UN PAYSAGE, DIT - LA FERME DE LAEKEN
Londres. Buckingham palace, 149.
Panneau. H. 127,5, L. 84,5.
gauche, on voit cinq vaches et une paysanne occupée à traire l’une d’elles ; une seconde femme est accroupie, tenant une cruche à lait en cuivre ; une troisième, debout, tient un panier de fruits sur la tète. Sur le devant, à gauche, des pigeons picorent à terre ; à droite, une brouette chargée de légumes et un homme menant boire deux chevaux. Au second plan, une éminence, plantée d’arbres en groupe, plus serrés à droite, plus
clairsemés à gauche. A droite, parmi les arbres, une église de village. Le
jour est clair et chaud à gauche, sombre et noir à droite. Les couleurs sont posées par plaques nettement dessinées.
Le paysage est de la main de Van Uden, les paysannes et les vaches de Rubens. C’est un travail secondaire dans l’œuvre du maître, mais une peinture estimable.
Le tableau appartint d’abord à la famille Lunden. Dans un inventaire de la collection d’Albert Lunden, dressé de i63g à 1649, il fut évalué à 1000
florins. Il resta dans cette famille jusqu’au commencement de ce siècle. Un
de ses représentants, M. Arnould-Albert- Joseph Lunden, mort en 1733, le possédait en même temps que le Chapeau de paille (notre n° 949) et le portrait d’Isabelle Brant (notre n° 8g5). Ces trois tableaux restèrent la propriété indivise de ses héritiers et de leurs descendants jusqu’en 1817. Le 8 novembre de cette année, la Ferme de Laeken fut vendue à l’amiable pour une somme de 3o,ooo fr. (1). Etant devenu la propriété de M. de la Hante, le tableau fut transporté en Angleterre et vendu à Georges IV, en 1821.
Gravures: V. S. 5 44, Luc Van Uden; Jac. Neeffs. Non citée : A. Willmore.
Photographie : A. Braun.
(1) Papiers de famille de M. le chevalier Gustave van Havre.
ngg. UN PAYSAGE AVEC DES PAYSANS ALLANT AU MARCHÉ.
(Going to Market).
Windsor. Galerie royale.
u milieu du tableau, un paysan conduisant une charrette chargée de légumes ; une paysanne montée à cheval et portant un pot au lait ; sept vaches et bœufs; un troupeau de moutons; un homme monté sur un âne, un autre portant une pièce de gibier. Tout ce monde suit un chemin tortueux qui se dirige vers le fond, où l’on découvre la silhouette d’une ville. C’est cette circonstance qui a fait donner au tableau le nom de : En route vers le Marché (Going to Market). A droite, une vieille femme descendant un sentier, un panier au bras ; derrière elle, un homme tenant une cage sur le dos au bout d’un bâton. Quelques maisonnettes, près desquelles vaguent trois cochons, quelques arbres légers contre le cadre. A gauche, sur le bord opposé d’un ruisseau, qui se fraie un chemin à travers les rochers, un groupe d’arbres élevés, dont l’un est cassé et tombé en travers du cours d’eau. La vue s’étend fort loin, le fond est lumineux, le soleil perce des nuages bleuâtres et répand une chaude clarté sur le paysage.
Celui-ci, soigneusement fait, est de la main de Luc Van Uden. Mais Rubens y a répandu la lumière; les figures et certains accessoires sont retouchés par lui. C’est une superbe pièce décorative, très importante, datant probablement de 1616 à 1620.
Dans le catalogue du duc de Buckingham (Londres, 1758), le tableau est inscrit comme suit: « A large piece, being a Landscape full of figures, horses and carts. Length 5 f. Breadth 7 feet 7 inch.
Une répétition de ce paysage (H. 58, L. 83) fut adjugée dans la vente Valentini (Amsterdam, 1763), à ig5 florins. Une autre qui se trouve actuellement au palais des ducs d’Albe, à Madrid (Panneau. H. 140, L. 217), fut présentée à la vente du duc de Berwick et d’Albe (Paris, 1878) et retirée à 23, 000 francs.
Gravures: V. S. 55, Théod. Van Kessel (Dédicace: Ornatissimo Viro Domino Petro Gisberti Antverpiae nato, Artis Amatori Studiosissimo D. C. Q., Th. van Kessel) ; John Browne (1783) ; Non décrite : A. Willmore.
Photographie : A. Braun.
Voir planche 345.
Un paysage avec un berger , deux cavaliers el un piéton.
Sur la droite, un paysage boisé au milieu, un beau chêne; à gauche, une vue sur une plaine étendue, où l’on remarque une ferme et de petits arbres. Sur le devant, à droite, deux arbres tordus et un troisième brisé, dont le tronc est tombé en travers d’un ruisseau, descendant de la colline en cascades. Vers le milieu, un berger conduisant des moutons et un groupe de deux cavaliers et d’un piéton. Connu par la gravure de Major, qui donne comme dimensions du tableau i pied 5 I\2 pouces de hauteur sur 2 pieds 1 I/4 pouce de largeur.
Gravure: V. S. 56, Major.
Un paysage avec une bergère.
Un paysage, représentant une pièce d’eau entre un massif d’arbres et une colline, au pied de laquelle se trouve un château. Sur le bord de l’eau paissent deux moutons; une bergère assise toute pensive près de là, une houlette à côté d’elle, les surveille. Connu par la gravure de J. Coelmans. Forme ovale oblongue. La composition ne porte aucunement le caractère d’une oeuvre de Rubens.
Gravure: V. S. 5j, J. Coelmans, dans le cabinet Boyer d’Aguilles.
Un paysage avec quatre personnages , un mouton et une chèvre.
A droite, un berger, un mouton et une chèvre; au milieu du paysage, un homme ét deux femmes. Dans le fond, des arbres et un clocher.
Gravure: V. S. 58, Anonyme.
Un paysage avec des arbres , vu ait soleil levant.
Dans la vente De Wael (Anvers, 1769), un paysage au soleil levant (Panneau. H. 68, L. 100), fut adjugé à 420 florins ; dans une vente anonyme (Anvers, 16 juin 1772), il fut vendu 600 florins. C’est probablement le tableau gravé par Dansaert, où l’on voit dans un paysage au soleil levant, au milieu de la planche, quatre arbres sur un rocher et, à gauche, un autre groupe de sept arbres. Au premier plan ; il y a trois vaches, dont une est couchée.
Gravure : V. S. 5g, J. Dansaert.
Gravé par JOHN BROWNE
Un paysage avec trois chariots , des vaches et des moutons.
A droite, sur une hauteur, un groupe d'arbres élancés ; à gauche, des arbres plus bas. Au milieu, sur le devant, plusieurs vaches et trois chariots. Au second plan, un troupeau de moutons et un village. Tout au fond, une colline assez élevée. Le paysage trahit la facture de Luc Van Uden. Il est fort douteux que les personnages soient de Rubens.
Gravures: V. S. 60, A. Cardon (Dédié à Son Excellence Monseigneur le Comte De Cobenzl, Ministre plénipotentiaire de Sa Majesté I. R. et Apost. aux Païs-Bas, Chevalier de la Toison d’Or, etc., etc. Tiré de son cabinet et gravé de la même grandeur du tableau); 61, Charpentier (Inscription analogue).
Un paysage avec une femme montée sur un âne et d’autres personnages.
Au milieu est une église entourée d’arbres ; à droite, trois arbres auprès d’un ruisseau traversé par un pont, sur lequel passent, précédés d’un chien, un homme et une femme qui porte un paquet sur la tête ; à gauche, trois figures, dont celle du milieu est une femme montée sur un âne.
Paysage connu par une gravure signée: « Pet. Paul. Rubb. f. «
Sur l’exemplaire de cette gravure que possède le musée de Dresde, on a écrit à l’encre: » 1 pied 3 pouces et 2 pieds 4 pouces. «
Gravure: V. S. 62, Anonyme.
L’Escurial.
Dresde. Musée, 983.
Toile. H. 114, L. 194.
Contrée montagneuse ; au milieu, des rochers gris verdâtres avec des raies de lumière ; à droite, des rochers plus sombres avec une lumière brune. Au milieu, de la grandeur d’un décimètre carré à peu près, l’Escurial. Un cavalier et un ermite avec son âne et son chien, gardé par un domestiqne, passent sur la route.
Le tableau, acheté en 1742 à Prague, n’est pas de Rubens.
Le catalogue des tableaux trouvés dans sa mortuaire mentionne, sous le n° i32, - Un paysage, au naturel, représentant l’Escurial et ses environs. »
Nagler cite un paysage d’une contrée inculte, avec le château l’Escurial, gravé par Schelte a Bolswert (V. S. 63). Nous ne connaissons pas cette planche.
Le même sujet se rencontre dans la collection du comte d’Egremont (3 pieds 4 pouces sur 6 pieds 5 pouces). Un troisième exemplaire fut vendu dans la collection de Richard Cosvvay et acheté par M. Woodburn pour 44 guinées (H. 2 pieds 1 pouce sur 3 pieds 1 pouce). Un quatrième, appartenant au révérend Edward Balme, était exposé dans la British Gallery, en 1819. Un cinquième, attribué à De Momper (1), se trouvait dans la galerie du comte de Radnor (H. 7 pieds, L. 10 pieds).
Ils sont probablement tous du peintre Pierre Verhulst dont Rubens parle dans une des lettres que nous allons reproduire.
Le i3 mars 1640, Balthasar Gerbier écrivit de Bruxelles à Rubens : Monsieur
J’ai reçu une lettre du Sieur Ed. Norgate qui doit avoir raconté à Sa Majesté (Charles I) qu’il a vu chez vous un paysage représentant les environs de Madrid en Espagne, avec l’Escurial apparaissant dans le lointain. Le roi, mon maître, désire posséder cette peinture. Pour cette raison, il m’ordonne de vous écrire pour m’informer s’il vous plairait de la céder et, s’il en était ainsi, de vous demander si vous voudriez entreprendre de l’achever et d’étoffer le premier plan de passants et de personnages dans le costume de la contrée. S. M. désirerait avoir ce tableau le plus tôt possible. Voilà ce que j’avais à vous dire sur ce sujet, vous priant de répondre en français pour montrer comment en ceci j’ai rempli ma mission.
Je reste, Monsieur, etc. B. Gerbier.
Le i5 mars suivant, Rubens lui répondit :
Monsieur
Il est vray que Monsieur Norgate se trouvant chez moy donna de l’œuil sur cette pièce de St. Laurens en Escurial sans s’arrester avecq quelque estonnement des circonstances sur le reste que bien légèrement, et il ne me sembla pas nécessaire alors de le désabuser pour ne luy donner quelque mescontentement. Mais me voyant pressé à dire la vérité pour ne tromper
(1) SMITH: Catalogue. II, 1195. — WAAGEN : Kleine Schriften, p. 295.
pas Sa Majesté de la Grande Bretagne, à laquelle j’ay tant d’obligations, je confesse que la susdite peinture n’est pas de ma main, mais faitte entièrement par un peintre de plus communs (qui s’appelle Verhulst) de ceste ville après un mien dessein fait sur le lieu mesme. Aussi n’est elle aucunement digne de paroistre entre les merveilles du Cabinet de Sa Majesté, laquelle poura tousjours disposer absolument de tout ce que j’ay au monde, etc.
Le 29 avril, Gerbier écrit à Rubens qu’il attend le paysage de l’Escurial. Le 12 mai, il apprend à Inigo Jones qu’il l’a reçu et n’attend qu’une occasion favorable pour l’envoyer au Roi. Le 1 juin 1640, il envoya la peinture avec la lettre suivante que Rubens lui écrivit, au mois d’avril précédent.
Monsieur :
Voyci la peinture de S. Laurens en Escurial achevée selon la capacité du Maistre toutesfois avecq mon advis. Plaise à Dieu que l’extravagance du suget puisse donner quelque récréation à Sa Majesté. La Montaigne s’appelle la Sierra de S. Juan en Malagon, elle est fort haulte et erte (raide), et fort difficile à monter et descendre, de sorte que nous avions les nuées desous nostre venue bien bas, demeurant en hault le ciel fort clair et serain. Il i at en la summité une grande croix de bois laquelle se découvre aysement de Madrit et il y a de costé une petite église dédiée à S. Jean qui 11e se pouvoit représenter dedans le tableau, car nous l’avions derrière le dos, où que demeure un éremite que voicy avec son borico. Il n’est pas besoing de dire que en bas est le superbe bastiment de St. Laurens en Escurial avecq le village et ses allées d’arbres avec la Frisneda et ses deux estangs et le chemin vers Madrid qu’apparoit en hault proche de l’orizont. La montagne coverte de ce nuage se dit la Sierra tocada pource qu’elle a quasi tousjours comme un voyle alentour de sa teste. Il y a quelque tour e mayson à costé ne me souvenant pas de leur nom particulièrement, mais je sçay que le Roy i alloit par occasion à la Chasse. La montagne tout contre à main gauche est la Sierra y puerto de Butrago. Voylà tout ce que je puis dire sur ce sujet demeurant à jamais
Monsieur
Vostre serviteur très humble
Pietro Paulo Rubens.
J’ay oublié de dire qu’au sommet nous rencontrasmes forze vinayson comme est représenté en la peinture (1).
(1) NOËL SainsbüRY : Papers relating lo Rubens. Pp. 21 5, 220, 223, 23o. 267.