LE COURONNEMENT DE LA VIERGE
Pl. 126.
Gravé par PAUL PONTIUS
bas, près du tombeau vide, des figures d’apôtres et de femmes. A gauche, un homme, dont on ne voit que le bras et la tète, soulève la pierre ; une femme vêtue d’une robe rouge et un apôtre s’inclinent par-dessus le bord du tombeau; une femme vêtue de noir et tenant des fleurs, est agenouillée devant la tombe, de laquelle s’élève une lumière blanche et claire. A droite, on voit St. Pierre qui lève les mains, St. Jean qui étend les bras, tous deux agenouillés, et sept apôtres debout qui dirigent le regard vers la Vierge. L’arrière-plan se fond dans un ciel nuageux, gris bleuâtre.
Les apôtres sont des figures énergiques, d’un réalisme assez rude, largement dessinées. St. Pierre et St. Jean forment un groupe, admirable de force et d’élan ; les autres sont moins réussis. Tous sont mus par les mêmes sentiments, l’amour pour Marie, le regret et l’étonnement de la voir disparaître. Une grande unité existe ainsi entre la partie supérieure et la partie inférieure du tableau.
Le coloris est doux, la lumière abondante ; les figures énergiques, aux couleurs franches, du premier plan ressortent vigoureusement sur le fond nuageux. La transition entre ces tonalités si différentes est formée par les apôtres du second plan qui sont d’une teinte plus vaporeuse. La fi'gure de Marie, gracieuse de ton, mais plus prosaïque encore que celle des apôtres, est la partie la plus faible de l’œuvre.
C’est un travail d’élève repeint par Rubens dans les parties essentielles. Il a été terni par un nettoyage trop vigoureux.
Le tableau date de i638 environ. La femme agenouillée au premier plan, qui tient des fleurs en main et dans laquelle on reconnaît Hélène Fourment, figure dans YEnlèvement des Sabines de la National Gallery de Londres. Le St. Pierre, à côté d’elle, est peint d’après le même modèle que le St. Jérôme du tableau de la chapelle mortuaire de Rubens et a la même hardiesse de mouvement. La gravure de Witdoeck, datée de i63g, doit avoir été exécutée peu de temps après l’achèvement de la peinture.
Suivant Sanderus, ce tableau et l’autel sur lequel il se trouvait auraient été donnés à l’église des Chartreux en mémoire de leur père Théodore par Charles et Ange Schotte, le premier assesseur des finances, le second religieux du couvent (i).
Voici, d’après l’Historia Monasterii N. D. de Gratia, ordinis Cartusiensis,
(i) SANDERUS : Cliorographia Sacra Brabantiæ . Cœnobiographia Carthusice Bruxellensis . Bruxelles, 1659. P. 9.
auctore J. B. de Vaddere (-j- 1 6gi), l’épitaphe de Théodore Schotte : « Apotheosi Virginis Matris et Mémorisé nobilium conjugum D. Theodori Schotte Equit.' Aurati et D. Elisabethæ van den Brandt Toparch. de Buecken, Beyssen, Assent et Herbeys quorum ille per annos XL Patriæ bono variis defunctus muneribus Regii demum exercitus supremus judex anno MDCXXIX. XV Kal. Novembris dubium an castrorum incommodis, an mœrore rei bellicæ a præfecto infeliciter an et infideliter gesta in Velavia morbo correptus occubuit Carolus Schotte F. equus auratus Supremo Regis ærario a consiliis et assessor hanc aram posuit in hoc asceterio, ubi ex Joanne Angelum ex Duce Religiosum, ex fratre Deo devotum nunquam perituro affectu prosequitur. Posteri horum in sacrificiis memoriam conservanto (i). «
Henne et Wauters disent que le tableau fut vendu au siècle dernier et que la somme qu’il produisit servit aux Chartreux à payer en partie un bâtiment élevé en 1772 (2). La première édition du catalogue de la galerie Liechtenstein, imprimée en 1763, mentionne déjà notre tableau. Il est fort probable qu’il fut acheté des Chartreux pour compte de cette célèbre collection viennoise, peu avant la rédaction du catalogue et probablement à l’époque où J. Dansaert en fit une copie.
Il existe de ce tableau une copie réduite, appartenant actuellement à l’église Ste. Catherine de Bruxelles, dont la coexistence avec l’original et avec d’autres copies a causé une série d’erreurs et de malentendus.
Dans la vente du comte de Fraula (Bruxelles, 1738, n° 37g), on adjugea au prix de goo florins une “ Assomption de la Vierge par P. -P. Rubens, pièce excellente, d’une beauté sans pareille, haute de g pieds 7 1/2 pouces, large de 6 pieds 7 pouces ». Vers 1755, le directeur de l’académie de Bruxelles, J. Dansaert, fit du retable une copie de même grandeur et une réduction (3). C’est une des deux copies réduites, mentionnées ici, qui se trouvait sur l’autel des Chartreux, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Descamps atteste, en 176g, que dans le tableau de ces religieux les figures sont de grandeur de demi-nature et Michel l’appelle en 1771 une petite pièce, ce qui ne s’applique ni au tableau original ni à sa copie d’égale grandeur. C’est la même petite pièce qui fut vendue comme une œuvre originale, par les
(1) Ms. 1 1 6 1 6 de la bibliothèque royale de Bruxelles. Document communiqué par M. Ch. Ruelens.
(2) Hf.nne et Wauters: Op. cit. III. 497, 498.
(3) A. PlNCHART : Archives des Arts, Sciences et Lettres. I. 289.
Chartreux, le 3o décembre 1773, à François Pauwels, brasseur à Bruxelles, au prix de 6000 florins et à la condition que l’acheteur ferait en faire une copie pour remplir le vide sur le maitre autel. Le 5 juin 1774, le peintre J. Crokaert reçut 600 florins pour la copie de ce tableau qui lui-méme n’était qu’une copie. Le 22 août i8o3, la collection de François Pauwels fut vendue et V Assomption (H. 10 pieds, L. 7) fut adjugée à 10000 francs au nom du comte d’Ardenburg. Cet acheteur était un personnage fictif, car le tableau reparut dans la vente de Pauwels du 25 août 1814 et fut adjugé cette fois à io5 florins sous le nom de Delvaux. En réalité, il resta la propriété des descendants de Pauwels, car le 6 octobre 1820, François ’t Kint, brasseur à Bruxelles, qui avait épousé Marie-Thérèse, fille de François Pauwels, donna le tableau à l’église de
Sainte-Catherine (1). Descamps, Mensaert et Michel qui virent le tableau de
l’église Sainte-Catherine chez les Chartreux, au siècle dernier, Pauwels qui
l’acheta, et Pinchart, qui fait connaître une partie de ces faits, le regardèrent comme le même retable qui avait orné le tombeau de Théodore Schotte. Nous aimons à croire que les religieux, qui le vendirent au brasseur
bruxellois, versèrent dans l’erreur commune.
M. le docteur Oscar Berggruen, de Vienne, possède une réduction du
(1) Voici l'acte de donation conservée aux archives de l’église Ste. Catherine. « Ce aujourd’hui six octobre 1800 vingt comparut devant le conseil de la fabrique de l’église paroissiale de Ste. Catherine à Bruxelles Monsieur François t’Kint brasseur veuf de Dame Marie Thérèse Pauwels, demeurant en cette ville rue de Finquette, Sect. B n° ... lequel a déclaré, comme il fait par cette, de donner à la dite église pour y être placé à jamais le tableau représentant l’Assomption de la Sainte Vierge peint par Pierre-Paul Rubens que feu M. Pauwels son beau-père avait acquis des Chartreux de cette ville, suivant quittance sous seing privé délivré le 3o Décembre 1773 au dit Sieur Pauwels par Messieurs F. J. B. Luijckx, Prieur, C. Rijdams, coadjuteur et Senior et F. B. de Biefve, procurateur, laquelle quittance et quelques autres pièces justificatives le dit M. t’Kint a remis en main de M. le doyen Klerens curé de cette église. La présente donation faite sans aucune réserve, sous condition cependant que si contre toute attente la dite église venait à être supprimée, ou ne servira plus au culte Catholique romain ; en ce cas seulement il se réserve ainsi qu a ses descendants le droit de le réclamer de qui il appartiendra ; mais si cette église ainsi supprimée ou cessait en manière quelconque d’être à l’usage du culte susdit, fût remplacée par une autre à laquelle les meubles et effets appartenant à la première Église seraient attribués, en ce cas le tableau prérappelé sera remis à la dite Eglise remplaçante aux mêmes clauses et conditions ; et que le dit conseil de la fabrique a accepté avec reconnaissance et a résolu de placer ce tableau dans l’autel du ci-devant autel de 4 couronnés et que copie du présent procès-verbal sera remis à M. ’t Kint. (Document communiqué par M. de Wechter, curé de Ste. Catherine, à Bruxelles.)
tableau sur cuivre, conforme à la gravure de Witdoeck. Il s’en trouvait une dans la collection de M. Pierre Ranier (H. 22 pouces, L. 16 1/2 pouces).
La collection Albertine de Vienne possède un dessin de la Vierge portée sur un nuage par des angelets, qui présente de l’analogie avec la figure principale de ce tableau.
Gravures : V. S. 26, H. Witdoeck, i63g ; 27 et 38, F. Ragot.
La gravure de Witdoeck présente des différences avec le tableau. Le voile qui flotte au-dessus de la tête de la Vierge dans l’estampe manque dans la peinture ; des têtes d’angelets que l’on voit à côté de la Vierge dans le tableau, manquent dans la gravure. Cette dernière a les coins supérieurs coupés en lignes droite, le tableau est cintré dans le haut.
Le musée de Florence possède le dessin fait par Witdoeck pour sa planche.
Photographie : Miethke.
La pièce de M. Berggruen est photographiée par un anonyme.
Les dessins du musée de Florence et de l’Albertine sont photographiés par A. Braun.
Voir planche 125.
36i. L’ASSOMPTION DE LA VIERGE.
a Vierge s’élève sur un nuage, portée par six anges dont le second à droite tient une palme. Elle a les deux mains étendues et ouvertes, les yeux levés au ciel avec une expression extatique remarquablement belle. Sa draperie flotte impétueusement à gauche ; au-dessus de sa tête, un de ses voiles s’arrondit en cercle. Le nuage se prolonge jusque sur une voûte maçonnée qui se trouve à droite. Au-dessus de celle-ci sont agenouillés trois apôtres; devant l’ouverture, on voit trois femmes, une vieille qui est debout, et deux jeunes qui sont à genoux, retirant le linceul du tombeau et montrant les fleurs qui s’y trouvent. Sur des degrés qui montent à gauche se trouvent neuf apôtres, dont cinq suivent des yeux la Vierge qui monte au ciel, tandis que les quatre autres, au milieu du tableau, se baissent pour voir le linceul que l’un d’eux tire à lui.
Gravure : V. S. 33, G. Panneels.
Dans la collection de Mariette (Paris, 1 775), on vendit sous le n° 1001, un dessin de Rubens représentant l'Assomption de la Vierge , gravée par Panneels et ayant un tiers de plus que l’estampe.
avé par CORN. GALLE
Le musée de Schleissheim (H. i32, L. 94) possède une répétition de format réduit de ce tableau, exécutée probablement par un élève de Rubens. Cette pièce a été lithographiée par Ferd. Piloty et photographiée par Hanfstaengl. Sauf quelques variantes, elle concorde avec l’eau-forte de Guill. Panneels (V. S. 33). Cette dernière est cintrée, la pièce de Schleissheim, dont le haut de la composition a été visiblement raccourcie, est carrée. La gravure n’a que cinq anges autrement disposés, elle a deux apôtres qui lèvent les mains. Au-dessus de la voûte, il n’y que deux apôtres dont l’un prie à genoux ; l’attitude des autres présente également quelques différences, mais l’ensemble trahit évidemment un même original. Panneels signa sa gravure : « Ex inv. Rubeni fe. Discip. ejus Guils Panneels » (Gravé d’après une composition de Rubens par son élève Guillaume Panneels). Panneels exécuta en i63o et en i63i toutes ses eaux-fortes datées ; la composition de Schleissheim cependant, trahit une époque antérieure d’une vingtaine d’années. On y retrouve le type de la vieille femme de F Erection de la Croix et celui de la Madeleine de la Descente de la Croix, de même que celui de l’apôtre le plus rapproché du Sauveur dans le Christ confiant ses brebis à St. Pierre.
Le tableau de Schleissheim se trouvait encore à la pinacothèque de Munich, en 1872 ; il est mentionné dans le catalogue de cette année sous le n° 1307.
L' Assomption de la Vierge.
Le musée de Valladolid renferme trois grands tableaux attribués à Rubens, que l’on désigne sous le nom commun de « las Fuensaldahas. » Le premier (n° m) représente la Vierge montant au ciel, entourée d’anges qui
portent des couronnes, des palmes, le globe, le sceptre et d’autres attributs.
Dans le haut, on aperçoit la Trinité, dans le bas, le couvent de Fuensaldana l’où proviennent les tableaux.
Le second représente St. Antoine de Padoue, qui tient entre les bras ’enfant Jésus assis sur un livre et est transporté au ciel par deux grands inges.
Le troisième représente St. François d’Assise recevant les stigmates. Il •St agenouillé contre un arbre, un moine est assis à côté de lui.
Aucun de ses tableaux n’appartient à Rubens. Us sont d’un ton clair, rayeux et mat. Ils peuvent être de la main d’un Flamand, contemporain du îaître qui a habité l’Espagne, et dont nous ne retrouvons pas ailleurs les
œuvres. Elles furent peintes pour le couvent des Franciscaines de Fuensaldana, près de Valladolid. Ce couvent fut fondé en i652.
Remarquons à ce propos que le musée de Valladolid est riche en compositions de Rubens, reproduites sur cuivre et transformées ou amplifiées arbitrairement. Nous notons: n° 14g, une Adoration des Bergers (notre n° i5o); n° 435, un autre exemplaire du même sujet ; n° 476, Y Assomption de la Vierge; n° 5o5, Y Adoration des Rois; n° 495, la Visitation de la Vierge; nos 5 17 et 528, le Portement de la Croix ; n° 53o, le Calvaire du musée d’Anvers ; n° 586, la Fuite en Egypte ; n° 481, le Christ apparaissant à la Madeleine. Tous ces tableaux, et d’autres encore, que l’on trouve un peu partout en Espagne, sont des copies importées dans ce pays par des Flamands, pour servir de décoration aux cellules des religieuses.
Une esquisse d’une Assomption de la Vierge (Panneau. H. 3g pouces, L. 26) parut dans les ventes :
Adrien Bout (La Haye, 1733), go5 florins.
de Calonne (Londres, I7g5), i5o liv. st.
H. Hope ( Id. 1816), 25o » »
J. Knight ( Id. 1819), i3o « «
John Webb ( Id. 1821), 110 * «
Smith l’appelle une belle étude pour un grand tableau, soigneusement terminée.
Dans la vente Julienne (Paris, 1767, n° 104), une Assomption (H. 19 pouces, L. 11) rapporta 200 francs.
Dans la collection de lord Pembroke, à Wilton House, se trouve une petite Assomption, représentant la Vierge portée et entourée par des anges (H. 33, L. 24), dont on dit que Rubens, lors de son séjour en Angleterre, la peignit pour lord Arundel.
Sandrart dit que, de son temps, l’église de la Sainte Croix, à Augsbourg, était ornée d’une Assomption par Rubens.
Le cardinal de Richelieu possédait une Assomption de la Vierge (1), qui ne parait pas dans le catalogue de la collection du duc de Richelieu par De Piles.
Voorhelm-Schneevoogt signale encore les Assomptions gravées suivantes :
35, D. Coster. C’est une copie de Y Assomption, dessinée par Rubens pour le Missel plantinien.
(1) BONAFFÉ : Dictionnaire des Amateurs français au XVIIe siècle. P. 271.
37, M. Lasne. Sans nom ni titre de peintre. Le type de la Vierge ne rappelle pas ceux que Rubens employa dans ses Assomptions. Elle trône sur des nuages et ouvre ses bras, mais les nuages ne sont pas soutenus et entourés par des anges. On n’en aperçoit que deux à droite et quatre petites têtes ailées en haut. Il n’existe pas de raison sérieuse pour adopter l’attribution de cette composition à Rubens.
3g, P. J. de Vlamynck, citée par Nagler.