HISTOIRE MODERNE
8i5. ACTE RELIGIEUX DE RODOLPHE I, COMTE DE HABSBOURG.
Madrid. Musée, 1 566.
Toile. H. 198, L. 283.
a scène se passe dans un paysage rocheux et accidenté. A gauche, la tour et les toits d’une église de village émergent de l’épais feuillage ; au milieu s’élève une colline pierreuse, servant de fond au groupe principal et couronnée de deux arbres. A droite, un tronc desséché et un arbre noueux ; contre le cadre, une hutte; sur le devant, une flaque d’eau. Dans ce paysage s’avance un groupe de quatre personnes, héros de la scène suivante. Le comte Rodolphe I de Habsbourg, fondateur de la maison d’Autriche, étant à la chasse avec son écuyer rencontra dans un bois un prêtre qui portait le viatique. Il lui céda son cheval et son écuyer fit la même chose pour le sacristain qui accompagnait le prêtre. Rubens a représenté les personnages au moment où les deux hommes d’église sont montés à cheval et poursuivent leur route. Le comte tient la bride du cheval brun que monte le prêtre ; celui-ci est gravement et dignement assis, portant le viatique devant lui ; c’est une figure pleine de bonhomie et de santé, à cheveux grisonnants, vêtue d’une aube blanche sur une robe en drap noir. Derrière ce premier groupe vient le second. L’écuyer a pris la bride du cheval monté par le sacristain. Le brave homme a beaucoup de peine à se tenir sur sa monture; d’une main il
s’accroche à la selle ; de l’autre il tient la lanterne qui s’est déjà ouverte et qui allait tomber lorsqu’il l’a rattrapée sur la croupe du cheval. C’est une excellente figure, moitié anxieuse, moitié riante, bien nourrie, faisant un contraste sensible dans sa position embarrassée avec la dignité calme de son maître ; il a des cheveux grisonnants, un surplis blanc, des haut de chausses gris bleuâtres, des bas gris ; son cheval est gris-pommelé. L’écuyer qui tient la bride est vêtu de couleurs plus vives, ses manches à crevés sont rouges, sa cotte est jaune. A côté du comte courent deux chiens de chasse ; derrière le cheval de l’écuyer, deux autres. Tout le tableau est dans une gamme calme, dans une lumière terne, mais claire encore. Les vêtements sont choisis de telle manière que leur éclat est amorti ; même le riche vêtement blanc que porte le comte est recouvert d’une nuance grise par les ombres que le peintre y a frottées.
Le paysage, sur lequel les personnages ressortent vivement, forme une œuvre capitale de Wildens.
Dans son Rodolphe de Habsbourg , Rubens a eu recours à d’autres moyens que ceux qu’il employait d’ordinaire. Les tons gris clair et la note gaie, humoristique prédominent. C’est un chef-d’œuvre par le gracieux agencement des deux groupes : l’un, mouvementé et jovial ; l’autre, calme et noble.
C’est le seul exemple d’humour que nous connaissions dans l’œuvre de Rubens. Le maître a parfaitement réussi dans cette excursion sur un terrain étranger. La figure du sacristain est comique sans bouffonnerie, fait rire sans rendre le personage ridicule.
Le paysage, comme nous l’avons dit, est de Wildens ; les personnages sont de Rubens. La facture coulante, facile, aux tons clairs dénote une date avancée dans la carrière du maître.
Le tableau se trouvait déjà dans la collection de Philippe IV, roi d’Espagne, en i636. Il doit avoir été peint peu de temps avant cette époque.
Gravure : Asselineau (lithographie).
Photographies : A. Braun; J. Laurent.
Voir planche 25g.