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CATALOGUE DES GEMELLIONS ÉMAILLÉS

CONSERVÉS TANT EN FRANCE QU’A L’ÉTRANGER

Allemagne. — Musée d'art industriel (Kunstgewerbe Muséum) à Berlin. Gémellion. Champ bleu; armoiries de France et de Castille. XIIIe siècle. — Gémellion. Six groupes de musiciens encadrés par les lobes d'une rosace dont le cœur offre le combat d’un cavalier et d’un lion. Champ bleu décoré de rinceaux.

Angleterre. — Collection Robert Napier. Au centre, un musicien jouant du rebec et une danseuse s'accompagnant avec des castagnettes. A l’entour, six médaillons inscrivant des personnages et des vrilles; le tout sur champ bleu. Diam. om2i7. XIIIe siècle.

Collection du R. Walter Sneyd. Armoiries diverses. Diam. om 27. XIIIe siècle.

Collection Edm. Watterton. Au centre, un chevalier monté sur un cheval. Tout autour, six écussons armoriés : Bourgogne, Deux-Bretagne, Courtenai. Le champ vert des écussons et de leurs intervalles est agrémenté d’enroulements épargnés. Diam. om 208. XIIIe siècle.

Autriche. — Abbaye de Tepl (Bohème). Au centre, un écu fleurdelisé, environné de trois salamandres. Tout autour, six médaillons représentant des musiciens et des jongleurs en réserve sur champ bleu et vert.

Bavière. — Musée germanique de Nuremberg. Gémellions appariés. Dans le milieu, un cavalier joue du rebec. Tout autour, six disques inscrivent des écus armoriés; six femmes, debout, apparaissent dans les vides ménagés entre les disques. Les écus se blasonnent ainsi qu’il suit : 1° d’azur, à 3 croissants d'or posés 2 et 1 ; 2° paie d'or et de gueules de 8 pièces; 30 vairè d'or et d'azur de 2 traits , abaissé sous un chef vivré de gueules; 40 d'or, à 3 ailes de gueules, 2 et 1; 50 burelé d'or et d'azur de 10 pièces, en chef une sorte de grand larnbel de gueules à trois pendants elliptiques ; 6° coticé d'or et de gueules, qui est de Turenne.

DANEMARCK. — Musée des Antiquités du Nord, à Copenhague . Rose à quatre lobes, cantonnée de médaillons circulaires. Au centre un cavalier, revêtu d’une longue cotte d’armes, brandit son épée. Dans les lobes, un personnage offre un écrin à une dame, un jongleur joue de la cithare en face d’un gentilhomme, un homme et une femme sont en conversation. Les médaillons sont ornés de figures de paons. Diam. om 225. XIIIe siècle.

FRANCE. — Église de Cambronne (Oise). Au centre, dans un médaillon, un homme jouant de la viole et une femme tenant à la main un rouleau. Autour, dans quatre médaillons, deux danseuses et deux joueurs de harpe. Dans les écoinçons, un castel au mur crénelé. XIIIe siècle.

Ancienne collection Seillière. Deux gémellions (la paire). Au fond, un chasseur à cheval accompagné de son chien; sur le marli, six compartiments de personnages dansant et faisant de la musique. Figures réservées. Emaux bleus et blancs. L’un des gémellions est pourvu d'un goulot en forme de tête d’animal, pour tenir lieu d'aiguière. Diam. o" 22. XIIIe siècle. — Autre paire de gémellions. Au fond, un écusson : parti de France ancien et Castille. Au marli, quatre compartiments de chevaliers combattant, séparés par des palmettes. Émaux blancs, jaunes, verts et rouges. Diam. om 22. — XIIIe siècle. — Deux gémellions. Au fond, un chevalier aux pieds de sa dame ; au marli, quatre compartiments de personnages dansant et faisant de la musique, séparés par des écussons. Diam. om 225. XIIIe siècle. — Deux autres gémellions représentant : l'un, au fond, un chevalier aux pieds de sa dame, et, au marli, six compartiments de

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

femmes assises; l’autre, un chasseur, le faucon au poing, avec quatre compartiments de personnages faisant de la musique, séparés par des écussons. Diam. o“ 23. XIIIe siècle. — Gémellion à verser. Au fond, combat de chevaliers; au marli, quatre compartiments de sirènes à corps d'oiseaux et de personnages dansant et faisant de la musique, séparés par des tourelles. Diam. om 235. XIIIe siècle. — Gémellion à verser, portant, à l’intérieur, huit écussons armoriés, et, au centre, un chevalier armé passant au galop. Diam. om23. XIIIe siècle. — Autre gémellion orné de six médaillons à têtes d’anges, séparés par des fleurons, avec chevalier au centre. Diam. om 23. XIIIe siècle.

Ancienne collection Ducatel. Au centre, dans un médaillon circulaire, un guerrier à cheval, sur fond bleu, tenant un glaive. Sur le marli, quatre lobes formés par des arcs de cercle renfermant chacun deux personnages vêtus de long. Revers orné de lignes géométriques. Diam. om225. XIIIe siècle. — Gémellion avec gargouille. Au centre, écu triangulaire semé de fleurs de lis sans nombre. Sur le marli, six femmes, les mains appuyées sur des médaillons circulaires décorés d'un écu triangulaire. Revers gravé d'un écu chargé d’un lion et de rosaces fleurdelisées. Diam. om 275. XIIIe siècle. — Gémellion. Au centre, un écusson armorié; au marli, six compartiments contenant chacun un chevalier dans l’attitude du combat. Diam. om 223. XIIIe siècle. — Gémellion. Au centre, dans un médaillon circulaire, un écu triangulaire aux léopards d’Angleterre sur champ de gueules; sur le marli, six médaillons armoriés. Revers : rosace centrale et lignes géométriques. Diam. ora 235. XIIIe siècle. — Gémellion avec gargouille. Au centre, un écusson armorié bandé d'or et de gueules de six pièces ; au marli, six danseurs. Les émaux ont été refaits.

Musée du Louvre. Gémellion. Au centre, les armes de France entourées de trois dragons rampants. Tout autour, six lobes renfermant chacun un homme et une femme ; deux jouent des instruments, deux autres portent des écus armoriés. D’autres écus, également armoriés, occupent l'espace laissé libre entre les lobes et le bord. On y reconnaît entre autres les armes des Lezignem, des Béthune et des bâtards d’Anjou. Le revers porte, gravé au trait, un écu central coticé de dix-neuf pièces, dans une grande rosace formée par des arcs de cercle entre-croisés, terminés par des fleurs de lis. Diam. om 24. XIIIe siècle. — Gémellion muni d’une gargouille. Au centre, dans un médaillon circulaire bleu gris, est inscrit un quadri lobes entouré de rinceaux sur fond vert, et sur lequel apparaissent les armes de France. Le fond est orné de six médaillons blancs chargés d’un écu armorié triangulaire que tiennent six femmes, debout, tracées en réserve sur fond bleu. Diam. om 225. XIIIe siècle. — Autre gémellion analogue au précédent. Les écussons armoriés ne sont point les mêmes, et l’écu de France du centre est entouré de trois dragons rampants.

Musée de Cluny. Au milieu du bassin est un médaillon représentant un cavalier qui tient un faucon sur le poing. Dans les quatre médaillons de la bordure sont trois scènes de combats, et un quatrième sujet dans lequel on distingue un personnage tenant un vase et un autre portant un poisson sur les épaules.

Musée de Bordeaux. Gémellion à gargouille. L’ombilic, orné de trois personnages debout, coupe un segment de quatre médaillons disposés en quadrilobes, renfermant chacun des figures et des animaux. D’autres portions de cercle occupent les intervalles des médaillons et abritent une tour crénelée. Provient de l’abbaye de la Sauve. XIIIe siècle.

Italie. — Musée chrétien du Vatican. Gémellion décoré d’anges sur un champ bleu orné de rinceaux.

Collectioyi Lodovico Trotti Bentivoglio. Deux gémellions. L’un est historié de personnages, l’autre présente des armoiries au centre et des figures à l'entour. XIIIe siècle.

Collection Gian-Giacomo Trivulzio. Trois gémellions émaillés. Sur l’un sont représentés un sujet pieux et des anges; sur un autre, le Christ adoré par divers personnages et entouré de médaillons inscrivant des anges en buste. XIIIe siècle.

Collection Aldo Annoni di Cerro. Au centre, un cavalier. XIIIe siècle.

Opéra del Duomo, à Sienne. Décors : écussons d’armoiries émaillés. XIIIe siècle.

Russie. — Ancienne collection Basilewsky. Gémellion. L'ombilic, en légère saillie, porte un cavalier galopant, la lance au poing. Trois lobes en plein-cintre, arrêtés par l’ombilic, encadrent les sujets suivants : combat entre deux guerriers armés de l’épée et du bouclier; deux personnages assis accostant un monstre; un homme tenant un lion par la queue. De grands dragons occupent les triangles ménagés entre les lobes. Décor épargné sur champ bleu pour l’ombilic, turquoise pour les triangles et la bordure. Diam. om 225. XIIIe siècle.

CROSSES ÉPISCOPALES

On désigne sous le nom de crosse pastorale le baculus porté par les dignitaires ecclésiastiques comme un insigne de leur puissance spirituelle, mais on ne comprend pas les simples bâtons d’honneur, tel que celui du grand-chantre, et moins encore ceux qui n'indiquent qu’un pouvoir purement temporel.

La crosse est désignée, dans les anciens inventaires, par les mots baculus, ferula, pedum et pedalum (i).

Un des mots les plus usités a été celui de cambuta, riche de variantes dues à la prononciation ou à la négligence des copistes. On a dit : cambutta , cambotta, camboia , cambuca , camputa , caputta , capuita , sambuta , etc., mais il convient de remarquer que ces mots s’appliquent aussi parfois et indifféremment au tau, à la férule, au bâton de chantre, au bâton pastoral et même à une simple houlette.

Un des documents les plus anciens oui cambuta soit pris pour l’insigne du pouvoir spirituel de l’évêque se trouve dans l’histoire d’Ordéric Vital, dont le récit finit avec l’année 1141 (2). A partir de cette époque, le mot cambuta, sans prendre une signification beaucoup plus précise, s’applique à tout ou partie de la crosse. En 1295, dans l’inventaire de l’église Saint-Paul de Londres, il désigne la volute (3).

Les termes baculus pastoralis, baculus episcopalis, ont servi plus tard à qualifier la crosse proprement dite ; il en est de même du mot virga, mais le mot crocia (4), qui a donné naissance a celui de crosse, n’est entré dans le latin vulgaire qu’au xie siècle. Dans une charte de 1086 des archives de Saint-Florent, il est question du baculus abbatis qui crocia dicitur.

La crosse épiscopale se compose de deux parties essentielles : la hampe et le crosseron. La hampe est pointue par le bas, comme une canne ordinaire, et le crosseron se recourbe en crochet par le haut. Un gros nœud sépare ordinairement le crosseron de la hampe.

Dès les plus anciennes époques, surtout à partir du xie siècle, les amis du symbolisme se sont emparés de ces diverses parties de la crosse pour leur appliquer un sens et leur donner un langage. 11 nous suffira, pour ne pas trop nous arrêter à ces explications trop

(1) « Baculus qui et virga pastoralis, et caputta, et Ferula et pedum dicitur ». Honorius Augustod.,

lib. I, cap. 216. — « Misit ei baculum pastorale, quod Ferula vocatur ». Vila Aldrici episcopi Cenoman. num. 44. Du Cange, v° Ferula.

(2) « Per cambutam Ivonis Episcopi Sagiensis exteriorem Abbatiæ potestatem tradidit ». Orderic. Vital., Hist. Eccl. , 1. VIII, et Du Cange, Glossaire, v° Cambuta.

(3) 1295. « Baculus cum cambusca cornea, continens interius vineam circumplectentem leonem de cupro deaurato ». Inv. de l'église Saint-Paul de Londres. Du Cange, Glossaire , v° Cambucca.

(4) On trouve écrit dans les anciens auteurs tantôt crochia, croqua, crocula, tantôt crocea, crossea, croça, crossa.

ingénieuses, de transcrire les vers suivants cités par Molanus (i), et qui résument, on peut le dire, la doctrine de tous les liturgistes.

In baculi forma, Præsul, datur hæc tibi norma :

Attrahe per primurn, medio rege, punge per imum.

Attrahc peccantes, âge justos, punge vagantes.

Attrahe, sustenta, stimula, vaga, morbida, lenta.

Le bâton, pointu à l’extrémité, droit au milieu, recourbé au sommet, signifie que le pontife doit exciter les paresseux, diriger les faibles et réunir les errants.

Il est certain, dit Dominique Magri (2), que l’institution du bâton pastoral date des premiers temps de l’Église, car Toulouse conserve le bâton de saint Saturnin, disciple des apôtres, mort vers 257, et ce bâton n’est autre qu’une crosse, ainsi que le constate l’inscription qui y est gravée :

Curva trahit quos virga régit; pars ultima pungit (3).

Isidore de Séville, parlant, au commencement du vie siècle, de la consécration des évêques (De officiis , 1. II, c. 5), nous fournit à ce sujet un témoignage des plus concluants ; « Huic, dum consecratur, datur baculus ut ejus indicio subditam sibi plebem vel regat, vel corrigat, vel infirmitates infirmorum sustineat ».

Mais on s’est demandé souvent si les papes avaient réellement porté la crosse comme les autres évêques, et cette question a été traitée d’une manière tout-à-fait opposée par des auteurs également recommandables, qui n’ont réussi qu’à embrouiller la question au lieu d’apporter des raisons décisives en faveur de leurs sentiments. Il est difficile, il faut l’avouer, de résoudre ce problème, par le motif que l’on ne trouve pas, avant le ixe siècle, la représentation de la crosse sur des monuments figurés, à date certaine. Quant aux textes anciens, ils sont des plus obscurs et peuvent être interprétés de différentes façons. Toutefois le témoignage d’innocent III, devenu pape en 1198, est formel sur ce point ; il est écrit au chapitre 62 de son livre De mysteriis missœ : « Baculo pastorali non utitur Pontifex romanus. » Le même pape revient sur le même fait dans une lettre à un patriarche ( Décrétales , 1. I, titre 15) et suppose, outre l’explication historique, une raison mystique qu’il ne fait d’ailleurs pas connaître, mais les commentateurs et les auteurs liturgiques ont essayé de suppléer à son silence.

Ce n’est pas, ont-ils dit, au maître du troupeau, mais au simple berger, qu’il convient de tenir la houlette pastorale. La crosse n’est pas seulement une marque d’autorité, mais le souvenir d’une leçon. En la remettant au nouveau prélat, le consécrateur lui rappelle ses devoirs : Ut sis in corrigendo pie sœviens. Or, convient-il d’adresser des leçons au Pontife suprême (4) ?

(1) De Historia sacrarum imaginum et picturarum , pro vero earum usu contra abusus , libri quatuor : auctore Joanne Molano, regio theologo et cive Lovanienci. Joannes Natalis Paquot recensuit, illustravit , supplevit; in-40. Louvain, 1771, liv. IV, ch. xxix. — Jean Ver-Meulen, dit Molanus, est mort en 1585.

(2) Hierolexicon, sive Sacrum diciionarium , auctoribus Dominico Macro , Melitensi, et Carolo ejus fratre; in-fol. Rome, 1677.

(3) Ciampini [De antiquo Baculum usu et symbolo , p. 122) rectifie ainsi le passage de Magri : « A l’église de Saint-Étienne, à Toulouse, on voit un marbre très ancien sur lequel est sculptée, avec l’image de saint Pierre, celle du bien heureux Saturnin, évêque, tenant un bâton recourbé, avec ce vers : Curva trahit quos recta régit; pars ultima pungit ».

(4) Barrault et Arthur Martin, Le Bâton pastoral. Voir aussi le rapport fait à la section d’archéologie, le 28 juillet 1856, par M. le comte Aug. de Bastard, sur la crosse de Tiron ( Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, t. IV, année 1857, p. 401). Nous avons largement puisé dans ces deux ouvrages.

CROSSES EPISCOPALES

Le IVe Ordre romain du Musée italique porte que les souverains pontifes ne se servent pas de la crosse ou bâton pastoral, non plus que les cardinaux-évêques dans le sacré collège. Saint Thomas, et Durand de Mende, déclarent comme un fait avéré que les papes n’ont jamais porté cet instrument liturgique, demeuré spécial aux évêques et aux abbés et abbesses; ils se sont servis pendant longtemps de la férule ou du bâton plus ou moins long, mais toujours droit comme un sceptre.

La cérémonie de la tradition de la férule paraît tombée en désuétude depuis l’élection de Sixte-Quint. En effet, le cérémonial de Grégoire X (Mabillon, Ordo XIII, N° io) prévoit le cas où le nouveau pape ne serait qu’un simple prêtre, et en indiquant les cérémonies de la consécration épiscopale que l’élu aurait à recevoir, il prescrit formellement que l’on n’aurait pas à lui donner le bâton pastoral, ni à prononcer l'oraison : Accipe baculum.

L’inventaire des objets précieux vendus à Avignon en 1358, par Innocent VI, constate bien que le riche trésor du pape renfermait un certain nombre de crosses, mais rien n’indique qu’elles servaient à son usage personnel; elles étaient réunies, comme objets de collection, au milieu de cette vaisselle, d’ornements sacrés, de pierres précieuses, qui, dès le règne de Jean XXII, le second en date des papes qui résidèrent de ce côté-ci des Alpes, avaient atteint le chiffre énorme d’un milliard de francs. Ce qui le prouve bien, c’est qu’au milieu de toute cette richesse figurent plusieurs crosserons dépourvus de leur hampe, et qui, ainsi mutilés, ne pouvaient être utilisés. « Item capucl (sic) unius crosse. — Item emerunt et habuerunt prefati L.igo Michaelis et Nicholaus Donati ix crossas sive baculos pastorales et tria capita crossarum (1) »

La crosse entrait aussi dans la cérémonie de la consécration abbatiale. A défaut de preuves directes, on pourrait établir l’antiquité des crosses d’abbés par ce seul fait qu’en accordant à un grand nombre d’entre eux le privilège des insignes épiscopaux, les souverains pontifes désignent la mitre, l’anneau pastoral, les gants, les sandales et jamais la crosse. Il est clair que s’il n’est pas fait mention de la crosse, c’est que les abbés la portaient déjà. On le sait d’ailleurs par l’histoire, et les documents remontent au moins au vie siècle. Nous lisons dans la Vie de saint Gai, par Walafrid Strabon, que des difficultés s’étant élevées entre ce saint et son abbé, le célèbre saint Colomban, celui-ci se retira en Italie et mourut à l’abbaye de Bobbio, située sur les confins du Milanais. Avant de mourir, Colomban recommanda d’envoyer à son disciple Gai, en signe de réconciliation, sa crosse : baculum quem vulgo combottam vocant (2).

L’Église faisait partager aux abbesses le privilège des abbés. Dans le Sacramentaire de Moissac, qui date du xe siècle, il est dit en titre que les cérémonies et les mêmes formules doivent servir pour les abbesses (3).

La plupart des liturgistes ont indiqué comme un signe distinctif des crosses d’évêques ou d'abbés la direction donnée à la volute en la portant. Les abbés, a-t-on dit, la portaient tournée en dedans, c’est-à-dire vers l’épaule, parce que leur juridiction ne s’étendait pas au-delà de leur monastère, et les évêques, au contraire, en dehors, vers le peuple de leur diocèse; mais les monuments figurés sont loin de se trouver d’accord avec la théorie des rubricistes modernes.

(1) Archives secrètes du Vatican. — Introitus et Exitus Cameræ, 1358, N° 284; fol. 53 et suiv. Invent, des objets précieux vendus à Avignon en 1358 par le pape Innocent VI, publié par Eugène Müntz et Maurice Faucon dans la Revue archéologique , avril 1882.

(2) A. SS. ord. S. Benedicti , Sæc. II, p. 230.

(3) La formule est ainsi conçue : In nomine D. N. I. C. accipe baculum pastoralem ad cuslodiendos greges et reddendos pastori paslorum. Amen. Martène, loc. cil., p. 28. De anliq. eccl. rit., t. III, p. 22 et 28.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Sur le pignon de la châsse de Moissat-Bas (voir planche XVIII, figure 201), saint Siviard, abbé, porte la crosse la volute tournée en dehors; il en est de même sur des sceaux limousins que nous reproduisons sous les figures 616, 617 et 618 (1).

Fig. 616.

Couvent de sainte claire à Argentât (xvne s.).

Fig. 617.

Sceau de ponce abbé de Bonnaygue (xivc s.).

Fig. 618.

Abbaye de vigeois (xvii' s.).

Parmi les matières employées pour la confection des crosses, on remarque : le bois, la corne (2), l’ivoire, le cristal, le fer, le cuivre, le plomb (3), l’argent et l’or.

Les crosses en bois passent pour très anciennes, puisqu’on s’en servait, au dire des Bénédictins, « dans le temps que l’on avait des évêques d’or » (Voyage littéraire, etc., t. I, 2me partie, p. 38). C’est à l’occasion de la crosse en bois conservée dans le Trésor de la cathédrale d’Auch, que le mot si souvent répété de Guy Coquille (4) a été rappelé par nos pieux voyageurs :

Au temps passé du siècle d’or,

Crosse de bois, Evesque d’or.

Maintenant changent les loix,

Crosse d’or, Evesque de bois (5).

Le métal le plus en usage était le cuivre, que l’on décorait de nielles, d’émaux, de filigranes, de pierres précieuses.

(1) Ph. de Bosredon et Ernest Rupin, Sigillographie du Bas-Limousin , p. 553, 560, 586.

(2) Voir page 651, note 3.

(3) Les crosses de plomb étaient exclusivement consacrées aux sépultures, quoiqu’elles ne figurassent point aux funérailles. Comme bien d’autres objets trouvés dans les tombeaux, tels que les calices et les croix de plomb, elles ne constituaient qu’un appareil mortuaire destiné à offrir l’apparence ou l’équivalent d’objets réels, et de préserver les tombeaux des atteintes de la cupidité.

(4) Guy Coquille, avocat au parlement de Paris, procureur fiscal du Nivernais, naquit à Decize (aujourd'hui chef-lieu de canton de l’arrondissement de Nevers) en 1523, et mourut en 1603. Ses confrères lui décernèrent le surnom de Judicieux. 11 a écrit sur les Libertés de l'Église gallicane.

(3) Ces vers, au dire de Ciampini, ont été inspirés par la réponse de vive et excellente piété de saint Boniface, évêque et martyr, mentionnée dans le concile de Tribur, près de Mayence, l’an 893, ch. xvm. On demandait au saint évêque s’il était permis de célébrer le sacrement dans des vases de bois. Il répondit : « Autrefois des prêtres d’or se servaient de calices de bois; maintenant, au contraire, des prêtres de bois

CROSSES EPISCOPALES

Souvent la volute seule était en métal, portée par une hampe en bois rarement plaquée de lames métalliques (i).

Vers les derniers temps du Moyen-âge on rencontre des crosses garnies cl’un voile,

Fig. 619. — Crosse de la cathédrale de Poitiers. Haut. 0205.

Fig. 620. — Crosse de saint-wolfgang (Autriche). xme siècle.

d’un sudarium, attaché au haut du bâton, près du nœud. Ce linge tin était destiné, comme son nom l’indique, a s’interposer entre les doigts du prélat et la hampe, qu’il protégeait contre la sueur de la main (2).

font usage de calices d’or. Quondam sacerdotes aurei ligneis calicibus utebantur ; mine , e conira , lignei sacerdotes aureis utuntur calicibus ». Ciampini, De anliquo Baculum usu et symbolo, p. 122.

(1) 1300. — Unus baculus pastoralis, cum capite de argento deaurato et baculo ligneo de opéré Dunolniensi, argento munito, in diversis coffinis. Compte d’ Édouard Ier.

(2) A l’origine le droit canonique n’établissait aucune distinction entre les crosses des évêques et celles des abbés, et le vélum se rencontre sur l’insigne abbatial comme sur l’insigne épiscopal. Plus tard Rome

L’ÊMAILLERIE LIMOUSINE

Le sacerdoce fut confirmé à Aaron par le témoignage de sa verge, qui fleurit dans le tabernacle du témoignage. Dieu avait dit : « A celui dont j’aurai fait choix sa verge fleurira »; et le lendemain, au milieu des douze verges des chefs de tribus, celle d’Aaron avait seule germé et s’était couverte d’une riche végétation (i).

Les artistes du Moyen-âge, surtout ceux des xne, xme et xive siècles, grands amateurs de symbolisme, n’ont point manqué de rappeler ce fait dans la représentation des crosses, emblème du pouvoir sacerdotal : ils ont terminé le bâton pastoral par une fleur; et cette fleur, placée dans l’intérieur de la volute et plus ou moins épanouie, a été pendant fort longtemps un riche motif de décoration.

Nous en avons déjà fourni deux exemples en reproduisant sous les figures 82 et 146 des crosses provenant de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune et du Musée de Poitiers. Nous en ajouterons deux autres : l'un se trouve à la cathédrale de Poitiers, l’autre a l’église paroissiale de Saint-Wolfgang (Basse-Autriche).

La crosse de la cathédrale de Poitiers (voir figure 619) a sa douille cylindrique ornée d’un réticulé dont les losanges inscrivent des anges, des aigles, des dragons et des rinceaux. La pomme ou nœud est une boule légèrement aplatie à ses pôles, divisée horizontalement par une ligne médiane, et ornée de rosaces, de quatre disques fleuronnés, et d’un apôtre émergeant des nuages, gravé au trait., avec tête en relief. Au-dessus s’élève une volute à quatre pans, dont la crête offre une série de crochets peu saillants; elle se termine par une grosse fleur polychrome largement épanouie. L’ornementation de la tige de la volute est formée par une série de losanges à fleurons quadrilobés, et par des rinceaux en réserve sur fond bleu terminés par des fleurs émaillées. Les émaux employés sont le bleu, offrant t 'ois nuances, le vert, le jaune, le rouge et le blanc.

On croit, a Poitiers, que cette crosse était celle de Guillaume Tempier, qui siégea de 1184 à 1197, mais aucun document historique, aucune tradition écrite ne viennent confirmer cette croyance qui a été relatée pour la première fois dans le Propre du diocèse de Poitiers, rédigé il y a quelques années, sous Mgr Pie (2). Les données archéologiques établissent la date de sa fabrication à la première moitié du xme siècle.

Celle de l’église de Saint-Wolfgang (voir figure 620) a sa volute ondée qui s’épanouit en fleur polychrome à cinq pétales; elle sort d’un buste d’ange couronné, dont le corps est argenté mais dont les ailes sont émaillées. Le nœud offre les quatre Évangélistes à mi-corps avec têtes en relief; la douille, des griffons.

Une crosse, trouvée au Puy-en-Velay et donnée au Musée archiépiscopal de Lyon par son éminent fondateur le cardinal de Donald, offre cette particularité que la tige de la volute, au lieu de reposer directement sur le nœud, comme nous le voyons sur presque toutes les crosses, sort d’un cylindre qui, au premier abord, paraît être le prolongement de la douille ; cette douille est partagée en deux parties par un gros nœud côtelé, orné de griffons affrontés becquetant des rinceaux et entrelaçant leur queue fleurie.

s’avisa, pour établir une distinction hiérarchique, d’ajouter un vélum à la crosse de l’abbé. « Crossa lignea

seu baculus pastoralis beati Bernardi abbatis Ornatur sudario quod convenit abbatiali ad differentiam

episcopalis, ut ait Gavantus in Rubric. Miss., part. II, tit. I, de prceparat. ad Miss., 6 ». ( Invent . de Clairvaux, 1741; Lalore, Le Trésor de Clairvaux , p. 12.) Citât, de Mgr Barbier de Montault.

(1) » Et turgentibus gemmis eruperant flores, qui, foliis dilatis, in amydalas deformati sunt ». Num., cap. xvii, v. 8.

(2) Cette crosse a été décrite par Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société archéologique de la Corrèze, annee 1888, p. 547 et suiv.

L'Œuvre de Limoges.

Pl. XLVI

Fig. 621. — Crosse du Musée de Poitiers. (xnie SIÈCLE.)

Fig. 623. — Crosse du Musée de Poitiers. (xme siècle.)

Fig. 622. — Crosse d’un abbédeTiron.^iiCsiècle. (Musée de Chartres.)

Fig. 624. — Crosse du Musée de Cluny.

(xme siècle.)

CROSSES ÉPISCOPALES

Dieu dit encore à Moïse : « Que tenez-vous en votre main ? Une verge lui répondit-il. Le Seigneur ajouta : Jetez-là à terre. Moïse la jeta, et elle fut changée en serpent, de

Fig. 625. — Crosse émaillée du trésor de trêves (xme siècle). — Haut. om 29.

Gravure extraite du Bull, de la Soc. arch. du Limousin , t. XXXIV, p. 17.)

sorte que Moïse s’enfuit. Le Seigneur lui dit encore : Étendez votre main et prenez ce serpent par la queue. Il étendit la main et le prit, et aussitôt la verge changée en serpent redevint verge » (1).

(1) Exod., c. iv,

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Aussi voit-on souvent le bâton pastoral se terminer par une tête de serpent, comme nous le montrent les figures 139 et 147.

Souvent même aussi une fleur épanouie sort de la bouche du reptile, pour rappeler en quelque sorte les deux faits de la verge d’Aaron changée en fleur et de la verge de Moïse transformée en serpent, reprenant ensuite sa forme primitive.

Une crosse du Trésor de Trêves (figure 625) présente, dans l’ornementation de la douille, des médaillons d’anges entourés de rinceaux. Sur le nœud arrondi percé à jour, des dragons se mêlent aux rinceaux que réunissent des roses. Un ange aux ailes émaillées de rouge, de bleu et de blanc, sort à mi-corps du nœud; ses yeux sont formés par des gouttelettes d’émail. Il tient sur la poitrine un livre et porte sur la tête une couronne d’où s’élance le crosseron. Ce dernier a une arête garnie de crochets, et sur son champ bleu se déroulent des rinceaux qui aboutissent à un semis de croisettes. L’extrémité se termine par une tête de serpent, ayant dans la gueule une fleur à trois pétales (1).

Cette représentation, qui peut paraître étrange au premier abord, a d’autant plus sa raison d’être que la verge d’Aaron elle-même, après être devenue une tige fleurie, prit à son tour la forme d’un reptile.

On lit en effet dans Y Exode, chapitre vu, versets 8 à 12 :

« Le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Lorsque Pharaon vous dira : Faites des miracles devant nous, vous direz à Aaron : Prenez votre verge et jetez-la devant Pharaon; et elle sera changée en serpent. Moïse et Aaron étant donc allés trouver Pharaon, firent ce que le Seigneur leur avait commandé : Aaron jeta sa verge devant Pharaon et ses serviteurs, et elle fut changée en serpent. Pharaon ayant fait venir les sages d’Égypte et les magiciens, ils firent aussi la même chose par les enchantements de l’Égypte et par les secrets de leur art. Chacun d’eux ayant donc jeté sa verge, elles furent changées en serpent; mais la verge d’Aaron dévora leurs verges ».

Ce passage biblique donne la véritable signification de la crosse dont nous donnons le dessin sous la figure 622, à la planche XLVI.

Cette crosse a été trouvée en 1842 dans une sépulture d’abbé, derrière le sanctuaire de l’église de Tiron, arrondissement de Nogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). Elle représente dans la totalité de l’enroulement de la volute, un corps de serpent dont la gueule serre deux petits reptiles. Les écailles du corps sont simulées par un émail bleu lapis et bleu clair. Sa hauteur est de omi5-

La crosse de Tiron a été le sujet d’un grand nombre de commentaires. On a voulu généralement y reconnaître, comme dans toutes celles qui représentent un reptile, la figure du serpent d’airain que Moïse éleva sur une perche dans le désert pour rendre la santé à ceux qui avaient été mordus par des serpents venimeux, et qui était la figure de Jésus-Christ élevé sur la croix pour le salut des hommes (2) ; mais cette manière de voir n’est point exacte. Le serpent d’airain ne dévorait pas ceux du désert, mais arrêtait leur malignité. Quiconque avait été mordu le regardait et était guéri. Elle ne donne donc point l’explication des deux serpenteaux dévorés par le monstre qui forme la volute du bâton pastoral de Tiron.

Certains auteurs ont voulu reconnaître des poissons dans les animaux que le serpent tient dans sa gueule. Cette représentation serait difficile à expliquer; nous ferons sim-

(1) Cette crosse a été décrite par Mgr Barbier de Montault dans le Bulletin de la Société archéologique du Limousin , t. XXXIV, année 1887, p. 18.

(2) Nombres , ch. xx, v. 8 et 9.

CROSSES ÉPISCOPALES

plement remarquer que l’artiste a ciselé de la même manière, sous le ventre des trois reptiles, les plis transversaux que n’ont jamais les poissons.

L’idée exprimée sur la crosse de Tiron se retrouve, mais traitée d’une manière différente, sur un objet analogue provenant du Trésor de Notre-Dame et que conserve actuellement le Cabinet des Antiques de la Bibliothèque nationale à Paris. La pensée du serpent dévorant est la même, mais ici c’est l’impie, c’est Satan vaincu par la croix qui est représenté : sa tête hideuse a remplacé les serpents de la magie égyptienne. Nul doute à avoir sur ce point, car cette interprétation ressort des écrits des Pères de l’Église et des auteurs du xne siècle, contemporains de la crosse que nous décrivons (voir figure 627).

Elle a été clairement exprimée, notamment dans les ouvrages du bienheureux Rupert, abbé de Deutz, près de Cologne, mort en 1135, dont les écrits mystiques étaient lus avec avidité à mesure qu’ils se produisaient.

Nous citons les propres paroles de cet auteur extraites de YOrtus deliciarum, d’Merrade de Landsberg. Elles nous obligent à reconnaître dans le serpent des crosses la figure même de Jésus-Christ. Avant de les lire, il faut s’identifier par la pensée avec nos aïeux

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

du xue siècle, et se rappeler à quel degré était poussé à cette époque l’abus de l’allégorie dans les produits de l’art et les œuvres littéraires.

« De ceux qui se moquaient de lui, Jésus-Christ ne refusa pas non plus de recevoir dans sa main le roseau ou le calamus, afin, comme dit saint Jérôme, ou d’écrire le sacrilège, c’est-à-dire le crime des Juifs, ou de tuer les animaux venimeux, c’est-à-dire les Juifs : car il avait en sa main une verge, c’est-à-dire son âme en sa propre puissance, afin de la déposer et de la reprendre à sa volonté. Et, de même que Moïse, en présence de Pharaon, jeta sa verge, qui fut changée en serpent, et dévora les verges des magiciens changées en serpent, et revint ensuite à la forme de verge; ainsi Jésus-Christ allait en quelque sorte déposer son âme pour descendre dans la mort, entrée par le serpent dans le monde, et pour détruire les serpents des Égyptiens, c’est-à-dire les morts des pécheurs; puis, pour retourner de nouveau à sa verge, c’est-à-dire à sa puissance (première) » (1).

On peut dire que les crosses à serpent rappellent la verge du législateur des Hébreux, laquelle fut changée en serpent dans les mains de Moïse lui-même, et dans celles d’Aaron son frère.

Tel est le type du bâton pastoral; mais, comme on l’a généralement admis, on ne peut voir dans la tête du serpent qui termine la volute des crosses la figure du démon (2). En effet, l’idée de faire promener l’esprit des ténèbres par nos évêques dans un temple chrétien, au même titre que la croix, ne paraît pas admissible.

La figure du démon ne porte avec elle, historiquement parlant, aucune allusion au bâton pastoral, tandis que la verge de Moïse dans la main d’Aaron est le symbole de tous les devoirs imposés à l’évêque, devoirs qui s’inscrivaient jadis sur la douille de l’instrument liturgique, en empruntant les paroles mêmes adressées par saint Paul à son cher Timothée, premier évêque d’Éphèse (3).

La verge de Moïse est la croix du Christ, dit Origène : Virga Mosis est crux Christi. Par la verge d’Aaron, écrit à son tour Pierre Damien, entendez le bâton de la croix ■ Baculum autem crucis intellige (Cornélius à Lapide, In Exod., cap. vu, v. 11).

Ce n’est pas que dans les crosses à serpent ou autres, le démon ne se montre jamais, soit comme accessoire, soit même comme figure principale, mais c’est à titre d’ennemi vaincu. En cette circonstance, il constitue à lui seul une volute toujours historiée où le vainqueur : agneau, lion, ange, etc., quelle que soit sa dimension, joue en réalité le premier rôle. Nous attribuons ce changement radical au besoin d’innovation particulier a l’Occident; peut-être, chez quelque artiste, à l’oubli de l’idée primitive, c’est-à-dire de la verge changée en serpent devant Pharaon. A cette dernière classe des bâtons pastoraux appartiennent naturellement ceux dont la volute renferme la victoire de l’archange Michel, le combat du bélier, etc.

(1) « Harundinem quoque, sive calamum, ab illudentibus accipere non recusavit (Jésus-Christ) in manu sua, quo, ut ait Iheronimus, sacrilegium, id est scelus, scriberet Judeorum, sive ut venenata interficeret. animalia, id est Judeos. Habebat namque in manu sua virgam, id est suam in propria potestate animam; ut volons poneret atque iterum sumeret eam. Et sicut Moyses, coram Pharaone, suam projecit virgam que versa est in colubrum, devoravitque versas in colubrum virgas magorum, iterumque rediit in virgam. Sic ipse (Jésus-Christ) nunc suam quodammodo positurus erat animam, ut descenderet in mortem, que per colubrum intravit in mundum. colubrosque Egyptiorum, id est mortes absumeret peccatorum ; atque iterum in virgam, id est in potestatem, rediret pristinam ». Oitus deliciarum , fol. 142, verso. Le chapitre est intitulé : De eo qnod clamide coccinea indutus est Dominus noster JUS . XPS.

(2) Barault et Arth. Martin, Le Bâton pastoral, p. 41 à 71.

(3) « Prædica verbum, insta opportune, importune : argue, obsecra, increpa in omni patientia, et doctrina ». Epistola B. Pauli , apost., ad Timotheum II, c. iv, v. 2.

CROSSES ÉPISCOPALES

Sur une crosse du Musée de Poitiers (voir planche XLVI, figure 623), le crosseron est formé par un serpent dont le corps est imité par des écailles bleues ; la tête du reptile mord l’aile de saint Michel, représenté dans l’intérieur de la volute terrassant le démon

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Fig. 628. — Crosse de saint césaire, a maurs (Cantal).

sous la figure d’un dragon, dont la queue fleuronnée se prolonge jusqu’au dessus du nœud.

Les sujets représentés sont ici bien distincts. La crosse existe telle que nous l’avons déjà vue, formée par le corps d’un serpent; mais on a voulu l’enrichir d’un autre motif en rappelant le combat des esprits célestes contre les anges rebelles.

L’ÉMAILLERIE LIMOUSINE

Sur deux crosses du Musée de Cluny (nous reproduisons l’une d’elles sous la figure 624, planche XLVI), l’idée est la même mais a déjà été un peu dénaturée : le dragon disparaît, et c’est le serpent de la volute lui-même qui lutte contre l’envoyé de Dieu.

Souvent c’est l’Agneau divin qui apparaît au centre de la volute. Armé d’un petit étendard, qu’on a appelé depuis croix de résurrection, il témoigne de sa victoire et de son triomphe (voir les crosses de la cathédrale de Sens et du Musée de Soissons, planche XLVII, figures 632 et 633.

Fig 629 et 630. — Crosse du musée de cluny. Fig. 631. — Le couron'nem.ent de la vierge. Haut. om2 3. — (xni' siècle.) (Collection Spitzer.)

L’idée primitive qui a servi dès le début à constituer l’ornementation de la crosse tend de plus en plus à disparaître.

On représente, dans l’intérieur de la volute, Adam et Ève debout de chaque côté de l’arbre, comme sur une crosse du Musée de Poitiers (voir planche XLVI, figure 621), où la scène de l’Annonciation, ainsi que nous la montrent les crosses de Maurs dans le Cantal (figure 628), de la cathédrale de Cahors (figure 635) et du Musée du Louvre (planche XLVII, figure 634). La partie supérieure de la volute de cette dernière porte l’inscription explicative : AVE MARIA GRA[tiaJ PLENA.

L'Œuvre de Limoges,

Pl. XLVII

Fig. 632

Crosse de la cathédrale de Sens. Fig. 633. - Crosse du musée de Soissons.

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CROSSES ÉPISCOPALES

C’est au xme siècle que le couronnement de la Vierge, charmant épisode de l’iconographie chrétienne, apparaît dans l’intérieur du bâton pastoral (voir figure 631). On y remarque aussi des scènes relatives à la vie des saints, telle que celle de sainte Valérie présentant sa tête coupée à saint Martial (voir figure 626).

D’autres fois la volute embrasse une plaque de cuivre doré représentant en relief, d’un côté le Christ de majesté, de l’autre la Vierge avec son divin Enfant. Nous en fournissons un exemple sous les figures 62g et 630.

La crosse reproduite sous ces figures a été trouvée au mois de juillet 1868, dans les fouilles faites pour les travaux exécutés au Lycée d’Angoulême, sur l’emplacement de l’ancienne abbaye des Filles de Saint-Ozonne, ordre de Saint-Benoît. Cet emplacement s’étendait sur les ruines du château des seigneurs de Beaulieu.

Cette crosse, acquise par M. Alphonse Trémeau de Rochebrune, a été donnée au Musée de Cluny, qui la possède actuellement. La volute, ornée de losanges en émail bleu lapis, présente sur sa crête vingt-cinq petits crochets arrondis, et renferme au centre une plaque de cuivre fondu, ciselé et gravé d’un double motif d’ornementation. Sur l’un des côtés se montre, en ronde-bosse, le Christ en docteur assis sur un trône, une couronne à trois fleurons trilobés sur la tète; sur l’autre la Vierge couronnée, également assise et tenant l’Enfant Jésus sur son genou gauche. La main droite, levée à la hauteur de la poitrine, tient une boule ou plutôt une pomme entre les doigts. Les yeux des personnages sont simulés par des gouttelettes d’émail bleu.

Le cimetière où a été trouvée cette crosse était complètement indépendant de l’abbaye des Bénédictins de Beaulieu; les tombeaux qui ont été mis au jour remontent au xme siècle, et ce n’est qu’en 1574 que la communauté fut transférée en cet endroit (1).

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