‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 2)Chapitre 86 sur 302 · LE DUC D’ALBE · texte numérisé non relu

LE DUC D’ALBE

(Gouverneur des Pays-Bas, i5o8-i582).

a “ Spécification des peintures trouvées à la maison mortuaire de Messire Pierre-Paul Rubens « mentionne,-. sous le n° 53, dans la rubrique « Pourtraicts faicts aussy dudict M. Rubens après Titian 51 : Un pourtraict du duc d’Albc.

Pacheco dit que le maitre exécuta cette copie lors de son séjour à Madrid, en 1628-1629, d’après un tableau que possédait le roi (1).

Ni l’original du Titien, ni la copie de Rubens ne se trouvent au musée de Madrid.

Smith (Catalogue. II, 1168) décrit, dans les termes suivants, un portrait équestre du duc d’Albe qui, en i83o, se trouvait dans la collection du comte de Radnor. Le personnage est vu de front, il est coiffé d’un morion et couvert d’une cuirasse. La main droite pose un bâton sur la selle et le cavalier monte un cheval bai qui se cabre. Les lignes d’une fortification et la mer se voient à distance. C’est une étude achevée pour un grand tableau. Toile. H. 127, L. 101. «

(1) Cruzada Villaamil : Op. cir. P. 143.

Le même portrait figurait dans l’Exposition des Anciens Maîtres à Londres, en 1878 (n° 82) ; il était exposé par le comte de Portarlington.

Waagen en signale un qui existait, en i85y, dans la collection de lord Folkestone et qu’il attribuait à l’école de Rubens (1).

Un portrait de pose identique, à l’exception du cheval qui ne se cabre point, s’est trouvé au musée des A mis patriotiques de l’art , à Prague. Il est désigné comme Albert d’Autriche.

Dans la vente Sir Lawrence Dundas (Londres, 1794), un portrait du duc d’Albe par Rubens (Toile. H. 255, L. i83) fut adjugé à 120 guinées.

Il ressort de tout ceci- que Rubens a copié un portrait du duc d'Albe, peint par le Titien et appartenant à Philippe IV, en 1629. Quel était cet original et qu’en est devenue la copie ? Nous connaissons un portrait du duc d’Albe par le Titien, appartenant actuellement à la famille d’Albe et ornant un des salons du palais de cette famille à Madrid. Le terrible gouverneur des Pays-Bas y est représenté à pied, tenant son bâton de commandement en main. C’est probablement celui-là que Rubens reproduisit. Quant aux autres portraits du personnage que nous avons mentionnés, nous croyons qu’ils portent un faux nom et que c’est l’archiduc Albert qu’ils représentent. Voilà du moins l’effet que nous fait le tableau du musée des Amis patriotiques de Prague (lithographié par Jos. Hellig). Ce dernier reproduit exactement l’un des tableaux qui figurent dans la galerie de l’archiduc Albert, telle qu’elle est représentée par Jean Bréughel de Velours, sur le tableau intitulé la Vue et portant le numéro 1228 au musée de Madrid.

874. L’ARCHIDUC ALBERT D’AUTRICHE (Fils de l’empereur Maximilien II, souverain des Pays-Bas, 1559-1621).

Madrid. Musée, 1604.

Toile. H. 112, L. 175.

’archiduc Albert d’Autriche, fils de l’empereur Maximilien II, créé cardinal en i5yy, archevêque de Tolède en 1584, puis vice-roi de Portugal de 1584 à 1596. Après s’être démis de ses fonctions ecclésiastiques, il épousa, en i5g8, Isabelle, fille du roi Philippe II, et

(1) WAAGEN : Treasures of art. IV, 362.

régna, depuis lors, avec elle, sur les Pays-Bas espagnols. Il mourut sans

enfants, en 1621. Rubens l’a représenté plusieurs fois.

Dans le présent tableau, il est vu de trois quarts, assis dans un fauteuil recouvert de velours rouge, contre un rideau de la même étoffe. Il a la main gauche placée sur un gant et la droite sur un des bras de son siège. Le cou est entouré d’une vaste fraise tuyautée, les manchettes sont en dentelle. Le reste du costume en velours noir est fort riche. Près de lui, à droite, se trouve une balustrade entre laquelle poussent des roses. La moitié du

tableau à droite est occupée par la vue du château de Tervueren.

C’est un bon portrait bien vivant ; mais quelle triste figure devait être le modèle ! Le haut de la tête osseux, profondément vallonné, les tempes creuses, les yeux sans éclat, enfoncés sous l’arcade sourcilière fortement proéminente, un gros nez, un menton en galoche et, répandu sur tous ces traits disgracieux, un air morose d’homme borné et souffreteux.

Le g décembre 1616, Jean Breughel écrit au cardinal Frédéric Borromée : « Mon secrétaire Rubens est parti pour Bruxelles afin d’achever les portraits de son Altesse Sérénissime (1). « Est-ce du présent portrait qu’il s’agissait ?

Ce portrait est un des 2 5 tableaux qui furent envoyés, en i636, par le

Cardinal-infant à la reine d’Espagne pour la Torre de la Parada (2).

Rubens n’est pas pour beaucoup dans ce travail ; de même que dans le pendant de ce portrait, celui de l’archiduchesse Isabelle, il y a peint les chairs et retouché les draperies. Le tableau a été exécuté entre i6i5 et 1620.

Photographie : J. Laurent.

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