‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 206 sur 249 · SAINTE ÉLISABETH · texte numérisé non relu

SAINTE ÉLISABETH

(Volet de droite)

'archiduchesse est agenouillée devant un prie-Dieu, recouvert d’une draperie rouge, sur lequel elle pose une de ses mains qui tiennent un chapelet. Elle porte une robe de soie blanche à broderie d’or, un manteau de brocart d’or, doublé d'hermine, une fraise et des manchettes tuyautées, une lourde chaîne d’or enrichie de pierreries autour du cou, et sur le corsage un collier de perles à quadruple rangée. Les cheveux blonds, ramenés en arrière, sont ornés d’un diadème enrichi de pierreries. Elle dirige ses regards vers la Vierge. Derrière elle se trouve sa patronne, Ste. Elisabeth de Hongrie, qui tient à la main un livre, sur lequel sont posées une couronne de roses et une couronne de lauriers, surmontant une couronne d’orfèvrerie. Elle est vêtue en franciscaine, costume adopté par l’archiduchesse depuis le jour de son veuvage, et se penche vers l’infante Isabelle avec une expression de sympathie. Dans le haut, un lourd rideau pourpre est drapé entre deux colonnes. Par terre, la couronne de l’archiduchesse est posée sur un coussin rouge, à côté du prie-Dieu.

Les draperies rutilantes, les brocarts d’or, les hermines et les étoffes 'de soie, de même que les chaudes carnations, sont inondés de la même lumière qui éclaire la scène du miracle et mettent les deux volets entièrement en harmonie avec le panneau central. Par la majesté et la noblesse des traits, par l’éclat du coloris, ces portraits sont certes les plus beaux que Rubens ait jamais produits.

Voir planche i55.

45g. LA VIERGE SOUS LE POMMIER.

(Revers des volets)

Vierge, vêtue d’une robe blanche et d’une draperie rouge, tenant l’enfant Jésus sur les genoux, est assise, à droite du tableau, sous un pommier, entre les branches duquel est suspendu un rideau rouge. Derrière elle, St. Joseph se tient debout. St. Jean, tout nu, accourt, les mains étendues vers le petit Jésus. Sa mère, Ste. Elisabeth, le tient des deux mains ; son père, St. Joachim, tend au Sauveur une branche chargée de pommes qu’il vient de cueillir de l’arbre. Dans ce dernier sont juchés deux petits anges. Derrière St. Jean, son agneau ; à l’extrémité opposée, deux lapins broutent l’herbe. Dans le fond, une échappée de vue sur le paysage.

Le tableau est largement et sommairement traité, mais fort beau de composition et de coloris. Les chairs sont un peu brunâtres, mais les draperies multicolores, rouges, bleues, violettes, ressortent brillamment sur le fond imbibé de lumière. La Vierge est une belle femme pleine de santé ; les deux enfants sont charmants de forme et de pose.

Le modèle qui a posé pour le St. Joachim est le même dont Rubens prêta les traits à St. Ildefonse.

Le comte de Chesterfield possédait, en 1771, une répétition de la Vierge au pommier qui servit de modèle à la gravure d’Earlom.

Voir planche 80.

Dans le panneau central du triptyque, Rubens peignit entièrement de sa main la Vierge, le St. Ildefonse et la Ste. Rosalie ; les trois autres saintes, les anges et le fond ont été préparés par un élève et terminés par lui. Les figures des archiducs et leur prie-Dieu sont de sa main, leurs saints patrons commencés par un élève ont été achevés par lui. C’est lui encore qui a posé

sur tout le tableau les lumières dorées et rouges qui y prédominent ; il a donné ainsi à son œuvre l’unité et l’harmonie du coloris. Le collaborateur était probablement Van Thulden.

La Vierge sous le pommier est un travail d’élève, retouché par le maitre. Le paysage et les accessoires sont de Wildens.

Le triptyque de Saint Ildefonse fut commandé à Rubens en i63o; il était terminé au commencement de i632. Il fut fait pour l’autel de la confrérie de St. Ildefonse dans l’église de St. Jacques sur Caudenberg, à Bruxelles, aux frais de l’archiduchesse Isabelle-Claire-Eugénie.

La confrérie de St. Ildefonse fut instituée par l’archiduc Albert à Lisbonne, lorsqu’il était gouverneur du Portugal. Voici comment la préface du registre manuscrit de la confrérie raconte cette institution :

« En l’an mil cincq cent huictante huict, l’archiducq Albert de pieuse mémoire, gouvernant le Royaume de Portugal pour sa Majesté Catholicque Philippe second, poussé tant d’un zèle de charité pour sa famille royale, que de respect et de confiance envers le glorieux saint Ildefonse, archevecque de Tolède, instituât une confrérie en son honneur, pour la protection de laditte famille, dans la ville de Lisbonne, dont il ordonna une grande solemnité le vingt troiziesme janvier de chasque année qui est le jour que l’église en célèbre la fête.

“ En l’an i6o3, ledit Seigneur Sme Archiducq estant devenu Souverain de ces estats du Pays-Bas avec la sérénissime princesse Isabelle d’Autriche, Infante d’Espaigne, son épouse et fille de ce grand Roy, animé des mesmes sentiments fit établir ladite confrérie dans l’église de St. Jacques de Caubergue, qui est la paroisse de la cour, et pour la rendre plus célèbre fit dresser, à l’honneur du mesme St. Ildefonse et à la gloire de sa confrérie, l’autel magnifique de la chapelle la plus voisine du Palais dans le tableau duquel on voit St. Ildefonse recevoir des mains de la Sainte Vierge, accompagnée de plusieurs saintes, une chasuble travaillée de ses propres mains, comme le raconte son histoire, et aux deux costés les portraits dudit seigneur archiducq et de Madame l’infante avecq les patrons de l’un et de l’autre (i). »

Les membres de cette confrérie se recrutaient dans le personnel des officiers et serviteurs attachés à la maison des archiducs. Le registre renfermant le règlement, le nom des membres et quelques faits historiques intéressant la confrérie nous a été conservé dans une traduction française datant des

(i) Archives générales du royaume à Bruxelles. Etablissements religieux, 1990.

premières années du XVIIIe siècle. Ce n’est qu’à partir de 1621 que œe

registre fait suivre les noms des officiers, de quelques faits marquants dans l’histoire de la pieuse association et énumère les dons faits par l’archiduchesse Isabelle.

Michel place l’exécution du triptyque « quelque temps « après le retour de Rubens dans les Pays-Bas, lorsqu’il fut inscrit comme membre de la

confrérie de St. Ildefonse. Le nom du peintre ne se rencontre pas dans le registre ; seule la préface que nous avons citée, semble autoriser l’hypothèse que le tableau fut donné par l’archiduc, peu de temps après l’institution de la hermandad. On partait de là pour affirmer que Rubens, lors de sa nomination comme peintre de la cour, s’était affilié à la confrérie de St. Ildefonse et avait exécuté à cette occasion le triptyque pour l’autel de ce saint. Michel n’était pas seul de l’avis que le tableau appartient à une

époque reculée de la carrière du maître : Smyers et Mois le font dater de 1614 environ (1).

C’est seulement dans ces dernières années que M. Auguste Castan,

bibliothécaire de Besançon, a mis au jour des textes qui donnent aux recherches concernant la date du St. Ildefonse une ;base documentaire (2). Ces pièces, d’un haut intérêt pour l’histoire d’un des chefs-d’œuvre de Rubens, consistent en une série de lettres écrites par Erycius Puteanus, le savant professeur de Louvain, à Philippe Chifflet, chapelain de l’oratoire de l’infante Isabelle, au sujet d’une inscription commémorative de l’autel nouveau et du retable de St. Ildefonse à Bruxelles et en extraits de divers journaux, tenus par Philippe Chifflet.

Voici un résumé des documents publiés par M. Castan. Le 14 août i63o, Puteanus écrit à Philippe Chifflet qu’il vient de recevoir l’inscription destinée à l’autel de St. Ildefonse et rédigée par Woverius. D’Andelot, préfet ou juge de la confrérie, avait voulu que le texte fût soumis à Puteanus. Ce dernier se conformera à ce désir si honorable pour lui.

(1) H et was al in ’t selve jaer 1614 dat Rubens maekte dees puyk schilderye voor de parochiekerke van Kaudenberge tôt Brussel, dit was gegeven door de vermelde Hoogheden. (Ms. de Smyers dans le recueil de Mois, M. S. 5732, p. 191).

Het stuck van Kauwenberg is gemaeckt korts of op den selven tydt van den St. Job, 1614-1615 (Ibid. 5732, p. 1 3 1 ) .

(2) AUGUSTE CASTAN : Les origines et la date du Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, 1884. — In.: Une visite au Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, 1 885 . — ID.: Opinions des érudits de l'Autriche sur les origines et la date du Saint-Ildefonse de Rubens. Besançon, 1887.

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