LES QUATRE PARTIES DU MONDE
Vienne. Belve'dère, 1164.
Toile. H. 209, L. 284.
u-dessous d’une toile formant tente, les quatres parties du monde sont représentées par quatre dieux fluviaux, ayant chacun une nymphe auprès de lui. Ils sont divisés en deux groupes, l’un à droite, l’autre à gauche. Le dieu du Nil représente l’Afrique ; il est couché à gauche du tableau, le bras passé autour de la taille d’une négresse, qui porte des perles au cou et dans les cheveux ; il est vu de dos ; une couronne de maïs entoure sa tête vénérable. Près de lui, un crocodile et trois enfants qui jouent avec le monstre. Celui-ci sort de l’eau et, la gueule ouverte, s’avance contre un tigre, qui allaite ses jeunes et se dresse furieux contre l’ennemi qui le menace. A droite, le Gange représente l’Asie ; il a pour attribut la tigresse ;
(1) Smith : Catalogue. II, 539.
(2) Goeler von Ravensburg : Rubens und die Antike. P. 166.
sa compagne blonde s’appuie des deux mains sur son épaule et regarde sa voisine brune, l’épouse du Maragnon. Ce fleuve symbolise l’Amérique ; il est couronné de verdure et de fleurs rouges, et tient une noix de coco à la main ; son buste seul est visible. Le Danube représente l’Europe; sa main levée s’appuie sur un gouvernail ; il regarde amoureusement sa plantureuse compagne, assise plus haut que lui. C’est une admirable composition ; les figures sont très belles, et d’une correction académique ; les groupes sont gracieux, le coloris puissant, les lumières chaudes. La facture rappelle beaucoup celle du Neptune et Amphitrite du musée de Berlin, mais l’œuvre doit être postérieure à ce tableau. Le motif des enfants jouant avec un crocodile a été emprunté par Rubens au célèbre groupe du Nil qui se trouve au musée du Vatican.
Les figures du premier plan sont entièrement de la main de Rubens ; celles de l’arrière-plan sont retouchées par lui. Les accessoires: l’eau, les urnes, les draperies, les plantes et les coquillages sont de Wildens. Le tigre est entièrement de la main du maître ; les enfants sont retouchés par lui.
Le tableau doit dater de l’époque de la Galerie de Médicis, c’est-à-dire de 1620 environ. Il se pourrait bien que Justus Van Egmont y eût collaboré.
Le catalogue du musée impérial de Vienne dit que le tableau fut acheté dans la galerie du duc d’Orléans, où il était venu avec la collection de la reine Christine de Suède et qu’il fut exposé d’abord dans le Stallburg et puis, en 1718, à Prague. Comme la vente du duc d’Orléans n’eut lieu qu’en 1798, il est évident que ce n’est pas de là que provient le tableau. Il y a eu dans la galerie de ce prince un tableau de composition analogue attribué par le graveur de Longueil à Martin de Vos et provenant de la collection de la reine Christine, mais ce n’est pas là l’exemplaire figurant au musée de Vienne.
Le musée d’Ypres (n° 45) en possède une mauvaise copie.
La tigresse forme le sujet d’un tableau à l’Académie des Beaux-Arts à Vienne, n° 606.
Gravures: V. S. 87, Ch. Mayer, A. J. Prenner. Non décrite: Schultheis ; W. Unger ; V. G. Kininger. Une composition identique (Toile. H. 225, L. 284) fut gravée dans la Galerie du duc d’Orléans et attribuée à Martin de Vos (V. S. Fables 32, De Longueil).
Photographies : Miethke ; Loewe.
Voir planche 266.