LES DESSINS DE RUBENS
Au moment de son décès, Pierre-Paul Rubens possédait une « très grande quantité « de dessins faits par lui, sans compter nombre d’autres qu’il avait collectionnés. Par son testament du 27 mai 1640, il ordonna que les tableaux et œuvres d’art lui appartenant seraient vendus après sa mort, à l’exception des portraits de ses deux femmes et de ses propres portraits correspondant à ces derniers, lesquels devaient être partagés entre ses enfants; du portrait d 'Hélène Fourment à la pelisse , il disposa en faveur de l’épouse survivante.
L’article, venant après celui qui contient ces stipulations, est de la teneur suivante :
» Sont encore exceptés les dessins faits ou collectionnés par le testateur, au sujet desquels il ordonne qu’ils soient retenus et conservés au profit de quelqu’un de ses fils, qui voudrait s’appliquer à l’art de la peinture, ou à défaut d’un tel, au profit d’une de ses filles qui viendrait à épouser un peintre fameux, et cela jusqu’à ce que le plus jeune de ses enfants aurait atteint l’âge de dix-huit ans. Si en ce moment aucun de ses fils ne pratique cet art ou qu’aucune de ses filles n’a épousé un peintre fameux, lesdits dessins devront également être vendus et la somme qui en proviendra sera partagée comme le reste de ses biens (1). »
(1) P. GÉNARD: P. P. Rubens . P. 33.
La plus jeune des enfants de Rubens, sa fille posthume Constance-Albertine, naquit le 3 février 1641. C'était donc en i65g que les dessins devaient être vendus.
Cependant le catalague des objets d’art, faisant partie du cabinet du maître et vendus le 17 mars 1642, mentionne parmi les varia non numérotés, à la fin de la liste: « Une très grande quantité des desseins des plus notables pièces, faictes par feu Mons. Rubbens. « Il faut comprendre par ces « desseins des plus notables pièces faictes par feu Mons. Rubbens » des dessins exécutés d’après ses tableaux par ses élèves ou par des graveurs. Ces dessins furent vendus par Jacques Moermans, en août 1641, en même temps que les estampes appartenant au maître. Dessins et estampes rapportèrent ensemble une somme de 4720 florins 4 sous (1).
Le 28 août 1645, les héritiers de Rubens convinrent que dans le cas où la condition posée par le testament ne sortirait pas ses effets, c’est-à-dire dans le cas où aucun des fils ou des filles ne remplirait les conditions requises pour se faire attribuer les dessins, la collection ou la somme qui proviendrait de la vente serait divisée en trois parts, l’une pour les fils du premier lit, l’autre pour Hélène Fourment, la troisième pour les enfants du second lit. Malheureusement, aucun document ne nous renseigne sur la manière dont ce partage s’effectua ni sur les pièces qui faisaient l’objet de cette convention.
Nous connaissons au moins un des acheteurs à la double vente des dessins de Rubens, c’est le célèbre banquier Evrard Jabach, originaire de Cologne, qui alla s’établir à Paris, où il vendit sa collection de dessins et de tableaux au roi de France en 1671. Les dessins au nombre de 55q2 pièces formèrent le noyau de la collection des dessins au Louvre (2). Jabach possédait un grand nombre de dessins, exécutés d’après les tableaux du maître, qui furent vendus en 1641 et quelques-uns de ceux qui furent aliénés en i65g. Parmi les collections anciennes, riches en dessins de Rubens, nous pouvons citer celle de Crozat, vendue en 1741, et celle de Mariette, vendue en 1770. Dans bien d’autres catalogues de ventes du siècle dernier, celles de Gérard Hoet, Van Schorel et Wouters, les dessins de Rubens abondent, mais rien ne nous renseigne sur leur degré d’authenticité.
Le Louvre qui est entré en possession de la collection Jabach est resté un des dépôts les plus abondamment fournis en dessins de Rubens; cependant,
(1) Bulletin des Archives d'Anvers. II, 94 et 96.
(2) FRÉDÉRIC REISET : Notice des dessins au musée du Louvre. Introduction.