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ÉCRIN DESTINÉ A UNE COURONNE

La cathédrale de Namur, en Belgique, possède un écrin de forme octogone destiné à renfermer une couronne. 11 est en bois recouvert de cuir brun fixé par des clous dorés à tète ronde, orné de vingt-cinq disques et d’une plaque de serrure en métal réservé et gravé sur champ bleu. Ces pièces de rapport inscrivent des enroulements, des figures humaines et des monstres. Ce curieux objet appartient au x 111e siècle; sa hauteur est de omi3, la longueur de chacune de ses faces latérales de omi2.

« On a contesté l’origine française de l’écrin de Namur », dit Charles de Linas (1); « je suis allé récemment l’examiner, et voici mes impressions : le style des ornements épargnés est limousin. Une hiérothèque triptyque de la Vraie Croix, à l’église de Tongres, pièce allemande autant que possible, offre, aux angles de son tableau central, les quatre symboles évangélistiques réservés sur champ bleu : la technique est exactement la même qu’à Namur, mais on remarque entre les deux ouvrages une notable différence de ton et de dessin ; je ne parle pas des inscriptions du triptyque. En outre, le décor de clous qui ceint les disques et encadre les panneaux de l’écrin ne s’est jusqu’ici rencontré que

(1) Ch. de Linas, La Châsse de Gimel et les anciens monuments de l'Émaillerie, p. 106 et 107 du tirage à part.

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sur des monuments limousins : le coffre de sainte Foy, à Conques (planche IV, figures 96 et 97), la cassette de saint Louis, au Louvre (figures 486 et 487), une autre cassette analogue, à l’église de Longpont (Aisne) ».

BARILS EMAILLES

Les barils sont de petits tonneaux employés à la conservation des liquides. Ils ont toujours eu à peu près la même forme. Leurs dimensions seules ont varié comme leur matière souvent précieuse, lorsqu’il s’agissait de pièces d’orfèvrerie. Les barilliers formaient une corporation à Paris et ne pouvaient employer que certaines qualités de bois (i) : on faisait cependant aussi de petits barils en ivoire (2), en marbre (3), en cristal, en or ou en argent (4).

Ces barils étaient souvent désignés sous les noms de barillets , barisels (5), quand ils servaient à contenir les eaux de senteur, les liqueurs fines, la moutarde, les sauces; ils fermaient généralement à clef et étaient parfois richement ornés et portés par des figurines.

Ce n’est qu’au xvie siècle que l’on a commencé à placer sur les tables à manger des flacons contenant les boissons; jusqu’alors, chez les personnes riches et les grands sei-

(1) 1260. — Nus barillier ne peut ouvrer à Paris que de iiij manières de fust.... c’est assavoir de fin cuer de chaisne sanz aube, de périer, d’alier et d’érable.... Li barillier pueent faire baris de fuz de tamarie et de brésil. Livre des mesiiers d’Ét. Boileau, titre 46.

(2) 1313. — Quatre barils de ivoir garny de laton. Inventaire de Pierre Gaveston.

(3) 1319. — 2 barilz de marbre liez de cercle d’argent doré, à esmaux de France et de Navarre. Invent, de Louis X, p. 279.

(4) V. 1400. — 2 barilletz dor à mectre triade.... ung barillet d’argent blanc pour mectre eaue benoiste.... ung barillet de cristal garny d’argent doré. Inv. royal alphabétique.

(5) 1315. — Un baudré de cerf ouvré de soie, 2 barisiaus de cyprès. Invent, de Mahaut d'Artois , f° 44.

Fig. 654. — Vignette extraite d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale. (Ancien fonds Saint-Germain, N° 37.)

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gneurs, les convives passaient leurs gobelets aux échansons, valets ou pages, qui étaient chargés de les rapporter pleins. Ce n’étaient donc pas des bouteilles que l’on apportait pour les repas, nous dit Viollet-le-Duc, mais des tonneaux, pendant l’époque primitive de la conquête des peuples du Nord, et plus tard, quand les mœurs s’adoucirent, des barils. Au lieu de poser ces barils à terre, on les mit sur des crédences, puis sur des supports pour faciliter le service, et l’on fabriqua ces objets avec des matières plus ou moins précieuses. Ces sortes de barils s’ouvraient par l’un des bouts ou étaient munis d’un robinet.

Il y avait aussi de petits barils qu’on transportait, au moyen d’une courroie, sur les épaules ou sous les bras. Les religieux quêteurs adoptèrent cet usage, et s’en allaient avec des barils sur l’épaule, demander du vin ou de l’huile (voir figure 654).

Disons encore qu’avant le xne siècle on réservait le saint sacrement sous l’espèce du vin (ce qui n’a plus lieu dans l’Église latine depuis longtemps); on le renfermait alors quelquefois dans des barillets d’or ou d’argent. Ce vase était en effet bien approprié à une destination aussi délicate. Sa forme, outre qu’elle indiquait le contenu, prêtait à une fermeture exacte qui pût prévenir tout accident d’effusion dans le transport.

Le petit baril que nous reproduisons sous la figure 655 est en bois peint en rouge vif, renforcé par des bandes de cuivre guilloché et doré; la bonde est protégée par un couvercle muni d’un moraillon qui pénètre dans une serrure. Plusieurs écussons émaillés le décorent. On y reconnaît les armes de France avec ou sans lambel, celles de Bar : d’azur, à deux bars d’or adossés et semés de croix recroisetées au pied fiché d’or, et de Bourgogne ancien : bandé d’or et d'azur de six pièces à la bordure de gueules.

M. Émile Molinier, qui a vu cette pièce et qui nous en a communiqué le dessin, suppose que les émaux sont de fabrication limousine ; ils paraissent appartenir à la fin du xuie ou au commencement du xive siècle.

Fig. 655. — Baril en bois orné d’écussons émaillés. — Long. om30. (Cassel. Muséum Fridericianum. — Galerie des armes, N° 46.)

HARNAIS EMAILLES

Pendant le cours du Moyen-âge on désignait par le mot harnois , non-seulement l’habillement du cheval, mais l’équipement militaire de l’homme de guerre, et même le mobilier transportable dans les camps.

On sait le luxe qu’on a employé de tous temps dans la fabrication des armes et dans le harnachement des chevaux, mais on a très peu utilisé l’émail qui, étant une matière fragile par elle-même, ne pouvait que mal s’associer avec des objets susceptibles de recevoir des chocs continuels.

Nous n’aurons à décrire, parmi les pièces qui peuvent se rattacher à l’École limousine, qu’un pommeau d’épée appartenant à M. le comte de Mailly, et un mors de cheval entré récemment au Musée de Cluny.

Fig. 656 et 657. — Pommeau de l’épée dite d’édouard ni (face et revers).

L’épée dont nous reproduisons le pommeau sous les figures 656 et 657, s’il fallait s’en rapporter à la tradition, aurait appartenu à Édouard 111, roi d’Angleterre (1327-1377), le vainqueur de la bataille de Crécy. Mais comme le dit avec raison M. Palustre, Édouard III, aussi bien que ses successeurs, jusqu’à la fin du xve siècle, écartelait simplement de France et d’Angleterre; il n’y a pas trace d’alliances ni sur les sceaux ni ailleurs (1).

(1) L. Palustre, Monuments d'art de la ville du Mans , p. 4, 5 et 6; grav. Sceaux, 1886.

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Cette épée reproduit en émail, d’un côté les armes de France, et de l’autre un écu de gueules à trois léopards d’or, qui est d’Angleterre; mi-parti d’azur à sept lions d’or. Elle appartenait donc, non au roi lui-même, mais à un prince de la famille royale. Le pommeau est en forme de disque ; la poignée se trouve garnie d’un treillis de bandelettes; les quillons sont minces et droits.

Pour fixer la date de cet objet intéressant, on a fait remarquer que jusqu’à Charles V, qui monta sur le trône en 1364, l'écu des armes des rois de France était couvert de fleurs de lis sans nombre, comme nous le voyons sur la figure 656. A partir de son avènement, ce monarque réduisit les fleurs de lis à trois dans la représentation de ses armoiries (1), et depuis lors les rois de France ont porté d’azur, à trois fleurs de lis d’or. Mais cette réduction des fleurs de lis dans les armoiries n’a pas été, même dès le xme et le xive siècle, généralement et exclusivement adoptée par la couronne et par la chancellerie de France; on voit au contraire se prolonger presque jusque sous François Ier, dans les sceaux, l’emploi des fleurs de lis sans nombre, simultanément avec celui des trois fleurs de lis. C’est surtout au contre-scel que ce dernier usage était le plus généralement borné, même sous les règnes de Charles VI et de Charles VII.

Le mors de cheval (figure 658) est en cuivre doré. Les branches se terminent par deux rosaces et ont des ressauts quadrangulaires occupés par des bossettes, qui offrent à leur centre des plaques circulaires conservant des traces d’émail champlevé; elles sont réunies, à l’une des extrémités, par une chaînette formée de deux anneaux oblongs. Cette curieuse pièce provient de l’ancienne collection Ch. Stein.

(1) Plus anciennement encore on trouve des preuves de cette réduction : M. Leber possédait une charte de l’abbaye de Savignv, en Normandie, constatant >une concession faite en 1212 par Geoffroi et Raoul de Montfort, et à laquelle tient un sceau en cire verte où figurent trois fleurs de lis seulement. C’est, jusqu’ici, le plus ancien témoignage connu. Rey, Histoire des insignes , du drapeau et des couleurs de la monarchie française , t. II, p. 123.

Fig. 658 et 639. — Mors de cheval, au musée de cluny (xiiic siècle).

Long. om 28.

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