LA RELIGION TRIOMPHE DE L’IDOLATRIE ET DU VICE
(L’I mmaculêe Conceptio n .)
Munich. Pinacothèque, 739.
Toile cintrée. H. 553, L. 369.
a Vierge, munie d’une paire d’ailes aux épaules et portant son enfant sur les bras, est debout sur le globe terrestre et du pied écrase le serpent. Au-dessus d’elle trône Dieu le père étendant le sceptre. A gauche, deux grands anges portant une couronne et une palme ; à droite,
St. Michel et d’autres anges qui poussent vers les flammes de l'abîme le dragon à sept tètes qui cherchait à dévorer la Vierge. Dans le fond, la ville de Freising et la cathédrale.
C’est une grande peinture d’un ton mat. La Vierge a une attitude théâtrale, les figures sur les côtés sont meilleures, sans exceller par quoique ce soit. C’est l’œuvre peu réussie d’un élève, sommairement revue par le maître.
Elle fut faite par ordre du prince-évêque de Freising, Ernest de Bavière, vers 1612, pour la cathédrale de cette ville dont elle orna le maître autel jusqu’au commencement de ce siècle. Dans la Chronique de Freising, par Carolus Meichelbeck, nous lisons que cet évêque, mort en 1612, avait payé 3ooo florins pour le retable (1). Le prix indiqué est fort exagéré, comparé à ce que des œuvres bien plus importantes furent payées à Rubens à la même époque. En 1804, le tableau fut transféré à Munich.
Sandrart remarque déjà que Rubens a voulu peindre la vision apocalyptique de la femme et du dragon (Apocalypse, XII). Le tableau porte encore aujourd’hui le nom de « La Femme Apocalyptique. Représentation de la victoire remportée par la Religion chrétienne sur l’Idolâtrie et le Péché. « Si tel est réellement le sujet, le choix des personnages est singulier et il faudrait admettre que l’évêque l’a imposé au peintre. Il est à remarquer cependant que bon nombre d’artistes ont représenté l’immaculée Conception de la Vierge sous la forme allégorique de Marie ayant sous ses pieds un dragon qui cherche à la mordre, pendant que le Père éternel la protège et que des anges armés repoussent le monstre (2). Cette explication nous semble plus satisfaisante et ce sujet s’accordait mieux avec le génie de Rubens et avec la place que le tableau devait occuper.
(1) Ich lise dass dieser Bischoff das so hochberühmte Chorblatt in disem Domb, welches der beruffneste Rubens gemahlet um 3ooo fl. erkauffet habe. (P. CAROLUS MEICHELBECK: Kurl\e Freysingische Chronica oder Historia. Freysing, 1724. P. 288.)
(2) Voir J. B. E. PASCAL: Institutions de ï Art Chrétien. I, 217-220.