CHAPITRE II
Maladies organiques et maladies nerveuses. — Guérisons à effacer. — M""* Hébert, poitrinaire au dernier degré. — Guérison d'un médecin belge. — Guérison de M""* Ménager. — M"' de Monguilhem.
En entrant dans le Bureau, ce qui frappe tout d'abord, c'est une inscription bien en vue qui nous rappelle que : « Les premiers procès-verbaux écrits sous la dictée des malades sans moyens de contrôle sulFisanls ne peuvent présenter les garanties que des enquêtes ultérieures doivent leur donner. Maladies et guérisons sont abandonnées à l'étude, à la discussion. »
Si l'on voulait tenir compte des réserves que nous ne cessons de formuler, toutes les légendes qui ont cours sur Lourdes s'évanouiraient d'elles-mêmes. Les maladies nerveuses, la suggestion ramenées à leurs proportions réelles, ne serviraient plus de thèmes à des objections surannées et cent fois réfutées.
Nous savons faire la part de la suggestion dont le champ se rétrécit sans cesse autour de nous. Sous
i6 l'œuvre de lourdes
les yeux de confrères souvent incrédules nos conclusions sont sévèrement contrôlées.
En lisant nos procès-verbaux deigoS, nos lecteurs pourront comprendre l'importance desguérisonsque nous avons constatées.
Ils verront aussi que le nombre des médecins qui suivent les séances du Bureau des Constatations, loin dedécroître, semble augmenter chaque année, et nous trouvons sur nos listes un plus grand nombre de professeurs et de célébrités médicales de tous genres.
En 190.5, nous avons rédigé 114 procès-verbaux. Et ces procès- verbaux sont loin de représenterl'ensemble des guérisons qui se produisent autour de la grotte. Nous avions inscrit 5 guérisons pour le pèlerinage de Lyon et le compte rendu, publié par le directeur, signale 58 guérisons et améliorations.
Pour le pèlerinage d'Arras nous avions retenu deux observations et le compte rendu d'Arras signale 6 autres guérisons et plusieurs grandes améliorations.
Le pèlerinage de Metz avait laissé 2 guérisons sur nos registres, tandis que dans le Bulletin de Metz nous enlisons 22.
Il en est ainsi pour tous les pèlerinages; d'après ce calcul nous n'aurions guère dans nos procès-verbaux que le dixième des guérisons qui se produisent, et encore nous devons faire observer qu'un grand nombre de guérisons ne sont pas publiées, s'obtiennent dans les nombreux sanctuaires de Lourdes répandus dans le monde entier, à la suite de neuvaines, avec l'eau de la grotte, et ces guérisons nous ne les connaissons pas.
En réunissant tous ces faits nous arriverions à i.ooo ou i.5oo guérisons par année.
Lorsque les malades se pressaient sur les pas du divin Maître, un grand nombre se relevaient guéris.
L'Évangile ne nous a conservé le récit, que d'un petit nombre de ces guérisons.
A Lourdes nous ne faisons que glaner dans un champ trop vaste pour que notre regard puisse l'embrasser dans son entier. Nous ne conservons que le récit des faits les plus marquants qui nous sont signalés.
Sur ces 114 procès-verbaux nous avons 3o maladies organiques : plaies, tumeurs, caries osseuses, cancers et maladies de poitrine à la dernière période, environ le tiers.
Les guérisons de troubles fonctionnels confinent souvent à la lésion organique et doivent alors prendre rang à côté des premières. Il en est d'autres au contraire qui rentrent franchement dans les alTections nerveuses.
Il y a des cas douteux ou difficiles à classer. Enfin quelques observations doivent être rayées de nos statistiques.
Parmi les guérisons de maladies organiques, nous avons 2 guérisons de cancer.
Unmédecin conduit sa femme en actions de grâces. Elle a été guérie d'un cancer du sein le 8 décembre, alors que deux professeurs de faculté voulaient pratiquer l'ablation immédiate et totale du sein droit. A la (in d'une neuvaine toute tumeur avait disparu.
La neuvaine fut commencée le 3o novembre; le cinquième jour, la tumeur commençait à diminuer, et l'état général s'améliorait. Le 8 décembre, il ne restait ([u'une petite grosseur absolument indolore et la santé paraissait entièrement rétablie.
La mère de la malade était morte à cinquante-cinq ans d'un cancer du sein. Les deux professeurs ont constaté la guérison, et notre confrère nous écrivait dix-huit mois après que la petite grosseur que nous avions constatée avait complètement disparu, et que
la santé générale était parfaite, qu'il ne restait aucune trace de la tumeur. Cette disparition instantanée d'un cancer du sein est un fait qui sort des lois ordinaires de nos observations.
Sœur Saint-Hilaire fut guérie au pèlerinage national de 1904 d'une tumeur cancéreuse. Elle revenait en 1905 faire constater sa guérison. Le certificat de son médecin, le Dr Auge, de Rodez, va nous renseigner sur sa maladie et sa guérison.
Le 6 février 1904 je fus mandé à Peyreleau, et vis la Sœur Saint-Hilaire avec un de mes confrères qui habite la localité. Je constatai avec lui l'existence d'une induration d'une surface de 7 à 8 centimètres carrés environ, occupant le flanc droit du ventre, au-dessus de la ligne de Mac-Burney.
Cette induration était le siège d'une douleur sourde que la pression rendait très vive. L'état général était mauvais : vomissements, constipation, teint cachectique, faiblesse extrême. La malade avait de la peine à se tenir assise sur son lit : insomnie absolue. Le lait ne passait plus, l'estomac ne tolérait que quelques purées au sel. Le poids du corps était tombé à quarante-deux kilos.
Nous essayâmes de relever les forces avec des lavements alimentaires et des injections de sérum artificiel. Depuis la fin de juillet jusqu'à sa guérison, la malade observa dans ses déjections des matières noirâtres, couleur marc de café, caractéristique d'une affection cancéreuse des voies digestives.
C'est dans ce déplorable état que Sœur Saint-Hilaire voulut se rendre à Lourdes, le 20 août, à l'occasion du pèlerinage national de 1904.
Dès sa première immersion dans la piscine, elle éprouva un craquement soudain. Elle sentit son appétit se réveiller, et voulut manger. Elle avala une soupe, une aile de volaille, du fromage, etc., qu'elle digéra sans difficulté. Ce premier repas fut suivi de plusieurs autres, également bien supportés. A son retour à Rodez, je la vis avec surprise dans mon cabinet : l'œil était vif, le teint coloré, la parole nette et ferme, le pouls bien frappé. «Je suis guérie, me dit-elle, je mange, je bois, je
dors, je ne souftre plus. » Je fis un examen minutieux du ventre, et je ne trouvai plus trace d'aucune induration. Depuis cette date, la guérison s'est tout à fait maintenue et confirmée. Sœur Saint-Hilaire mange et digère toutes sortes d'aliments ; ses douleurs ont complètement disparu. Elle a repris sa vie de travail et de fatigue.
Elle est sur pied toute la journée, passe la nuit à veiller et malgré ce dur labeur a recouvré son entrain et ses forces. Elle pèse soixante-deux kilos, elle a engraissé de quarante livres.
D"" AuGÉ, de Rodez.
Deux paralysés ont été guéris! L'abbé Girette, du pèlerinage d'Évreux, qui était venu faire constater sa guérison datant déjà de treize ans.
Quand il vint à Lourdes, il marchait avec deux cannes et son intelligence était très affaiblie. Depuis lors, il marche très bien; son humeur est gaie, il a pu reprendre son ministère.
Grallier, du pèlerinage d'Angers, ouvrier vannier, âgé de cinquante ans, était en traitement depuis cinq ans pour une affection tabétique (ataxie), en dernier lieu à l'hôpital Sainte-Marie d'Angers. Il vint au mois de mai iQoS en pèlerinage à Lourdes, au retour il fut instantanément guéri.
Grallier, qui recevait une pension d'une société de secours mutuels comme incurable, travaille de 6 heures du matin à 6 heures du soir à la scierie des Ardoisières d'Angers. Sa santé est parfaite. Il résiste depuis deux ans à toutes les fatigues. Ces deux observations doivent être reprises, appuyées par des en(juètes très précises. La guérison de l'abbé Girette a été soumise à l'étude d'une commission. Grallier a été soigné dans un hôpital, il est facile de reconstituer jour par jour l'histoire de sa maladie. L'ataxie guérit bien rarement, et avant de classer ces deux guérisons dans les alaxies il importe de les soumettre à une enquête très sévère.