‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessins (volume 3)Chapitre 28 sur 249 · LA RÉSURRECTION DE LAZARE · texte numérisé non relu

LA RÉSURRECTION DE LAZARE

Berlin. Musée, 783.

Toile. H. 261, L. 194.

gauche se trouve la paroi d’un rocher d’où s’élèvent trois troncs d’arbre ; au pied de ce rocher, Lazare sort d’une grotte. Il est encore enveloppé dans son linceul, qui est d’un blanc plus intense que son corps pâli. Sa sœur, agenouillée devant lui, détache les bandages qui lui serraient les mains ; elle regarde son frère avec une expression de joyeuse surprise. Lazare lève les yeux vers le Christ ; sa figure décharnée porte les traces d’une profonde reconnaissance et d’une respectueuse vénération. La seconde sœur, agenouillée également, se retourne pour regarder le Christ avec étonnement. A l’arrière-plan, deux apôtres, dont l’un, St. Pierre, enlève le linceul de la tête de Lazare et regarde le Christ avec admiration, pendant que l’autre contemple le ressuscité et entr’ouvre les bras. Le Christ est debout, à droite, dans toute sa longueur, vêtu d’un large manteau rouge et d’une

tunique blanche. Il étend les mains d’un geste impératif, qui appuie la parole miraculeuse : « Lazare, lève-toi. » Le ciel est couvert de nuages blancs et floconneux, doutes les figures, aux carnations fortes et aux couleurs superbes, se trouvent en pleine lumière.

Le manteau rouge du Christ, le linceul blanc de Lazare, les draperies largement brossées et croustillantes, .à nuances vertes et rouges, des autres personnages font de ce tableau un morceau d’un coloris puissant. La lumière est vigoureuse et claire ; les contours sont nets ; le jeu des couleurs, varié. Comme expression, l’œuvre est également remarquable. Le Christ, dont la tête est assez insignifiante, semble conscient de sa force, par son geste de commandement ; les sœurs sont affectueuses et étonnées ; Lazare, profondément ému, trahit sa joyeuse stupéfaction : tous ces sentiments sont bien compris et heureusement rendus.

Primitivement le tableau était échancré aux deux tiers de sa hauteur et cintré au sommet.

Il est entièrement de la main du maître et date de 1624 environ. Il dénote déjà une certaine liberté du pinceau ; cependant, dans quelques parties, le coloris est encore très uniforme.

En 1747, l’œuvre se trouvait à Paris chez un marchand de tableaux qui l’avait découverte dans la chapelle d’un château de province (1).

Avant de figurer au musée de Berlin, elle se trouvait dans une des châteaux du roi de Prusse. Transportée à Paris, pendant les guerres du commencement de ce siècle, elle fut rendue en i8i5.

Gravures: V. S. 2o3, Boetius a Bolswert ; 204, F. Ragot; 2o5, Anonyme; 2o5, G. Panneels. Cette dernière planche est cintrée.

La gravure de B. a Bolswert et les deux suivantes qui en sont des copies diffèrent énormément du tableau. Elles renferment dix-sept personnages, au lieu des six que l’on voit dans la peinture. Derrière les deux apôtres, on remarque encore deux spectateurs, un disciple et une vieille femme, qui, joyeuse, s’élance en avant, les deux mains étendues ; quatre hommes, juchés sur un rebord du tombeau, contemplent le miracle et s’en émerveillent ; derrière le Christ, on voit cinq prêtres de la synagogue qui regardent l’évènement avec toutes les marques de la méfiance et de la haine. Dans la gravure, le ciel occupe une part beaucoup plus considérable que dans la peinture. Le rocher du fond est remplacé par un tombeau construit en gros cubes de pierre.

(1) MARIETTE: Abecedario. V, 82.

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