L'oeuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins
e tableau est divisé en deux parties par une couple d’arbres, un gros olivier, au tronc crevassé, et un autre, plus mince, à l’écorce blanche. A gauche se trouve le Christ, debout dans l’eau jusqu’à la naissance du mollet ; il est nu et tient de ses deux mains un linge enroulé autour des reins. Au-dessus de lui plane le St. Esprit, sur lequel descend un faisceau de rayons célestes. St. Jean-Baptiste vêtu d’une peau de mouton est debout sur le bord du Jourdain, tout près de l’olivier ; il a puisé l’eau dans une coquille et la verse sur la tête inclinée du Christ. Son regard dirigé vers le Saint Esprit et le geste de sa main gauche expriment l’étonnement dont le frappe l’apparition. Deux grands anges volent au-dessus de l’eau. L’un tient une draperie rouge, le vêtement dont le Christ s’est dépouillé ; l’autre, le bout du linge blanc dont le Sauveur se couvre le milieu du corps. Un petit ange les aide à soulever ces vêtements. Au-dessus d’eux, trois esprits célestes volent dans les airs, et deux têtes d’anges se voient dans les nuages contre les branches de l’arbre.
A droite, six hommes se déshabillent. Deux sont assis, le premier déjà tout dépouillé, le second retirant son haut-de-chausse qui ne couvre plus que le pied. Les quatre autres sont debout ; deux d’entre eux se défont de leur vêtement en le faisant passer par-dessus la tête. Plus au fond, on distingue deux femmes avec leurs nourrissons qui probablement s’apprêtent à recevoir le baptême.
L’ensemble de la composition rappelle vivement celle que Raphaël exécuta sur le même sujet dans les Loges du Vatican. Dans la 5oe, représentant le Baptême du Christ , on voit, au milieu, le groupe principal, semblable à celui de la présente œuvre ; à gauche, quatre anges ; à droite, trois hommes qui se dépouillent de leurs vêtements et une femme. Tout en modifiant l’attitude des figures, Rubens a conservé dans son ensemble la composition du maitre italien. Pour quelques-uns des personnages à droite, il s’est évidemment inspiré des soldats qui se déshabillent, dans le carton composé par Michel-Ange pour la Bataille d’Anghiari. La pose du baptiseur est d’une rare élégance, non sans quelque recherche théâtrale.
Le coloris du tableau a terriblement souffert et ne présente plus qu’une masse noire et opaque, d’où émergent quelques carnations rosées et brunâtres et où le travail de Rubens ne se reconnaît plus sous la couche des repeints.
Tout ce que l’on peut dire encore avec quelque vraisemblance, c’est que le tableau fut traité dans la gamme sombre de la manière italienne de Rubens, avec la dureté de contour qui caractérise l’artiste à cette époque. On dirait Raphaël et Michel-Ange imités par un Bolonais. L’œuvre, intéressante comme document historique, n’ajoute rien à la gloire du maître.
Ainsi que nous l’avons dit au n° 8 1 , Rubens exécuta ce travail de 1604 à 1606, à Mantoue, pour l’église des Jésuites de cette ville, à laquelle il fut donné par Vincent de Gonzague. Enlevé en 17g 7, nous le retrouvons vers 1840, dans la galerie du collectionneur gantois Schamp d’Aveschoot. Celui-ci le fit graver au trait par Ch. Onghena et publia la gravure avec une notice fort élogieuse, dans l’intention évidente d’allécher les acheteurs.
Le tableau fut présenté à la vente Schamp d’Aveschoot (Gand, 1840) et retiré à 5ioo francs. Il fut cédé quelques jours après à M. Georges, expert des musées royaux de France. Celui-ci le fit rentoiler par M. Paul Kivert et le vendit au baron de Laage, de Lille. En 186g, M. de Laage le présenta au musée de Bruxelles, qui ne l’acheta point. Peu après, il passa dans une vente publique à Anvers et fut adjugé à M. Joseph de Bom qui, par testament,