HÉLÈNE FOURMENT ET DEUX ENFANTS
Paris. Louvre, 460.
Panneau. H. 1 1 3 , L. 82.
a femme de Rubens, vêtue de blanc, est assise dans un fauteuil et vue presque de profil, tournée à gauche. Elle porte sur la tête un large chapeau de feutre gris orné de plumes, qui projette une ombre légère sur la figure, et tient sur ses genoux un petit garçon coiffé d’une toque noire avec des plumes, une fleur et des nœuds rouges. A gauche, une petite fille debout, relevant son tablier. Les têtes seules de ce tableau sont assez avancées, mais le reste est à l’état d’ébauche. Dans le fond, indiqué par un léger frottis, on aperçoit entre les deux enfants une colonne, un oiseau qui vole et, à droite, près du fauteuil, deux mains d’un autre enfant.
Hélène Fourment n’est point ici la femme aux formes opulentes que l’on se figure communément et que le peintre lui-même représente d’ordinaire. Ses traits réguliers dénotent une simplicité enfantine et rustique, la bonté d’un esprit peu éveillé. La belle jeune femme, parée comme une reine, à la peau étincelante, à la chevelure dorée, ne se reconnaît point dans cette mère de famille, sans pensée dans l’œil, sans aucun ornement. L’enfant, sur les genoux de la mère, tient d’un main le perchoir de l’oiseau avec lequel il joue, de l’autre main le fil auquel celui-ci est attaché. Il a la figure de l’enfant Jésus qui se voit dans la Sainte Famille du musée de Cologne (notre n° 229).
La peinture à moitié achevée laisse voir la technique de Rubens. Tout le fond est d’un jaune doré sur lequel, comme sur un thème fondamental, viendront s’appliquer les diverses couleurs ; les carnations et le vêtement sont dans la même gamme, presque du même ton, seulement plus lumineux ; les ombres sont en bistre. Immédiatement sur le fond apparaissent et se détachent
vivement deux lambeaux de draperie rouge, le vêtement de la mère, le coussin de la chaise, les fleurs à la toque de l’enfant. Ce sont des points de repère posés par l’artiste. Les têtes, quoique non entièrement achevées, vivent et respirent. De ces seuls fragments, ressortant sur frottis, le peintre a composé un tableau qui se maintient à côté des chefs-d’œuvre.
Il est entièrement de la main de Rubens et de la dernière époque de sa vie. Il est fort probable que la mort a empêché l’artiste de terminer cette œuvre et que les enfants représentés sont les plus jeunes de ceux qu’Hélène Fourment avait au décès de son mari.
Le tableau fut acquis à la vente de la Live de Jully (Paris, 1770) à 20,000 livres par Donjeu. A la vente Randon de Boisset (Paris, 1777), il fut retiré à 10,000 livres et cédé ensuite à Lebrun pour 18,000 livres ; à la vente comte de Vaudreuil (Paris, 1784), il fut acquis pour le roi à 20,001 francs.
Dans la collection Malcomb (n° 588) se trouve un dessin, représentant la tète de l’enfant qu’Hélène Fourment a sur les genoux.
Gravures : V. S. 120, Jac. Schmutzer ; 121, Ch. Chaplin. Non décrites : M. Borrel (Gazette des Beaux-Arts, i885).
Voir planche 292.
Hélène Fourment.
Un portrait, portant le nom d’Élisabeth Brant, parut dans la vente Van Parys (Bruxelles, i853). Le catalogue le décrit de la manière suivante : « Sa tète gracieuse est entourée d’une large collerette de dentelles brodée et ses cheveux relevés à la Marie Stuart sont retenus par une large parure de fine guipure. Elle est vêtue d’un riche corsage d’or qui recouvre une jupe de satin noir broché ; un par-dessus de même étoffe repose sur ses épaules et ses manches sont enrichies de manchettes de dentelles. Les poignets sont ornés de bracelets d’or et dans ses mains elle tient un collier de perles. Panneau. H. 107, L. 77. «
Adjugé pour 4200 francs à Lombard.
Le présent tableau passait pour le portrait de la première femme de Rubens ; le portrait d’Isabelle Brant était catalogué sous le nom d 'Hélène Fourment.
La galerie de Florence, n° 180, possède un portrait semblable ; il est attribué à Rubens et porte le nom d’Hélène Fourment dans le catalogue. Le
portrait n’est pas peint par Rubens et le personnage représenté n’est pas sa seconde femme.
Il existe dans la collection Czernin à Vienne un buste d’Hélène Fourment, à peu près semblable à celui de la seconde femme de Rubens, telle qu’elle est représentée dans le tableau, représentant Rubens se promenant avec Hélène Fourment et un de leurs enfants et appartenant actuellement au baron Alphonse de Rothschild à Paris.
Héliogravure J. Loewy (dans Wiener Galérien publié par V. A. Heck, à Vienne).
Photographie : J. Loewy.
En i83o, Smith vit dans la collection d’Edward Gray un portrait de femme de Rubens qu’il désigne sous le nom d Hélène Fourment. Le modèle était âgé de 26 ans environ. Elle est vue de profil, la chevelure brune est surmontée d’une couronne de perles et de rubis ; la robe brune et rouge laisse les seins découverts. Le buste est entouré d’un ovale. Panneau. H. 62, 5, L. 47.5.
A en juger d’après cette description, ce portrait présente la plus grande analogie avec le précédent.
Le tableau provenait selon Smith de la vente Stier d’Aertselaer (Anvers, 1822) où il fut vendu 620 florins. Dans le catalogue, le tableau ne portait pas de nom.
Le portrait paraît être le même qui se trouvait dans la vente Schneider (Paris, 1876, n" 32) et fut adjugé à 4700 francs. Suivant un critique du journal la République Française , qui vit le tableau dans cette dernière vente, le portrait est une imitation plus que médiocre (1). Le catalogue de la vente l’annonçait en ces termes : « La même personne vue de profil que Rubens a représentée dans le portrait connu sous le nom du Chapeau de Paille. «
Au musée de l’Ermitage, sous le n° 577, et sous le nom d’Hélène Fourment, on trouve un portrait de femme en buste, à cheveux blonds qui descendent en petites boucles sur le front ; une longue tresse dénouée tombe dans le cou ; les épaules sont couvertes d’un léger fichu (Transporté sur toile, H. 66, L. 54). Le portrait a été gravé par J. B. Michel (V. S. 43). C’est la même femme que celle dont le portrait se trouve au musée de Dresde n° 970, qui a été gravée par Jos. Canale (V. S. g3), par Stoelzel (V. S. g5) et sous le nom d’Isabelle Brant par L. A. Claessens (V. S. 42). Le tableau n’est pas de
(1) L'Art 1876. II, 71.