‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 145 sur 249 · LES MIRACLES DE SAINT BENOIT · texte numérisé non relu

LES MIRACLES DE SAINT BENOIT

Galerie de S. M. le roi des Belges.

Toile. H. D7, L. 238.

a scène principale représentée dans le tableau est l’épisode suivant de la vie de St. Benoit. Totila, roi des Goths, ayant entendu raconter des choses merveilleuses du saint, voulut l’éprouver et lui envoya un de ses serviteurs, déguisé en roi et suivi d’une brillante escorte. Le saint reconnut la fraude et renvoya le faux prince, sans le recevoir.

A mi-hauteur du tableau, on voit l’entrée de l’abbaye du Mont-Cassin, à laquelle deux escaliers donnent accès. L’un se déploie à droite et aboutit

(1) PlNCHART : Archives des arts et des lettres II. 186.

à un palier sur lequel se tiennent St. Benoît et deux moines de son ordre. Il étend la main vers le faux roi des Goths, qui a atteint le sommet de l’escalier, et lui intime l’ordre de se retirer. L’envoyé fait un geste d’étonnement, l’une main sur la poitrine, l’autre élevée. Son compagnon n’est pas moins saisi à la vue du saint ; il se retourne à moitié et étend les deux bras. Un porte-étendard, quatre seigneurs vêtus de manteaux et de draperies flottantes, un homme armé d’une cuirasse et quatre personnages, plus vaguement indiqués, font partie du groupe qui monte l’escalier ou se tient debout sur les marches inférieures. Tous traduisent par leurs gestes l’étonnement que leur cause la clairvoyance du saint. L’envoyé de Totila est accompagné d’un gros chien ; sur le garde-fou du palier est perché un oiseau.

Au sommet de l’autre escalier que le peintre a dérobé à notre vue, on aperçoit cinq moines qui reçoivent des visiteurs. Parmi ceux-ci se distingue un chef vêtu de rouge. Au bas de l’escalier se presse une foule, composée en majeure partie de cavaliers, et deux chevaux tenus, l’un par un serviteur, l’autre par un homme en cuirasse. Un troisième cheval est monté par un chef en habits somptueux qui indique la porte de gauche à un groupe de souffrants. Ce groupe se compose d’un malade étendu sur un brancard, les jambes étendues en avant et vu en raccourci ; d’un second malade, nu comme le premier, couché sur le devant et s’appuyant sur les mains pour se relever ; d’un père qui élève son enfant souffrant sur les bras ; d’une possédée tenue par deux hommes vigoureux ; d’une vieille femme et d’un vieillard malades ; de moines qui portent des torches et une croix. Tout ce monde de malheureux étend les mains vers St. Benoit. Un personnage se cramponne par les mains au soubassement d’une colonne et essaie de grimper au palier sur lequel se tient le saint. Sur le soubassement de la même colonne sont montés deux hommes qui serrent le fut entre les bras. Dans le ciel, on aperçoit le Christ entouré de St. Pierre, de St. Paul et de la Vierge. Un ange tient la croix; huit angelets portent le globe sur lequel le Sauveur pose les pieds.

C’est une oeuvre de grand apparat, plus brillante que profonde, où le maître a fait preuve de plus de facilité que d’inspiration. L’édifice monumental, le drapeau déployé, le faux roi et son écuyer au geste déclamatoire, le ciel chaudement éclairé, le luxe des draperies, le large étalage et les amples mouvements des personnages en font une des toiles les plus emphatiques et les plus magistralement décoratives que jamais le maître ait exécutées.

La pièce est intéressante à plus d’un point de vue. C’est une vaste composition sur une toile relativement petite et un des tableaux peu nombreux

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