LES MIRACLES DE SAINT IGNACE
Gênes. Eglise de St. Ambroise.
Toile. H. 400, L. 275 environ.
ans le haut du tableau s’ouvre un portique, au milieu duquel un ange tient une couronne et un autre une draperie rouge qui va vers la gauche. A mi-hauteur, St. Ignace debout, les mains étendues, lève
les yeux avec une expression suppliante. A droite, six pères de son ordre sont faiblement indiqués ; à gauche, un jeune disciple est plus vigoureusement traité. Dans le bas se trouvent les malheureux qui invoquent le secours du saint; ce sont: un homme robuste qui lève les bras, une femme du peuple étendant les mains jointes vers St. Ignace, en l’implorant ardemment, et un homme qui soutient une possédée. Celle-ci, une jeune femme vigoureuse, la tête renversée, se tord dans des convulsions. Vers le milieu se trouve une mère avec trois enfants malades, dont elle en porte un et dont les deux autres se trouvent à ses côtés. A droite, on voit quatre figures étagées, une vieille femme malade, un homme âgé, le buste et la tète entourés d’un linge, appuyé sur une béquille, qui viennent implorer leur guérison, et une mère qui se baisse avec un geste de surprise sur le corps de son enfant, en péril de mort, que St. Ignace vient de guérir. Ce dernier groupe est charmant et plein de douceur ; il contraste vivement avec le mouvement sauvage de la possédée.
C’est une composition facile, heureusement agencée, sagement coordonnée, se divisant naturellement en trois groupes : le saint, la possédée, la femme avec les enfants. Elle est plus sobre que celle du musée de Vienne ; dans ce dernier, le miracle s’opère à grand spectacle ; ici, la scène est simplifiée, l’effet condensé.
Actuellement le tableau a un aspect de sécheresse, mais il n’est guère douteux que primitivement le coloris ne fût fort harmonieux et même brillant. La draperie rouge dans le haut, la chasuble de St. Ignace et son aube, à gauche, ainsi que la belle figure de la mère, au milieu, vêtue d’amaranthe et de bleu, devaient ressortir énergiquement.
Le tableau fut peint pour l’autel de St. Ignace de l’église où il se trouve encore et qui, du temps de Rubens, appartenait aux Jésuites. Il fut commandé par Nicolas Pallavicini, le même gentilhomme génois qui fut le parrain du second fils de Rubens et qui avait fondé la chapelle de St. Ignace.
Dans les archives de la famille Carrega, on a trouvé la note suivante : « Dans l’année 1620 arriva de Llandre le tableau de St. Ignace, peint par Rubens, pour être placé au-dessus de l’autel du Saint Protecteur, que faisait alors ériger le seigneur Nicolô Pallavicini. « (1) Rubens avait connu ce
seigneur lorsque, avec le duc de Mantoue, il passa quelque temps à Gênes, en 1607. Le duc et sa suite avaient logé dans les maisons de plaisance à
(1) ARMAND Baschet : Rubens à Mantoue. Gazette des Beaux-Arts. Avril 1868, p. 334-