‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 207 sur 249 · SAINT JOSEPH TENANT L’ENFANT JÉSUS · texte numérisé non relu

SAINT JOSEPH TENANT L’ENFANT JÉSUS

Gravé par F. DE ROY.

Pl. i56

Le 16 août i63o, nouvelle lettre : Puteanus envoie le texte rédigé par lui et donne quelques explications sur les termes dont il s’est servi.

Le 22 août suivant, il promet pour le lendemain une inscription modifiée. Le 23 août, il envoie une nouvelle inscription rédigée par lui; il y joint celle de Woverius et dit que, dans son second texte, il a mentionné le don du tableau fait par l’infante Isabelle.

Le 27 août, enfin, il expédie la rédaction définitive et donne quelques explications sur l’emploi de certaines expressions. Ce texte amendé est de la teneur suivante (1) :

« A Dieu très bon et très grand. En l’honneur et pour le culte de St. Ildefonse, évêque de Tolède, le Chrysostome de l’Espagne, la confrérie des officiers du palais, instituée par la piété et animée par l’exemple d’Albert et d’Isabelle, archiducs d’Autriche, souverains de la Belgique, décora de marbre, et surtout d’affection envers son patron et ses princes, cet autel qui était veuf d’ornements et ce retable donné par une princesse veuve : le chef de la corporation étant Messire Ferdinand d’Andelot, franc-comtois, chevalier, premier maitre d’hôtel de la cour, l’an i63o. «

Notons pour l’intelligence de ce texte que Ferdinand d’Andelot était « juge » de la confrérie pendant l’année administrative 1629 et que très probablement cette année courait du 23 janvier 1629 au 23 janvier i63o ; que l’archiduchesse devint veuve le i3 juillet 1621 et mourut dans la nuit du i1' au 2 décembre i632. Il faut ajouter à ces documents les textes suivants, également découverts et publiés par M. Castan.

C’est d’abord un extrait du Diaire des choses arrivées à la cour de Bruxelles de i633 à i636, écrit par Philippe Chifdet :

« 23 janvier i636. Du vivant de l’archiduc Albert et par son ordonnance, avoit esté érigée une confrérie de domestiques de sa maison, en l’honneur et soub la protection de Saint Ildefonse, en une chappelle de Nostre-Dame qui est a Cauberghe, à flanc de l’évangile du grand autel, en une des ailes de ladite église, laquelle chappelle a esté ornée peu à peu, mais principalement sur les dernières années de l’Infante Isabelle, que les confrères y érigèrent un

(1) D. O. M. Honori et cultui S. Idelfonsi episcopi toletani, Hisp. Chrysostomi sodalitas palatinorum ministrorum, Alberti et Isabellæ archiducum Aust. Belg. principum pietate instituta, exemplo animata, hanc ara m viduam, et hanc tabulam a principe vidua donatam, marmore, et magis affectu in patronum et principes, ornavit : Primicerio D. Ferdinando d’Andelot, Sequano, eq. primar, aulæ præf. Anno christiano M.DC XXX.

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autel de marbre, embelly d’un très riche tableau de la main de Pierre Paul Rubens. »

Philippe Chifflet annota encore dans son Journal historique des choses mémorables arrivées en la cour des Païs-Bas, à la fin de ses indications relatives à l’année i63i, ce qui suit : « Cette année fut achevé l’autel de marbre de

Cauberghe. Dès le commencement, Son Altesse y contribua largement et fit

présent au prévost d’une crosse et d’une mithre. »

La donation en question fut faite au mois d’avril 162g. Chifflet annote sous cette date dans ses Présents faits par l’infante Isabelle à diverses personnes et en divers lieux : « Au prévost de Cauberghe, de Bruxelles, une crosse d’argent à laquelle S. A. fit mettre les figures ou statues des St. Augustin, patron de l’église, Albert et Élisabeth, patrons de LL. AA. »

Un passage du registre de la confrérie de St. Ildefonse que n’a pas cité M. Castan dit que, le 26 avril i63o, la sérénissime infante « at donné à la ditte Hermandad des ornements d’autel, une chappe, avec ses dépendances, un frontal d’autel et un petit pour la crédance ; item pour les passées d’autel

une casuble, deux almaticques et estoles, trois maniples, un drap pour le

pulpite, deux couvertes pour le Misai, un couverte de caliz d’armoisi blanco et randes de oro, le tout affourné d’estoffe d’incarnat. »

Il ressort de la comparaison de ces textes que l’édification de l’autel dura de 1629 jusqu’à la fin de i63i, ou plutôt jusqu’au commencement de i632. En effet, une estampe, mentionnée par Mois, porte l’inscription : Ara in Ecclesia Caubergana D. Jacobi a ministris Sereniss. Principum Alberti et Isabellœ, Bruxellis erecta, i632 (1). C’est donc entre le mois d’avril i63o, date du retour de Rubens de son voyage diplomatique, et le commencement de i632 que l’exécution du tableau doit être placée.

M. Castan croit que le triptyque fut commencé vers le milieu de l’année i63o. Ceci est moins certain, et ne ressort point des textes découverts. L’inscription faite par Puteanus et les lettres, écrites au mois d’août i63o, par le professeur de Louvain à Philippe Chifflet parlent toujours d’un tableau déjà donné à cette époque par l’infante à la confrérie de St. Ildefonse : « Donationem tabulæ a serenissima principe factam » lisons nous dans la lettre de 23 août i63o ; « aram viduam et hanc tabulam a principe vidua donatam * dit l’inscription, datée de i63o et définitivement arrêtée le 27 août suivant.

(1) Copie d’un manuscrit de Smyers, dans les manuscrits de Mois. Bibliothèque royale de Bruxelles, M. S. n° 5733, p. i5o.

Pour que le tableau eût pu être remis à la confrérie au mois d’août i63o, Rubens aurait dû le terminer avant le mois d’août 1628. En effet, il partit pour Madrid à cette dernière date et ne revint en Belgique

qu’au mois d’avril i63o. Mais on ne saurait admettre que, le triptyque ayant été terminé en 1628, l’autel n’aurait été inauguré qu’en i632. Il faut regarder les termes de l’inscription de Puteanus comme volontairement ambigus et par tableau « donné, « il faut entendre tableau « promis ». Si Puteanus faisait mention du cadeau comme ayant été effectué en i63o, c’est que, comme le fait observer M. Castan, il voulait faire figurer dans son inscription le nom de d’Andelot et placer sous l’administration de ce « juge » la

construction de l’autel et l’achèvement du triptyque. La supercherie est

d’autant plus manifeste que, les officiers de la confrérie étant renouvelés le

23 janvier, d’Andelot cessa d’être juge au mois de janvier de l’année i63o,

avant le retour de Rubens de son grand voyage diplomatique. En réalité, on peut seulement conclure de l’inscription, qu’au mois d’août i63o, le tableau avait été commandé à Rubens.

Par une étrange fatalité, le registre de la confrérie de St. Ildefonse, qui annote les principaux événements survenus dans la pieuse association et énumère avec complaisance les présents de l’infante, ne dit pas un mot du retable, pas plus que de l’autel de marbre exécuté aux frais de la hermandad. Ceci nous autorise à supposer que l’un et l’autre devinrent la propriété, non de la confrérie de St. Ildephonse, mais de l’église de St. Jacques sur

Caudenberg.

Suivant une annotation de l’histoire manuscrite de l'abbaye de Caudenbergh, ce fut le prévôt mitré Henri Muelemans qui institua la confrérie de St. Ildefonse. Ce prévôt régna de 1620 à i632. Il est évident que l’auteur de cette histoire a confondu l’institution de la confrérie avec l’édification de son autel (1).

M. Castan a déjà fait ressortir que les vêtements de deuil portés par

St. Albert, ainsi que le costume de franciscaine donné à St. Elisabeth,

indiquent clairement que les volets, aussi bien que le panneau principal, furent exécutés durant le veuvage de l’archiduchesse.

En confirmation de la date de i632 assignée au triptyque par les documents

(1) Nobilem St. Ildefonsi coni’raternitatem (in qua nulli nisi qui in ducum Brabantiæ servitio sunt inscribuntur) Henricus Muelemans in sua ecclesia instituit, Historia abbatice Caudenbergensis. Bibliothèque royale de Bruxelles M. S. 16578 (Extrait communiqué par M. Ch. Ruelens).

cités plus haut, nous ferons encore valoir que la Vierge qui figure dans ie tableau central du St. Ildefonse offre la plus grande ressemblance avec celle que Rubens peignit dans certains tableaux de sa dernière époque, la Sainte Famille du Musée de Cologne, et le tableau de la chapelle mortuaire de Rubens ; que la Ste. Rosalie du même panneau se retrouve, à peu de chose près, identiquement sur le tableau du Couronnement de Ste. Catherine datant de i633 (Voir notre n° 400) et que le personnage de St. Ildefonse est également fait d’après un modèle de la dernière époque du maître.

Comme l’a déjà fait remarquer von Lützow (1), les figures agenouillées d’Albert et d’Isabelle ont pour prototypes les portraits de Vincent de Gonzague et d’Éléonore d’Autriche que Rubens peignit dans la Sainte Trinité de l’église des Jésuites, à Mantoue (Voir n° 81). L’attitude et le costume des personnages princiers de i63i constituent évidemment une réminiscence de ceux que le maître prêta à ses patrons italiens, un quart de siècle plus tôt.

Nous avons encore à signaler une composition qui présente une analogie frappante avec le St. Ildefonse. C’est une esquisse d’une Sainte Conversation ,

appartenant à M. David P. Sellar, de Londres, qui fut exposée en 1887,

dans l'Exhibition of works of old masters de la Royal Academy de Londres. Elle y portait le n° 65 et le titre Adoration des Bergers (Panneau H. 33, L. 52).

La Vierge, ayant l’enfant sur les genoux, est assise sur un trône orné de

colonnes torses. Près d’elle trois pénitents : St. Augustin, agenouillé à gauche, les mains jointes, la tête levée vers la Vierge, la mitre et la crosse déposées par terre ; à droite, Ste. Madeleine agenouillée, les mains croisées sur la poitrine, le buste plié vers la terre, les cheveux dénoués, son vase lacrymatoire posé par terre devant elle ; le roi David, debout à gauche, tête nue, les bras croisés sur la poitrine, les regards affligés et pleins de repentir tournés vers la Vierge. A droite, trois saintes sont débout : Ste. Élisabeth, en costume de religieuse, tenant la double couronne posée sur un livre ; Ste. Barbe, la main appuyée sur la tour ; Ste. Catherine, une palme dans la main gauche qui touche la roue. A l’extrême gauche, St. François d’Assise, les mains à demi levées et étendues, le buste incliné vers la Vierge, et St. Georges., entourant de la main levée le bois de la lance.

Nous disions que l’analogie est frappante entre le panneau central du St. Ildefonse et cette esquisse. En effet, la niche dans laquelle trône la Vierge est identique ; la tête de Marie et la Ste. Élisabeth offrent la plus

(1) Zeitschrift fiir bildende Knnst. 1887, I, 348.

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