‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 146 sur 249 · LE COURONNEMENT DE SAINTE CATHERINE · texte numérisé non relu

LE COURONNEMENT DE SAINTE CATHERINE

Gravé par PIERRE DE JODE.

Pl. i3g

de Rubens qui nous sont parvenus sans être achevés. Il a dépassé l’état d’ébauche, il n’a pas atteint celui d’œuvre terminée. Il n’y a que YHélène Fourment du Louvre, la Bataille d’Ivry et le Triomphe de Henri IV aux Uffizzi, à Florence, qui se trouvent dans le même cas. Sur le fond terne et brouillé, le peintre a jeté quelques notes vives et fraîches : les carnations du malade en raccourci et de celui qui est assis sur le devant, les vêtements écarlates du gentilhomme à cheval et de l’un des visiteurs à gauche, la robe jaune de l’homme au bonnet hongrois et d’un chevalier à droite, les anges roses et clairs dans le haut des airs. Les lumières sont distribuées, les points saillants, les tons principaux sont indiqués. Chaque figure a sa forme et sa place définitive ; il aurait fallu peu de temps pour mettre la dernière main à l’œuvre. Pour l’une raison ou pour l’autre, Rubens ne l’a pas fait. Il ne s’est pas même accordé ou n’a pas eu le temps de faire disparaître certaines traces d’un travail hâtif qu’en un instant il aurait enlevées. Tel est, sur la figure du prétendu Totila, au haut de l’escalier, le repentir d’un bras et d’une main étendus qui n’a pas été effacé.

Le tableau est remarquable à un autre point de vue ; il présente des réminiscences de plusieurs autres œuvres de Rubens. Les plus marquantes sont le malade nu sur le devant, vu en raccourci, qui est à peu près identique au Christ de la Trinité du musée d’Anvers, à celui de Y Ensevelissement gravé par Soutman et au Christ déposé de la Croix, du musée d’Anvers ; le chef au manteau de fourrure, la main sur la hanche, au pied de l’escalier, se retrouve dans le Thomyris et Cyrus, de lord Darnley ; la possédée qui figure dans les Miracles de St. Ignace, de Vienne ; le bel homme à longs cheveux régulièrement peignés, à gauche, qui se trouve dans le St. Bavon et dans le St. Ambroise avec l’empereur Théodose ; les malades sur le devant qui rappellent ceux du St. Roch.

Le Miracles de St. Benoît se distingue par des qualités analogues à celles qui caractérisent le Portement de la Croix du musée de Bruxelles. Dans les deux œuvres, un même déploiement de motifs quelque peu redondants, la même pompe de gestes, le même aspect de cortège. Dans l’une et dans l’autre, des soldats à cuirasse, la femme blonde à la robe noire, l’officier élégant, le cheval blanc et le cheval brun. Ce n’est pas avec ce tableau seul que le rapports sont indéniables. La disposition générale rappelle d’une manière frappante le St. Bavon de Gand et plus spécialement le premier projet de cette composition que possède la National Gallery de Londres. Par la superposition des deux groupes, le St. Benoît montre également de l’affinité avec le St. Roch d’Alost.

Le tableau se trouvait dans l’atelier de Rubens, au moment de la mort de l’artiste et fut envoyé par ses héritiers au peintre Gaspard de Craeyer, à Bruxelles. Salomon Nobeliers, de Bruxelles, reçut en même temps une Nymphe avec un panier de fruits (n° 174 du catalogue de la mortuaire) et le sieur Van Ophem une Ste. Cécile. Ces tableaux leur furent donnés parce que tous les trois ils avaient rendu des services lors de la vente de 29 tableaux au roi d’Espagne (1). La supposition la plus vraisemblable est que De Craeyer vendit l’œuvre à l’abbaye d’Afflighem, quelle date des dernières années de Rubens et que le grand artiste fut empêché par la mort d’y mettre la dernière main. Selon Michel (p. i85), ce tableau se trouvait dans l’abbaye d’Afflighem, au quartier des étrangers, dans la dernière chambre au second étage. D’après le même auteur, il aurait été commandé par les religieux de ce couvent.

Détail curieux. En adressant, en 1777, au gouvernement la liste des œuvres d’art qui se trouvaient dans son monastère, l’abbé d’Afflighem dit à propos du Portement de la Croix : « En tête du cortège sont des soldats précédés d’un chef qui est Rubens lui-même. Véronique et la femme qui se trouve derrière sont ses deux épouses. Le bon larron est le portrait du célèbre Crayer en retour de ce qu’il avait lui-mème représenté Rubens, sous le costume d’un marchand, dans un tableau ayant pour sujet Totila, roi des Goths, s’agenouillant devant St. Benoit (2). « Le tableau de de Craeyer se trouve dans l’église St. Pierre à Gand. Il nous a paru intéressant de montrer que dans les traditions de l’abbaye le nom de de Craeyer uni à celui de Rubens, se rattachait à une peinture représentant la rencontre de Totila avec St. Benoît.

Le tableau resta à Afflighem jusqu’à la fermeture de l’abbaye, qui fut comprise dans le nombre des maisons religieuses supprimées en Belgique par l’empereur Joseph IL II passa ensuite dans le cabinet de M. Schamp d’Aveschoot, de Gand, dont il formait le principal ornement. Il fut adjugé, en septembre 1840, dans la vente de cette collection, à M. Tencé, de Lille, pour la somme de 25.700 fr. Il fut vendu par le fils de ce dernier à l’hôtel Drouot, à Paris, le 12 décembre 1881, et acquis par S. M. Léopold II, roi des Belges, pour la somme de fr. 177000. Ce souverain possédait déjà une copie du même tableau faite par Eugène Delacroix.

Gravure: Non décrite: Ramus (Dans le catalogue de la vente Tencé, dans l’Art , 1881, et dans la Gazette des Beaux-Arts du i1 2' décembre 1886).

(1) P. GÉNARD : La succession de Rubens. Bulletin des Archives d’Anvers II. 86.

(2) EDOUARD FÉTIS : Catalogue du Musée Royal de Bruxelles. 1882 p. 428.

Le musée d’Ypres possède une ancienne répétition de moindre format de ce tableau. Il y a quelques différences avec ce dernier, notamment des arbres qui forment un fond de verdure derrière St. Benoît et d’autres à droite.

3g8. SAINT BONAVENTURE.

Lille. Muse'e, 463.

Toile. H. 148, L. 83.

Saint, coiffé du chapeau de cardinal et drapé dans un manteau gris, jeté sur une robe blanche de religieux, est debout, tenant des deux mains un livre ouvert, dans lequel il lit attentivement. C’est une figure simple, mais digne, exécutée par un élève, dans laquelle les traces du travail du maître se font à peine sentir.

Ce tableau et son pendant Saint François étaient accrochés aux deux colonnes soutenant la grille qui fermait l’entrée du chœur de la chapelle du couvent des Capucins à Lille. Descamps les attribuait à Van Oost, le fils.

Gravure : Boetzel (dans la Gazette des Beaux-Arts).

Photographies : A. Braun et Goupil.

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