‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 149 sur 302 · UNE FILLE DE GERBIER · texte numérisé non relu

UNE FILLE DE GERBIER

Collection du comte Spencer, à Althorp.

Toile. H. 71, L. 53.

'est le portrait de la petite fille qui se tient debout au premier plan dans le tableau précédent, posant un bras sur les genoux de sa mère. Elle est vue, ici, jusqu’au-dessous des genoux et s’appuie contre un arbre. Elle est âgée d’environ sept ans ; la tète s’incline vers le côté droit, les cheveux sont blonds et bouclés, les yeux sont noirs et très grands. Elle porte une robe noire avec manches à crevés, des manchettes, un fichu et un tablier blancs. Le portrait est évidemment une étude pour le tableau précédent. Il a fait partie de la collection du peintre Richardson ; il fut vendu au général Skipton et au capitaine W. Hamilton et passa ensuite dans la collection du comte Spencer.

Le musée de Lille, n° 468, possède une copie ancienne de ce portrait. (Toile. H. 68, L. 53).

Gravure (du portrait du musée de Lille) : Léopold Flameng.

Photographie (du tableau original) dans « The great historié Galleries of England edited by Lord Ronald Gower. London. Sampson Low, 1882 ; » (du portrait du musée de Lille) A. Braun.

g58. GASPAR GEVARTIUS

(Secrétaire de la ville d’Anvers, ami de Rubens, i5g3-i666).

Anvers. Musée, 65o.

Panneau. H. 120, L. 99.

aspar Gevartius, habillé d’une robe noire et d’une fraise tuyautée, est assis dans un fauteuil devant sa table de travail, la plume à la main, tenant l’index de la main gauche entre les feuillets du livre dans lequel il va écrire. Il regarde le spectateur. La figure est maigre et fraîche de couleur, le front dénudé, les cheveux châtain foncé, la moustache et la barbiche châtain clair. Sur la table de travail, placée à gauche, se trouve un buste antique, celui de Marc-Aurèle ; sur une planchette, au-dessus de ce marbre, quatre livres, dont deux vus sur le dos et deux vus sur la tranche. Le fond est sombre à droite et s’éclaircit en allant vers la gauche. La tête est peinte dans une couleur fondue, très fine de nuance; elle est pleine de vie et de distinction ; les traits bien accentués font conclure à une reproduction exacte du modèle.

La tête est entièrement faite par Rubens, les mains sont soigneusement retouchées par lui, ainsi que le livre ouvert sur la table. Les accessoires sont peints par un élève, ainsi que la robe ; mais cette dernière est retouchée par le maître.

Sur la gravure que Pontius fit de ce portrait, Gevartius est intitulé conseiller et historiographe de l’empereur Ferdinand III et du roi Philippe IV. Le premier de ces souverains n’ayant commencé à régner qu’en 1637, c’est après cette date que le portrait fut gravé; la peinture est d’une époque antérieure: de 1628 environ.

Au siècle dernier et jusqu’en i83o, le tableau appartenait à la famille du baron Roose. Il passa plus tard dans la famille Gillès par le mariage de Mlle Roose de Baisy avec Philippe Gillès de ’s Gravenwesel. Celui-ci épousa en secondes noces Mlle de Brouckhoven de Bergeyck. Il légua de son vivant le tableau au musée d’Anvers, sous réserve d’usufruit au profit de Madame Gillès de ’s Gravenwesel, née comtesse de Brouckhoven de Bergeyck. En novembre 1874, après la mort de son mari, cette dame a cédé le tableau au musée, en renonçant à l’usufruit.

Dans la vente baron de Beurnonville (Paris, 1881), un portrait de

Gevartius, attribué à Rubens (Panneau. H. 52, L. 41), fut adjugé à M. Dollfus pour 3ooo francs.

Gravure: V. S. 24g, P. Pontius.

Voir planche 296.

g5g. VINCENT DE GONZAGUE (Duc DE Mantoue, 1562-1612).

Mantoue. Collection du Dr Fr. Tamassia.

e duc est représenté en buste, vu de trois quarts. Il est nu-tête, le haut du crâne dégarni, les cheveux bouclant sur les oreilles, la moustache relevée par les bouts, la barbe rare et courte sur les joues, forte et plus longue au menton. Il porte une fraise simple tuyautée et la cuirasse, sur laquelle est posé un riche collier.

Bellori dit que Rubens fit les portraits du duc et de la duchesse de Mantoue, âgés de vingt ans (1).

Lors de son premier voyage en Espagne, Rubens était porteur d’un portrait du duc de Mantoue destiné au roi Philippe III. Ce portrait, peint par François Pourbus, fut attribué à Rubens dans l’inventaire des peintures appartenant au roi d’Espagne et se trouvant à Valladolid, en 1621. On y lit : « Un portrait du duc de Mantoue, haut de 1 1/4 de vara, encadré de sapin doré, entièrement de la main de Rubens. -

En i636, l’inventaire des tableaux de l’Alcazar de Madrid mentionne : “ Deux portraits du duc et de la duchesse de Mantoue. Cette dernière porte une fraise et est vêtue de noir. Le duc en armure. Cadres à moulure. Originaux de Rubens. « Depuis lors ils disparaissent (2).

Photographie : Anonyme.

(1) Bellori : Op. cit. II, 226.

(2) CRUZADA VlLLAAMIL : Op. cit. Pp. 93, p5 et 33y.

g6o. ALEXANDRE-JEAN GOUBAU

ET SA FEMME ANNE AnTHONIS, AGENOUILLÉS DEVANT LA MADONE (LE MARI l540-l6l4, LA FEMME l545-l62l).

Tours. Musée, 223.

Panneau. H. 121, L. 82.

gauche, on voit la Vierge, la tête entourée d’une gloire, tenant l’enfant Jésus et apparaissant dans les nuages. Elle porte une robe rouge; une draperie bleue s’élève derrière elle, une gaze blanche descend de la tête sur les épaules. L’enfant Jésus, tout frais et rose, étend les mains vers les donateurs, la Vierge s’incline vers eux. Plus bas, à gauche, on voit Alexandre-Jean Goubau et sa femme, Anne Anthonis ; lui les mains croisées sur la poitrine, elle les mains jointes, tous deux vêtus de noir et portant des cols tuyautés, la femme coiffée d’un bonnet à coques. Le fond est formé par le ciel entièrement couvert de nuages gris, très clairs, sur lesquels les figures se détachent lumineuses. Les contours sont nets, la peinture soignée ; le travail date de i6i5 environ. Les deux époux sont d’un âge fort avancé, lui a bien 70 ans sonnés et elle n’en a guère moins.

Le travail préparatoire est d’un élève, les chairs sont entièrement peintes par Rubens, ainsi que le ciel ; le maître a repeint en bonne partie les draperies. Les touches sont très largement posées, spécialement sur les têtes des donateurs ; la femme est plus pâle, aux ombres bleuâtres, l’homme est plus brun. L’expression des personnages en prière est excellente.

C’est un beau tableau, dont le ton est devenu un peu cru par suite de la restauration exécutée en 1881 ; mais l’exécution en est franche et large. L’opposition des draperies bleues et rouges de la Vierge contre le ciel gris bleuâtre est dure. Les chairs sont très fraîches et leur teint est relevé par des touches de carmin aux ongles, aux yeux, aux narines et aux lèvres.

Dans le pourtour méridional du chœur, contre le pilier de la chapelle des maîtres-maçons, dans la cathédrale d’Anvers, était placé le monument sépulcral de Goubau. A droite et à gauche se trouvaient les statues en marbre de Ste. Anne et de St. Alexandre, patrons des époux, avec leurs armoiries. La femme de Goubau était alliée à la famille de Rubens (1). L’épitaphe était

(1) Poème manuscrit en l'honneur de Rubens et de ses œuvres, par Verdussen. Collection de M. le chevalier Gustave van Havre.

GASPARD GEVARTIUS.

Gravé par Paul PONTIUS

Pl.

ainsi conçue : « Alexandre Goubau civi singularis fidei modestiæ et probitatis quas virtutes erga Deum pietas erga proximum caritas egregie commendarunt aetatis anno LXIII Publicarum Eleemosynarum munus administrare maluit cjuam senectutis venia recusare in actionibus çonstans in moribus placidus Anna Antonii uxore amantissima superstite cum qua rara felicitate annis LI concorditer vixerat vitae LXXIV kal. Decembris MDCIV excessit. Maritum secuta cara conjux obiit III kal. aprilis MDCXXI aetat. LXXVI (i). »

Mois donne l’année 1614 comme date de la mort du mari, ce qui parait vraisemblable, et dit : « Ce tableau a été peint avant 1614, car les portraits des deux époux se voient vivants, à genoux, en prière devant la Vierge. « Au contraire, tout prouve que le tableau fut peint après la mort du mari et que l’épitaphe fut posée par la veuve.

Il fut enlevé par les commissaires de la République française en 1794, et faisait partie du premier envoi de tableaux donnés par le gouvernement de Napoléon I au musée de Tours. On l’envoya dans cette ville, croyant que les personnages représentés étaient Plantin et sa femme. Le célèbre imprimeur, comme on sait, était né aux environs de Tours.

Photographie : Anonyme.

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