LA DERNIÈRE COMMUNION DE SAINT FRANÇOIS D’ASSISE
Anvers. Musée, 3o5.
Panneau cintré. H. 420, L. 225.
a scène se passe dans une église, auprès d’un autel. A droite, dans le fond, on distingue deux colonnes de marbre vert foncé, presque noir, avec des chapiteaux corinthiens en marbre blanc ; dans le haut, au milieu du tableau, une fenêtre ouverte, dont la plus grande partie est masquée par une draperie rouge et qui laisse apercevoir, par la partie non recouverte, un coin du ciel bleu, parsemé de légers nuages. Au-dessus de la draperie, dans l’embrasure de la fenêtre, trois petits anges contemplent la scène. L’autel se trouve à gauche contre le cadre ; il est élevé de deux degrés au-dessus du pavé de l’église. Sur le degré supérieur, un prêtre, à chevelure grise, est debout, tenant dans la main droite l’hostie consacrée, dans la main gauche, la patène. Il porte une riche chasuble, à fond rouge et à ramages d’or. Dans le dos de la chasuble, différents sujets sont brodés sur la croix, dont les bras s’élèvent obliquement, au lieu de former des perpendiculaires. A côté de lui, sur le devant, un frère, agenouillé sur le degré supérieur de
l’autel, tient un flambeau; il a revêtu, au-dessus de la bure de l’ordre, un surplis blanc et porte la main aux yeux comme pour essuyer ses larmes. A la gauche de l’officiant, un autre acolyte est debout, s’essuyant également les yeux. Devant le prêtre est agenouillé St. François ; il est tout nu ne portant qu’un simple linge blanc autour des reins ; son froc et sa corde gisent par terre, devant lui. La maladie a maigri son corps robuste, la mort prochaine a teinté de reflets livides sa peau d’une chaude blancheur ; ses bras retombent inertes ; son corps penche en avant, mû par son désir de recevoir la communion et manquant de force pour se soutenir. Deux moines de son ordre, penchés en avant, le soutiennent, l’un sous le bras gauche, l’autre sous le bras droit ; deux franciscains sont agenouillés, à côté des deux premiers, et, derrière eux, se tiennent encore cinq religieux. Une partie des moines dirige les yeux pleins d’adoration vers la sainte hostie ; quelques-uns regardent le saint avec amour et affliction ; tous portent l’habit gris-brun de l’ordre. L’un des moines se retrouve dans le tableau Saint Ambroise et l’empereur Théodose.
La tonalité du tableau est extraordinairement sombre. Le fond est d’un noir opaque. Les ombres entre les moines et sur le pavé de l’église ne le sont guère moins. Sur cette obscurité se détachent énergiquement les tètes des religieux, le groupe du prêtre et de son acolyte de droite et surtout le corps du moribond. Les têtes expressives font bien valoir les sentiments qui animent les personnages et ces sentiments, la foi dans la sainteté de l’acte qui s’accomplit, l’émotion causée par la pensée que le père vénéré de l’ordre va être enlevé à ses disciples, se manifestent d’une manière simple, mais avec une grande intensité.
Trois des moines croisent les bras sur la poitrine, regardant la sainte hostie sans presque oser lever les yeux, courbant la tête et le corps, comme pour s’effacer en présence du saint mystère. Ceux qui portent leur attention sur le moribond ne sont pas moins pénétrés de pitié et de respect : ils sont mornes, abattus, étonnés de voir réduit à cette extrémité celui qu’ils aiment et qu’ils sont habitués à suivre. La profondeur du sentiment atteint son apogée dans le saint lui-même. Sa tête décharnée est immatérialisée, le regard de ses petits yeux est vif jusqu’à l’acuité, sa bouche s’entr’ouvre par le désir, ses traits ébauchent un faible sourire. Il ne vit plus pour les choses de la terre, il ne songe plus qu’au dernier acte religieux à accomplir. Cette tête est un des plus grands chefs-d’œuvre qui aient jamais été produits : l’idée absorbant la matière, la vie concentrée dans un regard, le bonheur ascétique dans sa plénitude s’y distinguent clairement.