CHAPITRE PREMIER
LE CINQUANTENAIRE DE LOURDES (iSSS-IQoS)
Etudes canoniques des guérisons de Lourdes. — Le Bureau des Constatations, école nouvelle d'apologétique. — La suggestion. — Lourdes et l'Immaculée Conception.
En 1808 Mgr Laurence, évèque de Tarbes, nommait une commission de seize membres pour procéder aux enquêtes olficielles sur les apparitions et les guérisons. Quatre ans après, le 18 janvier 1862, Mgr Laurence reconnaissait que l'immaculée Vierge Marie, mère de Dieu, avait réellement apparu à Bernadette Soubirous.
Cinquante ans plus tard, Mgr Schœpfer, évoque de Tarbes, désirant se conformer aux désirs formellement exprimés par Notre Saint-Père le Pape Pie X, demande à tous ses confrères dans l'épiscopat de vouloir bien faire étudier par des commissions régulièrement nommées les principales guérisons constatées dans leur diocèse.
En i858 on avait retenu huit cas de guérisons qui paraissaient présenter un caractère surnaturel. Aujourd'hui les cas de guérisons se sont tellement multipliés qu'il est impossible de reprendre tous les faits, même les plus probants. C'est une grande enquête qui commence et qui se poursuivra au delà des fêtes du cinquantenaire.
Mgr Laurence soumettait son jugement au jugement du Souverain Pontife. Mgr Schœpfer reçoit les dossiers des diverses commissions pour les soumettre au jugement de la curie romaine, qui doit se prononcer en dernier ressort. Tous les degrés de la juridiction sont régulièrement suivis.
La première commission avait choisi le D"" Vergez pour contrôler les rapports des médecins des malades. Aujourd'hui chaque commission entend les rapports de plusieurs médecins, et parmi eux nous trouvons des noms qui font autorité dans la science.
Toute l'attention se porte sur ces guérisons plus récentes autour desquelles on épuisait toutes les théories pour les interpréter selon les lois naturelles.
La négation du surnaturel est la vraie caractéristique de l'erreur contemporaine.
La plus décisive des preuves, en faveur du surnaturel, c'est le miracle et Lourdes est devenue le centre où tous les critiques trouvent des enseignements qui peuvent les conduire du naturel au surnaturel plus facilement qu'ailleurs.
Là, ou n'a pas besoin de longues et pénibles recherches historiques, de fouiller d'anciens parchemins, de déchiffrer de difficiles inscriptions d'un temps très éloigné, pour prouver l'existence du surnaturel ; là, les faits de guérisons instantanées sont clairs, nets, attestés par de nombreux témoins, môme incrédules ; par des médecins qui sont contraints
d'avouer l'impossibilité d'expliquer ces effets tangibles d'une façon naturelle.
Le jour semble venu où Lourdes donnera, grâce au concours de la science médicale, les arguments les plus forts et les plus convaincants pour confirmer les hommes dans le surnaturel, dans la foi, dans la tradition chrétienne, dans la meilleure philosophie.
A l'heure actuelle, on veut faire del'hypercritique; on complique les questions, on multiplie les inconnues, mais Lourdes ramène tous les problèmes à des notions claires, précises.
Nous traitons ces questions comme nous traiterions une question de clinique, sans nous demander si nous côtoyons le surnaturel. Cette absence de préoccupation étrangère laisse notre esprit plus libre dans ses conclusions.
Il est utile de prendre le surnaturel dans ces magnifiques manifestations de Lourdes. Là, il saisit l'homme tout entier par son intelligence, son cœur, ses yeux, tous ses sens. Le malade le proclame par sa bouche. Le médecin comprend que les limites de la puissance de la nature et de l'art sont dépassées. Que sont les froides dissertations à distance à côté de ces démonstrations vécues?
Avant que l'Église ne se fût prononcée sur le caractère de ces guérisons, les savants avaient épuisé toutes les théories pour expliquer leur mécanisme.
C'est la science qui a déblayé le terrain, et nos plus grands maîtres, les Gharcot, les Bernheim, ont voulu donner leur opinion sur ces faits controversés.
Nous sommes sur le terrain de la critique scientifique, jamais plus vaste enquête n'a été ouverte sur les guérisons qui dépassent les forces des lois naturelles.
Autour de cette grotte que l'Immaculée avait foulée de son pied, inondée de ses grâces, des milliers de
médecins sont venus, curieux, convaincus ou incrédules, catholiques ou protestants, prendre contact avec le surnaturel.
Le Bureau des Constatations, avec ses centaines de visiteurs, les correspondants de journaux, les littérateurs, les romanciers, les savants de tout ordre, est devenu le centre d'un mouvement religieux et scientifique sans précédent.
Dans ce conflit de toutes les opinions, quelle est l'étincelle qui a jailli?
Sans doute, tous les esprits ne se sont pas inclinés. Pour expliquer nos guérisons, on a inventé des noms nouveaux : suggestion religieuse, foi qui guérit. Mais la foi qui guérit ne s'adresse qu'aux maladies nerveuses. A Lourdes, nous avons des maladies organiques, sur lesquelles la suggestion ne peut rien : poitrinaires, enfants lymphatiques avec leurs caries et leurs plaies, des ataxiques, des aveugles, des sourds-muets, le rachitisme sous toutes ses formes.
Si quelques cas sont tributaires de la foi qui guérit, l'erreur de la science a été de rétrécir le débat, de vouloir tout expliquer par la suggestion. Cette thèse condamne ses auteurs à plier tous les faits aux nécessités de leur système, à rejeterl'évidence même, quand elle ne rentre pas dans leur programme.
Pendant que nos adversaires s'attardaient dans ces objections systématiques, les Belges publiaient leurs magnifiques guérisons, qui resteront comme des modèles d'enquêtes patientes, persévérantes, les plus complètes que nous possédions : Rudder, l'homme à la jambe cassée depuis huit ans, instantanément soudée ; Joachime, avec sa plaie de dix-sept centimètres, recouverte, en quelques secondes, d'une peau neuve.
Les médecins français nous donnaient toute une série de guérisons de poitrinaires, observées avec
Mgr BERTRAND=SEVERE LAURENCE Evêque de Tarbes au moment des apparitions
6 l'œuvre de lourdes
toute la rigueur des méthodes modernes : bacilles sous le microscope, cavernes instantanément cicatrisées, telles les guérisons de Sœur Julienne, de la grivotte de Zola, de trente malades de Villepinte, guérissant par séries de six à huit à la fois. La Néele, de Caen, nous donnait une observation très complète du lupus de Zola. Un oculiste distingué de Paris contrôlait toutes les guérisons de nos aveugles ; une de ces guérisons était portée par un médecin protestant devant le Congrès international des oculistes et avait les honneurs d'une discussion publique.
On ne peut se faire une idée des travaux, des enquêtes qui sont sortis de notre clinique. Le corps médical tout entier est engagé dans ces grandes questions. Sans doute, dans nos statistiques, on peut détacher un exemple, chercher les côtés faibles, les résultats incomplets ; ce sont des objections de détail. Si une erreur de détail est possible, une erreur d'ensemble est inadmissible, à moins de renverser les règles de la certitude humaine. Allez donc, avec la suggestion, expliquer ces guérisons de lupus, de cancer, de plaies de tout genre. Ces guérisons ont été publiées partout ; qui donc les a réfutées?
A distance, sans connaître le fait, on a porté des jugements au gré de ses doctrines ; on a parlé de suggestion.
La suggestion a été connue de tout temps. Pourquoi, tout à coup, cette puissance merveilleuse qu'on ne lui connaissait pas?
La suggestion n'agit qu'à Lourdes. Pourquoi ?
Vous avez partout des cérémonies religieuses ; essayez donc son action à Notre-Dame des Victoires, à Notre-Dame de Fourvières. Lyon envoie, chaque année, quatre cents malades à Lourdes. Pourquoi? Mais cette thèse renverse toute notion scientifique, et nos maîtres, les Gharcot, les Bernheim, ne recon-
naîtraient plus, dans cette conception nouvelle, leur œuvre défigurée. « L'action de la foi qui guérit, dit Charcot, est limitée à la puissance que possède l'esprit sur le corps ; elle ne peut rien contre les lois naturelles : on n'a jamais observé la reconstitution instantanée des tissus détruits. »
Tous les médecins doivent accepter ces principes, et cependant ils ne les prennent pas pour base de leurs jugements. Suivant l'expression de mon éminent collègue, le D' Lapponi, « il y a des médecins qui verraient ressusciter des morts et qui ne croiraient pas ». L'erreur est dans la volonté autant que dans l'intelligence. Il y a même des médecins catholiques qui sont réfractaires ; le miracle n'est pas une question d'Académie ou de Congrès, et la science ne suffît pas pour conduire au surnaturel.
Faut-il une mentalité particulière ? Non, mais il faut se dégager des préjugés de l'école : on nous enseigne que nos saints sont des hystériques : sainte Thérèse, saint François d'Assise : hystériques les possédés ; tout n'est que de l'hystérie, et nos malades guéris doivent être marqués de cette tare : les meilleurs esprits ont quelque peine à se dégager de ces enseignements.
Il faut bien admettre pourtant que les médecins ont qualité pour distinguer une maladie nerveuse d'une maladie organique : tout le nœud du problème est là.
Il faut bien admettre que nous pouvons affirmer lincurabilité d'une maladie : la phtisie à ses dernières périodes, le cancer récidivé ; que nous pouvons déclarer que le mode de guérison s'écarte absolument des lois naturelles, si nous voyons des plaies, des caries osseuses instantanément cicatrisées.
Un très grand nombre de médecins viennent à
nous. Un professeur de Faculté, des plus en vogue et des plus justement estimés, entre dans notre Bureau: il est témoin de plusieurs guérisons : il peut se faire une opinion en connaissance de cause. C'est un esprit IVoid, méthodique, un clinicien consommé. Quelque temps après, il nous envoyait son jeune enfant : « La médecine, nous disait-il, ne peut rien pour lui ; Lourdes peut le guérir: je l'enverrai tous les ans demander sa guérison. »
Un médecin nous écrit : « Je vais à Lourdes avec le pèlerinage national; j'ai acquis la certitude que j'ai un cancer. Je n'ai rien à attendre de la médecine: j'ai déjà subi sans résultat une opération très cruelle. J'ai quarante-cinq ans, mes forces diminuent; avant un mois, il faudra m'aliter pour ne plus me relever. Je vais demander ma guérison à la sainte Vierge et, si je ne puis l'obtenir, la résignation et la soumission à la volonté de Dieu. »
Un médecin de la Nouvelle-Orléans vient, lui aussi, demander sa guérison ; il est complètement aveugle. Après avoir vainement consulté les plus célèbres spécialistes, sa pensée s'est tournée vers Lourdes. Dans notre Bureau, il rencontre une aveugle, atteinte, comme lui, d'une atrophie du nerf optique et qui venait de retrouver instantanément la vue à la procession du Saint-Sacrement. Ah! comme il était ému en écoutant le récit de cette femme! Pendant les trois jours de son pèlerinage, il ne se lasse pas de la voir, de l'interroger. Il nous définit parfaitement la nature de son mal, son incurabilité : il touche le miracle et, de ses yeux éteints, les larmes coulent et entrecoupent ses paroles. Il est reparti sans être guéri, mais avec ces espérances et ces consolations que l'on emporte toujours de Lourdes.
Ce médecin est une des personnalités marquantes des États-Unis. Ses concitoyens lui ont offert une
coupe d'honneur, en récompense des œuvres charitables qu'il a créées à la Nouvelle-Orléans, et le gouvernement français lui a décerné la croix d'olïicier de la Légion d'honneur, pour le remercier des services rendus à nos compatriotes.
Ces exemples parlent plus haut que tous les chiffres de nos statistiques.
Le D^^ Piou de Saint-Gilles, prolestant converti, apprend la guérison d'une malade qu'il avait vue mourante à l'hospice de Villepinte. Cette guérison produit chez lui une impression profonde. Le D' de Saint-Gilles est aujourd'hui le P. de Saint-Gilles, religieux rédemptoriste. Nous pourrions multiplier ces exemples.
S'il est facile de poser les principes qui doivent nous guider, il est plus difficile, dans la pratique, d'établir une ligne de démarcation nette entre les maladies organiquesetnerveuses Voilà pourquoi nous rencontrons tant de contradictions autour de nous.
Chez un malade usé par de longues années de souffrances, tout se confond dans les convulsions de la lin; on ne trouve plus la lésion initiale.
Lorsque Gargam, l'écrasé du chemin de fer, essayait de se relever devant nous, c'était un cadavre, une épave humaine. Où était la lésion? La lésion, dit un chirurgien des plus distingués de Paris, elle est partout, et l'économie est atteinte dans ses sources. Ces grands traumatismes désorganisent tous nos tissus ; qu'importe le nom, la mort est inévitable, prochaine.
On nous porte un malade sur un brancard : c'est un nerveux, nous dit-on. Si on découvre le voile qui couvre sa tète, on aperçoit une ligure amaigrie, les yeux demi-fermés, la pâleur de la mort. Que diriezvous si l'on vous assurait que demain cette personne sera sur pied, revenue à la santé, à la vie?
lO L ŒUVRE DE LOURDES
En admettant que quelques cas sont tributaires de lascience? Ce qui frappe, c'est le changement subit et complet, la résurrection du moribond, décharné, à l'œil vague, à la pensée déjà perdue dans le trouble de l'agonie: il a sutri d'une prière pour guérir ce que la science a vainement traité. Le problème est moins facile à résoudre qu'on ne le pense.
Le lundi 12 septembre 1904, nous voyons arriver à Lourdes une Sœur blanche de la Bretagne, une de ces religieuses du Saint-Esprit qui ont si vaillamment défendu leurs écoles; elle était couchée dans un long panier d'osier, enfermée depuis dix-neuf mois dans une double gouttière qui la prenait sous les bras et descendait jusqu'aux pieds. Dans le certificat de ses médecins, nous lisons :« Coxalgie avec déformation et contracture de tout le membre inférieur. » La coxalgie, c'était la lésion ; quelle était la cause? La maladie avait débuté, à la fin de 1908, par une pleurésie très grave, suivie de crachements de sang.
Je vis cette Sœur, pour la première fois, devant la grotte, le mardi i3 septembre, couchée dans son panier d'osier, au milieu des autres malades, elle attirait l'attention, elle inspirait un sentiment de pitié ; sa figure, affinée par la maladie, était immobile, pâle, comme une figure de cire, plus blanche que sa blanche tunique; sa vie semblait prête à s'échapper. C'était une vision, et cette vision ne put s'effacer de mon esprit.
Le jeudi i5 septembre, la Sœur venait au Bureau des Constatations, souriante, radieuse, sous le coup de l'émotion profonde qu'elle avait ressentie dans la piscine : elle avait laissé son panier d'osier, sa gouttière. Devant nous, elle se leva, fit quelques pas en la soutenant; sa hanche était libre : il n'y avait plus de douleur, toute contracture avait disparu.
Mais, comme elle était faible ! elle pesait à peine
soixante et quelques livres; depuis vingt mois, elle ne mangeait presque rien. La reprise générale se fit avec une rapidité qui supprima toute convalescence. On nous écrivait de Saint-Brieuc : « La Sœur fait cinq repas par jour; elle engraisse de trois ou quatre livres par semaine. » A côté de la lésion, où était la maladie?
La pleurésie, les crachements de sang, l'amaigrissement extrême, toutes les fonctions languissantes, tout indiquait une diathèse tuberculeuse qui se généralisait et devait entraîner une issue fatale. Les médecins de la malade ne s'y sont pas trompés ; ces questions, sous les yeux des médecins des malades, sont toujours bien mises au point et ne peuvent être détournées de leur véritable signification.
La Sœur avait une coxalgie tuberculeuse; l'enquête que nous résumons plus loin nous en donne la preuve.
Dans les guérisons, nous observons souvent un mélange de phénomènes naturels et de phénomènes plus difficiles à interpréter.
Charles Bron, atteint d'une coxalgie suppurée, vient à Lourdes, couché sur un matelas; depuis sept mois, on n'a pu que difficilement faire son lit. A la fin de la procession, sa plaie se cicatrise instantanément; il se relève et marche, il ne souffre plus et peut reprendre son travail, mais il est resté boiteux : sa jambe est plus courte, elle est soudée à la hanche; il guérit par ankylose. comme guérissent les vieilles coxalgies, mais il guérit instantanément. Que signifie ce mélange d'ombre et de lumière dans une guérison qui, par certains côtés, paraît dépasser les lois de la nature?
Dans le cas de de Rudder, tout ce qui importait à la guérison du malade ; soudure instantanée de la fracture, conservation de la longueur de la jambe, jeu des muscles, rétablissement de la marche, tout a
été donné d'une façon parfaite et dans quelques secondes.
Et pour tout ce qui touche à la correction des lignes, les lois naturelles reprennent leur cours. Depuis huit ans, les os avaient glissé les uns sur les autres, en obéissant aux muscles qui tirent en sens inverse. La soudure a saisi les os dans leur position irrégulière; ils n'ont pas été juxtaposés : le cal s'est fait avec une déviation visible, comme il se fait toujours dans les fractures de jambe.
Nous observons souvent, dans les guérisons de Lourdes, ce mélange de deux ordres de phénomènes. C'est ce qui faisait dire à Diday, de Lyon, en constatant la cicatrice d'une plaie guérie à Lourdes : « Si la main a été divine, le vestige est tout humain. » Mais ce vestige reste comme une trace irrécusable du mal disparu. Si la jambe de deRudder n'eût présenté à l'autopsie aucune trace de fracture, les négateurs auraient eu beau jeu pour nier l'existence delà fracture.
Depuis près de cinquante ans, l'on observe, chaque année, des centaines de guérisons à Lourdes: nos enquêtes, nos moyens de contrôle se multiplient, se perfectionnent. La clinique de Lourdes reçoit, tous les ans, trois cents médecins. Elle a ses internes, ses chefs de service; dans ses archives, elle inscrit cent, deux cents procès-verbaux. Elle a des correspondants volontaires dans le monde entier, et les travaux qui sortent de cette clinique sont répandus partout.
En regardant le chemin parcouru, les résultats atteints, nous pouvons mesurer l'intensité du mouvement religieux que nous venons de traverser. Lourdes, pétrie de surnaturel, restera comme le témoignage de ce magnifique réveil catholique qui a marqué la lin du dix-neuvième siècle.
S'il est facile d'arracher un cri de reconnaissance et d'amour du cœur d'un malade qui vient de retrou-
PIERRE DE RUDDER
i4 l'œuvre de lourdes
ver la santé, il est plus difticile d'arracher à la science un aveu d'impuissance, de forcer le médecin à reconnaître une action supérieure à la sienne. C'est ce que la Vierge immaculée est venue réaliser parmi nous.
Il reste des lacunes ; au point de vue des hommes, il doit en être ainsi. C'est toujours la tradition de la bergère ignorante recueillant les paroles de la Vierge, mais toutes ces lacunes disparaissent si vous envisagez l'œuvre dans son ensemble.
Cette clinique, avec ses guérisons, ses conversions, ses médecins venus de toutes les parties du monde, n'est pas œuvre humaine. Vous essayeriez vainement de fonder ailleurs pareille institution, la science officielle, avec les moyens dont elle dispose, n'y suffirait pas. Lourdes est bien l'œuvre de la Vierge immaculée : c'est un des plus beaux fleurons de son cinquantenaire, plus brillant que les étoiles et les diamants qui ornent sa couronne.
Dans notre siècle si tourmenté, au milieu de tant de ruines, la France conserve ce foyer de surnaturel plus vivant, plus intense. Jamais les foules n'ont été plus nombreuses, la foi plus vive, les guérisons plus éclatantes.
En étudiant Tinfluence de Lourdes sur le mouvement religieux contemporain, on retrouve les grandes lignes de cette histoire écrite depuis cinquante ans par la Vierge immaculée. Les siècles futurs tourneront avec respect les feuillets de cette histoire, et nous, encore trop près de ces événements, nous sommes éblouis par leur éclat.
Il faut que le temps fasse son œuvre, que les générations passent avec leurs polémiques et leurs passions, que l'histoire nous apporte ses teintes apaisées, alors Lourdes sera bien le plus beau monument de l'Immaculée Conception, et Lourdes vivra tant que vivra le souvenir de ce dogme, toujours!...