L’ENFANT PRODIGUE
Narford. Collection Fountaine.
Panneau. H. 145, L. 92.5.
e tableau représente l’intérieur d’une étable dans laquelle se trouvent, à droite, deux chevaux, l’un gris, l’autre brun, et, au milieu, plusieurs vaches, dont la plus rapprochée du spectateur est couchée à terre. Une grande variété d’objets propres à l’étable sont dispersés dans la place. Trois hommes se trouvent près des chevaux : l’un deux paraît occupé à la crèche, le second a un chandelier à la main, un troisième garnit le râtelier de fourrage.
L’enfant prodigue se trouve à gauche, près de l’entrée de l’étable, s’appuyant sur un genou, les mains placées sur la poitrine et regardant avec une expression suppliante une servante qui, près de lui, nourrit des pourceaux. Ces animaux se précipitent avec ardeur vers l’auge.
Derrière ce groupe se voit un chariot près d’une ferme et deux hommes abreuvant des chevaux dans un étang. Le ton général indique un coucher de soleil.
Selon J. Smith, le tableau est peint avec un soin extrême et une grande préoccupation des détails ; les animaux sont correctement dessinés et possèdent leur caractère naturel. Mais le grand charme de l’ouvrage consiste dans l’expression dramatique et pathétique de l’enfant prodigue, dont la pose, la contenance et les gestes marquent énergiquement le repentir qui a envahi son âme (1). Reynolds trouvait que les couleurs manquent de variété (2).
(1) SMITH: Catalogue II, 804; IX 2o5.
(2) Œuvres complètes du chevalier Josué Reynolds. Paris, 1806. II, 3o5.
Nous croyons pouvoir conclure de ces appréciations du tableau, que nous n’avons point vu, que les accessoires sont d’un aide de Rubens, probablement de Wildens, et que les figures seules sont du maître.
Le catalogue des tableaux délaissés par Rubens mentionne cette pièce sous le n° 169.
En 1771, elle était chez Mad. Spangen à Anvers (1).
En 1781, Joshua Reynolds la vit chez Pieters d’Aertselaer. Elle parut dans la première vente Stier d’Aertselaer (Anvers, 27 août 1817) et fut rachetée par le propriétaire, à 2j5o florins ; dans la seconde vente Stier d’Aertselaer (Anvers, 29 juillet 1822), elle fut adjugée à Myin d’Anvers pour la somme de 3oio florins. John Smith, l’auteur du Catalogue raisonné, l’offrit en vente, en 1823-1824, au prix de 800 liv. st. En i83o, elle était la propriété de W. Wilkins ; elle fut vendue dans sa collection, en i838, au prix de 2q5 guinées, achetée par M. Farrer et vendue à André Fountaine à Narford.
Elle était chez ce dernier quand Waagen la vit vers 1854 ; il l’exposa dans l'Exhibition of Works by old masters , Londres, 1880.
Sir Thomas Lawrence possédait une belle étude à la craie de l’étable et des vaches de ce tableau (2).
Gravures : V. S. Suites. 52,5, S. a Bolswert.
La gravure de cette composition est toujours mentionnée parmi les grands paysages de Rubens, quoique la vue de la nature n’y occupe qu’une part minime. En réalité, c’est un sujet religieux placé dans un milieu rustique.
Voir planche 89.
L’enfant prodigue.
Il existe une série de six planches représentant autant d’épisodes de l’histoire de l’enfant prodigue. Ces gravures se rencontrent avec l’inscription Theodor van Tulden inv. et fec. et, en sens contraire, avec P. -P. Rubens fec. Le nom de Rubens a été gravé postérieurement sur les nos 1, 2 et 3 de la première série. Il est clair que l’apposition de ce nom sur chacune des deux suites a été faite en vue d’en faciliter le débit, pratique que nous avons encore vu se renouveler de nos jours. Ces planches sont évidemment de la
(1) Michel : Vie de Rubens, p. 36o.
(2) SMITH : Catalogue. II, 804.
main de van Tulden et c’est à tort qu’on leur accorde une place dans l’œuvre de Rubens.
Gravure: V. S. 202, Th. van Tulden et Anonyme (P. v. d. Berge exc.). 261 LE DENIER DE CÉSAR.
Christ est debout à l’extrémité gauche de la composition. De sa droite, élevée au-dessus de la tête, il montre le ciel ; dans la gauche, il tient une pièce de monnaie qu’il va déposer dans la main d’un des pharisiens qui lui demandaient si l’on pouvait payer le tribut à l’empereur. Sept autres personnages, portant le costume des prêtres, entourent le groupe principal, attentifs à surprendre dans les paroles du Christ un mot dont ils puissent tirer . parti contre lui. Ils ont des tètes superbes, les unes calmes, les autres excitées par la haine et le fanatisme.
Suivant Gérard Hoet, un tableau de la main de Rubens représentant ce sujet orna le château het Loo , résidence de Guillaume III, prince d’Orange et ensuite roi d’Angleterre (1). Le 26 juillet 1713, il fut vendu à Amsterdam, n5o florins. On croit que c’est le même qui passa dans la collection de lord Courtenay et fut vendu, en 1816, au prix de 490 guinées. Remis en vente, la même année, au château de Portland appartenant à l’un des descendants de lord Courtenay, il fut retiré, faute d’enchérisseur, sur une mise à prix de 3o.ooo francs. Il reparut à la vente de' John Webb, en 1821, et fut adjugé à 441 guinées. Dans la vente Cholmondeley en i83i, il fut acquis par M. Emerson pour 252 guinées. A la vente Héris (Paris, 1841), il fut retiré à 40.000 francs ; peu après, il fut vendu au roi de Hollande 25. 000 florins. Dans la vente de la collection de Guillaume II en i85o, il fut mis sur table à 8000 florins et retiré à 8g5o. Dans la vente de ce souverain, en i85i, il fut adjugé à Dingewall pour 7000 florins. Il est peint sur bois et mesure 140 centimètres de hauteur sur 184 de largeur.
Nous avons la conviction que ce tableau n’est pas l’original de Rubens. Burger qui le vit dans l’exposition de Manchester en 1857 en pense de même (2).
Le Louvre (468) possède une autre copie de la même composition (Toile. H. i5o, L. 197). Elle provient de l’ancienne collection royale.
(1) G. HOET: Catalogue I. 1 5 1 , n° 25.
(2) Burger: Trésors d' Art en Angleterre, p. 187.