AVANT-PROPOS
Que nos lecteurs ne soient pas trompés par le titre de cette étude ; ce n'est pas en un volume de 140 pages que nous avons la prétention d'analyser l'œuvre dramatique, si importante, de Meyerbeer.
Blaze de Bury, Fétis, Kreutzer, Berlioz, MM. Arthur Pougin, Camille Bellaigue, Lionel Dauriac, et tous ceux dont on retrouvera les noms dans l'index des ouvrages publiés sur l'œuvre du grand musicien dramatique, s'en sont chargés mieux que nous ne pourrions le faire.
Nous avons simplement voulu, dans ce volume, rappeler d'abord les divers épisodes de la vie de Meyerbeer, puis la formation de son talent qui est devenu peu à peu un génie créateur.
La génération musicale d'aujourd'hui (qui affecte d'ailleurs de ne pas aller entendre les chefs-d'œuvre qui, depuis plus d'un demi-
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siècle, sont au répertoire de toutes les scènes lyriques d'Europe), tient Meyerbeer pour un pompier (style de rapins).Or, ces jeunes musiciens, qui croientqu'une musique sans rythme, sans tonalité, sans idée ni charme, et toute en dissonances, peut supplanter l'ancienne, ne se doutent surtout pas que Meyerbeer a été un novateur. Si, par hasard, un de ces esthètes de l'art musical ouvre ce volume, nous le renvoyons d'abord aux appréciations de Berlioz, qui ne peut être soupçonné de parti pris à Tégard de Meyerbeer, dont il n'a jamais cherché à imiter la forme, voulant rester luimême, puis aux comptes rendus de Léon Kreutzer, etc. Ces extraits prouveront combien Meyerbeer a eu de trouvailles, soit dans la forme mélodique, soit dans la trituration orchestrale.
Quant au génie, qui a enfanté les deux derniers actes des Huguenots, la scène de la cathédrale du Prophète et tant d'autres pages de Meyerbeer, il est impossible de le nier.
Il estincontestableque, dans une œuvre aussi considérable, il y a eu des passages écrits au courant de la plume d'un homme trop habile, des remplissages faits à la hâte pour satisfaire des chanteurs, mais les grands génies dramatiques : Gluck, Mozart, Weber, Berlioz, Gounod, Rossini, Wagner, n'ont-ils pas eu, eux aussi,
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leurs faiblesses? On n'en a pas moins conservé leurs pages les plus inspirées, et cela suffît à leur gloire et à leur immortalité.
Nous avons voulu montrer d'abord à quelles sources avait puisé Meyerbeer, avant d'arriver à sa forme personnelle. Le style scholastique allemand, puis l'art italien de Rossini ont influé successivement sur lui, jusqu'au moment où. avec Robert le Diable, il a donné une formule d'art, nouvelle pour t époque.
Rappelant seulement les grandes pages célèbres de chacun des six grands ouvrages lyriques, puis ayant cité un article qu'Ernest Reyer a fait paraître, alors qu'il rédigeait le feuilleton musical des Débats sur le premier acte d'un opéra : Cinq-Mars, que Meyerbeer n'a pas continué, nous avons parlé ensuite des mélodies, des marches aux flambeaux, puis consacré un chapitre spécial à trois figures qui paraissent être des créations de Scribe et Meyerbeer, bien caractéristiques : celles de Bertram de Robert le Diable, de Marcel des Huguenots et de Fidès du Prophète. Bertram représente en même temps l'ange du mal et l'amour paternel, Marcel est le type de l'exaltation religieuse, et Fidès incarne l'amour maternel.
Après deux courts chapitres sur les relations entre Meyerbeer et Wagner et quelques