‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 25 sur 249 · JÉSUS-CHRIST DONNANT LES CLEFS A ST. PIERRE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST DONNANT LES CLEFS A ST. PIERRE

Collection de M. de Potemkin.

Panneau. H. 1 83 , L. 1 63 .

e Christ lève la main gauche par un geste exprimant sa souveraine autorité ; de la droite, il remet les clefs à St. Pierre. Celui-ci se tient devant son maitre dans une humble attitude et le regarde en écoutant ses paroles. Derrière St. Pierre, à gauche du tableau, se trouvent quatre autres apôtres dont on ne voit guère que les têtes. Le Christ porte une draperie rouge ; le côté droit de son buste est nu. St. Pierre a un manteau jaune sur les épaules.

Le premier des apôtres, à commencer par la droite, est un homme dans la force de l’âge, à cheveux noirs, portant un manteau vert ; le second est St. Jean, vêtu d’une draperie rouge ; le troisième, Judas, qui ouvre de grands yeux avec une expression furibonde, a des cheveux noirs grisonnants ; le quatrième a une grande et large barbe et porte une draperie sombre. Le Christ, St. Pierre et trois de ses compagnons rappellent les apôtres de Y Incrédulité de St. Thomas, au musée d’Anvers.

C’est un travail d’élève retouché par le maître, dans les parties principales. Le Christ a un air fade de bellâtre, le St. Pierre est un vieillard caduc, le premier apôtre ressemble à un idiot. L’œuvre lourde et médiocre doit probablement ce caractère à des retouches maladroites. Elle date d’environ i6i3, année où fut faite l 'Incrédulité de St. Thomas.

Le tableau a été exécuté pour le monument funéraire du peintre Pierre Breughel, qui existe encore dans l’église de la Chapelle à Bruxelles. Il fut élevé par Jean Breughel de Velours, à la mémoire de son père et de sa mère Marie Coucke, et renouvelé par David Teniers le jeune, en 1676.

On lit l’inscription suivante sur la pierre tumulaire, au-dessous du tableau : » Petro Breugelio exactissimæ industriæ artis venustissimæ Pictori quem ipsa rerum parens natura laudat peritissimi artifices suspiciunt æmuli frustra imitantur itemque Mariæ Coucke ejus conjugi Joannes Breugelius parentibus optimis pro affectu posuit. Obiit ille MDLXIX hæc MDLXXVIII. D. Teniers Jun. ex hæredibus renovavit a 0 MDCLXXVI. »

Cette inscription, à l’exception des mots qui se rapportent à Marie Coucke et à la restauration du monument, fut composée par Balth. Moretus. Nous avons retrouvé aux archives du musée Plantin-Moretus le brouillon du texte écrit de la main de l’illustre imprimeur.

Le panneau fut enlevé du monument et les marguillers le vendirent en 1765 pour subvenir aux frais des réparations de l’église.

M. Braamcamp l’acheta pour 5ooo florins. Il en fit faire, en outre, à ses frais, une copie par J. Tassaert, qui orne actuellement le monument de Pierre Breugel.

Le tableau fut vendu dans la mortuaire de Braamcamp, à Amsterdam, le 3i juillet 1771, au prix de 4000 florins, à van Lancker, d’Anvers; dans la collection de ce dernier, vendue à Anvers en 1 835 , il fut acheté, pour Nieuwenhuys, par van Regemorter, au prix de 10.100 florins, sans compter les 10 % ; en i836, il fut acheté par lord Northwick ; en i838, il fut présenté en vente par ce dernier propriétaire avec toute sa collection et retiré sur une mise à prix de 1000 guinées.

Smith nous a conservé un récit détaillé de la manière dont le noble lord fit valoir les qualités de son panneau et combattit l’opinion de l’auteur du Catalogue raisonné. Le résultat de la vente démentit avec éclat les éloges du propriétaire et justifia les critiques de Smith (1). Dans la vente du cabinet de lord Northwick, en i85g, le tableau fut adjugé à 160 livres sterling.

Gravures : V. S. 178 et 17g, Pierre de Jode (Dédicace : Celeberrimo excellentissimoque in arte pictoria viro Joanni Breugelio qui hanc tabulam in æternam patris sui Pétri Breugelii pictoris clarissimi memoriam, admirabili Pet. Pauli. Rubenii operâ depictam, erigi curavit ; affinitatis et benevolentiæ hoc symbolum æri insculptum D. D. Petrus de Jode.) ; 180, Gravure en manière noire. Non décrit : Anonyme (Gaspar Huberti exc.).

Voir planche 88.

On range dans l’œuvre de Rubens une estampe gravée par Soutman d’après un tableau de Raphaël, représentant le Christ remettant les clefs à St. Pierre (V. S. 187).

25g. LA TRANSFIGURATION.

Nancy. Musée, 233.

Toile. H. 417, L. 675.

u haut de la montagne, le Christ apparait dans une gloire. A gauche, Moïse, tenant les tables de la loi, est assis sur les nuages. A droite, Élie, sans attributs, montre du doigt le Christ. Trois disciples sont

(1) SMITH : Catalogue. IX, 67.

REDPITE QVÆ SVNT CÆ5ARI5 CÆSARI ET QVÆ DEI DEO .OM.

Gravé par LUC VORSTERMAN.

agenouillés devant le Sauveur : l’un, St. Pierre, est prosterné la face contre terre ; le second, St. Jacques, le dos courbé, la figure levée pour voir le Christ ; le troisième, St. Jean, le buste droit, se couvre le visage des mains.

Dans le bas, à gauche, neuf apôtres. A l’extrême gauche, Judas enveloppé de son manteau tourne le dos à l’apparition, prêt à quitter le jardin. Le second, plein d’admiration, lève la tête vers le Christ et joint les mains sur la poitrine ; le troisième, une figure colossale, tient d’une main un livre ouvert et lève l’autre, comme s’il enseignait. Celui qui suit écoute le précédent. Des cinq restants, il y en a un qui lève la tête en adoration vers le Christ ; les quatre autres s’occupent du spectacle du démoniaque qui se passe à droite.

Là, on voit une femme montrant aux apôtres son frère possédé ; un homme, jeune encore, les mains jointes supplie les disciples du Christ d’intervenir. Le père et la mère tiennent l’enfant possédé ; tous deux écarquillent les yeux de frayeur. L’enfant est lamentable à voir ; il est vêtu d’une chemise déchirée ; le bras et la jambe droite sont étendus, rigides comme du bois ; le bras gauche est levé, la jambe gauche pend inerte, le cou est tordu ; de la bouche

ouverte l’écume s’échappe ; la prunelle des yeux est presque cachée sous la paupière et ne laisse voir que le blanc ; les cheveux noirs retenus par une

bandelette sont en désordre. Plus à droite, une jeune mère à genoux montre

également le malheureux d’une main et écarte de l’autre son enfant qui pleure à la vue de ce spectacle. Trois hommes, d’aspect grave, et dont le premier est richement vêtu, contemplent la scène. A gauche, dans le haut, un groupe d’arbres ; à droite, des arbres et une échappée de vue sur la mer.

Le milieu du tableau est éclairé par la lumière vive et chaude qui jaillit du Christ ; le côté gauche est noir dans le fond, du côté droit la lumière est modérée. Les figures et les carnations brunes, aux ombres opaques, sont

massives et lourdes. Dans plusieurs d’entre elles, surtout dans la sœur, au milieu, se traduit l’imitation malhabile du Véronèse. La tonalité générale s’inspire du Guerchin et du Caravage. La scène du possédé rappelle celle de Raphaël. Comme le Baptême du Christ du musée d’Anvers, c’est une œuvre toute d’imitation, une espèce de compilation pastichée. Les figures des apôtres sont hardies, plus mouvementées que celles du Rubens postérieur, mais elles dénotent bien la main du maître.

Une bande d’une dizaine de centimètres a été ajoutée dans le bas. D’autres restaurations se remarquent. Le tableau a subi des repeints considérables. Il est difficile de dire ce qu’il était au sortir des mains de Rubens. Très probablement cependant, sa tonalité était déjà fort sombre, mais le temps et

les restaurations auront encore accentué ce défaut. Son authenticité d’ailleurs ne saurait être mise en doute.

Nous avons donné, au n° 81, l’histoire de ce tableau, en même temps que celle de ses deux compagnons : le Baptême du Christ et la Sainte Trinité adorée par Vincent de Gonzague et sa famille (Voir nos nos 81 et 23j).

Les trois tableaux ornaient primitivement l’église des jésuites à Mantoue. Ils furent enlevés par les Français, en 1797. En 1801, la Transfiguration devint la propriété du musée de Nancy. Le catalogue de cette collection ne nous renseigne pas sur la manière dont le tableau fut acquis.

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