LE CHRIST EN CROIX
(Le Christ au coup de poing.)
e Christ lève les yeux avec une expression de souffrance et de supplication. Les bras sont étendus droit au-dessus de la tête. L’écriteau est attaché par deux clous au sommet de la croix. A droite, un ange
a saisi par l’aile un démon volant dans les airs et lève le poing pour le
frapper. A gauche, un second ange s’apprête à frapper également la Mort armée de sa serpe et se couvrant la tête de son bras pour la protéger. Dans le fond, on voit la ville de Jérusalem, avec ses dômes, clochers et tours. La planche est cintrée dans le haut.
Le musée Boymans à Rotterdam possède, sous le n° 692 de sa collection de dessins, un superbe dessin à la craie noire, lavé de blanc et de gris bleuâtre,
exécuté à la grandeur de la gravure (H. 5g, L. 37,5) et ayant évidemment
servi de modèle à celle-ci.
La gravure est datée de i63i ; c’est probablement à cette époque que le dessin fut exécuté. Le catalogue de Voorhelm Schneevoogt dit que le tableau existait dans le réfectoire de l’abbaye de Tongerloo. L’auteur a emprunté ce renseignement à un exemplaire annoté du catalogue de Hecquet, que possède le musée Teyler de Haarlem et qui donne des indications remarquablement exactes sur les endroits où se trouvent les tableaux gravés d’après le maître.
En effet, le couvent de Tongerloo possédait un Christ en croix acquis en 1648. Un certain Mathieu Antonissen, gardien du refuge de Tongerloo à Anvers, l’avait acheté en cette ville, dans une vente publique, pour une somme de 5go florins et le transporta à Bruxelles ou l’abbé Wichmans se trouvait. Celui-ci donna connaissance de cet achat par une lettre au prieur de l’abbaye, lettre datée de Bruxelles, le 27 novembre 1648, et qui nous a été conservée.
« Révérend Seigneur Prieur,
” Aujourd’hui Mathieu, le gardien de notre maison, à Anvers, est venu ici avec un tableau du Christ en croix peint par Rubens. Il l’a acheté dans
une vente à un prix assez modéré, vu la valeur artistique du tableau, notamment pour 5go florins. L’ouvrage a douze pieds de haut et six de large, sans le cadre. A mon avis, il conviendra le mieux pour le réfectoire à la viande, à la tête de la table. Prenez la mesure de la place, avant que le proviseur aille à Anvers, où il trouvera le tableau. Chacun dit que c’est une acquisition à bon marché ».
Le tableau figura pendant un certain temps dans un des bas-côtés de l’église ; déchiré par accident, il fut admirablement restauré et placé dans le réfectoire du couvent (i).
On ne sait ce que le tableau est devenu ; il a probablement péri dans la dévastation de l’abbaye de Tongerloo par les soldats de la République française. Voici comment, dans une lettre adressée à l’administration du musée de Paris, le 28 vendémiaire an XI, d’Herbouville, le préfet du Département des Deux Nèthes, décrit la manière d’agir de ses compatriotes : « L’église de Tongerloo, riche abbaye aux environs d’Anvers, renfermoit, il y a quelques années, beaucoup de tableaux, parmi lesquels il y en avoit des plus grands maîtres. Lorsque le gouvernement donna ordre que l’on transportât à Paris les chefs-d’œuvre de la Belgique, on chargea plusieurs personnes employées à cet effet de descendre ces tableaux avec précaution, pour pouvoir les emballer. Ces barbares trouvant qu’il étoit trop long de décrocher ces tableaux, de les descendre avec le cadre, avoient mis en œuvre un moyen bien digne d’eux pour s’en ôter l’embarras. Ils appuyèrent une échelle sur le tableau jusqu’à sa hauteur, et puis, avec leurs sabres ou leurs couteaux, ils les découpaient en lanières, qui tomboient sur le pavé humide de l’église et restaient là jusqu’à nouvel ordre. Lorsqu’on venoit ensuite les chercher, ces morceaux étaient pourris. Plusieurs tableaux de Rubens ont été descendus de cette manière » (2).
Avant la suppression de leur couvent, les religieux de Tongerloo avaient mis en lieu sûr plusieurs de leurs tableaux. Le Christ en croix n’y était pas compris (3).
Dans les tableaux trouvés à l’abbaye de Tongerloo en 1797, il y en avait
(1) Fr. WALTM. Van SPILBEECK: De Voonnalige abdij van Tongerloo en hare kunstschatten. (De Vlaamsche School, 1 883. P. 29 et 40.)
(2) PlOT : Rapport. P. 6.
(3) Ibid. P. 281-4.
LE CHRIST EN CROIX