L ETOILE DU NORD
On voit qu'à la cour allemande, Meyerbeer était tout à fait le musicien officiel.
En 1 85 1 , sa santé commença à faiblir. Le travail de composition de chacun de ses ouvrages l'épuisait, car il n'était jamais satisfait du résultat. On sait qu'il mit quatorze ans à revoir le Prophète et, à ce sujet, nous avons trouvé dans le numéro du Charivari du 20 février 1848 une amusante caricature que nous reproduisons ici.
Le travail des répétitions, durant lesquelles, tout en étant d'une politesse parfaite avec les musiciens (1), il se montrait très exigeant,
(1) Il paraît que Meyerbeer ne s'adressait jamais aux musiciens de l'orchestre, autrement qu'en les appelant : « Messieurs les professeurs ». Voici d'ailleurs ce qu'il écrivait à son ami Schucht : « Je ne suis pas fait pour bien diriger. Un bon chef, dit-on, doit être un peu grossier ; je ne veux pas l'affirmer, mais cette grossièreté a toujours été contraire à ma nature. J'éprouve une impression très désagréable à voir traiter des artistes très distingués comme on ne traiterait pas un domestique. Je ne demande pas à un chef d'orchestre d'être grossier, mais il doit se montrer énergique, pouvoir faire sans grossièreté de sévères observations et, même, dans ses réprimandes les plus dures, ne jamais se départir des convenances. »
« En même temps il faut qu'il ait assez de bonne humeur pour s'attirer l'amour de tous les artistes qui doivent à la fois l'aimer et le craindre. Il faut aussi qu'il ne montre pas de faiblesse de caractère, sous peine de voir diminuer beaucoup le respect qui lui est dû.
« Pour moi je ne saurais être assez énergique, assez
8t l'œuvre de meyerbeer
agissait sur son organisme nerveux, d'une façon déprimante. La composition hâtive des morceaux qu'il devait ajouter, pour contenter tel ou telle interprète, était encore une fatigue nouvelle, à la veille d'une première, au milieu des angoisses de la bataille à livrer qu'il fallait gagner, pour rester digne de son passé.
Nous arrivons à l'époque où fut composée rÉtoile du Nord. Nous avons déjà dit que Meyerbeer avait songé à écrire Robert pour TOpéra-Comique. Il y renonça, quand il vit les dimensions considérables qu'on pouvait donner au drame de Scribe.
C'est de l'histoire de Pierre le Grand et de Catherine que Scribe a tiré le scénario de l'Étoile du Nord, en le dénaturant, pour en faire un mélange de comédie et de drame.
Voici le sujet : Pierre le Grand s'amourache de Catherine à Saardam en Hollande, où il est venu incognito, soi-disant pour apprendre le métier de charpentier, en réalité parce qu'on lui a révélé dans ce pays une conspiration militaire, qui devait le livrer aux Suédois.
tranchant pendant le temps des études ; voilà pourquoi je laisse très volontiers le bâton au chef d'orchestre.
« La plupart du temps, les répétitions m'ont rendu malade. »