Hébreux dans le désert et les ont sauvés de la mort, coulent à ses pieds : HIC MOISI VI RG A BIS PETRA TACTA FVIT.

Page 1