‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 111 sur 192 · JOB RÉTABLI DANS SES BIENS · texte numérisé non relu

JOB RÉTABLI DANS SES BIENS

Face postérieure des volets.

Nous ne connaissons les deux dernières compositions que par la mention de Mois, que nous reproduisons.

Le triptyque fut commandé à Rubens, en 1612, par la confrérie des musiciens, à Bruxelles, pour leur autel dans l’église de St. Nicolas. Il fut achevé en i6i3 et payé i5oo florins. Il était admiré de tous les amateurs. Le grand-duc de Toscane, peu avant le bombardement de i6g5, en fit offrir, dit-on, 3o,ooo florins ; il voulait, en outre, faire rebâtir en marbre l’autel des musiciens et y faire placer une copie du triptyque, peinte par le meilleur maître de l’époque. La confrérie refusa d’aliéner son retable.

Voici ce que Mois dit de ce triptyque (1) :

“ i6i3. — Le fameux tableau de St. Job sur le fumier, dans l’église de St. Nicolas de Bruxelles. Ce tableau étoit compté pour un des chefs-d’œuvre de Rubens. Il étoit à volets. Le grand tableau représentoit le saint patriarche assis sur le fumier, élevant une main vers le ciel et s’ôtant de l’autre le pus qui sortoit de ses plaies avec un morceau de pot cassé (2). D’un côté,

(1) MOLS : Annotations manuscrites sur Rubens. Bibliothèque royale de Bruxelles. Manuscrit 5725, f° 65.

(2) Dans la gravure de Krafft, Job élève une main et s’appuie sur l’autre qui est posée sur le fumier.

Gravé par CHRISTOPHE JEGHER.

sa femme le provoquoit et de l’autre ses amis qui tâchoient de le consoler. Sur l’un des volets, on voioit un messager qui en grande hâte venoit annoncer à Job la destruction de ses biens, et sur l’autre on voioit Job livré à Satan qui le tourmentoit d’une étrange façon. Quand ces volets sont fermés, on voioit Job rétabli dans ses biens. Il étoit placé comme un riche seigneur et vieillard sur un perron, au bas duquel, d’un côté, on lui présentoit des fruits, et de l’autre, on lui amenoit plusieurs enfants. Le tableau étoit d’une telle force de coloris, d’une si grande expression de caractère que les descendants en parlent encore avec admiration.

» Il fut fait pour la confrérie des musiciens qui ont ce saint pour leur patron. Il fut placé dans l’autel en i6i3, et Rubens reçut, pour prix de son travail, i5oo florins en huit paiemens, dont le premier fut fait en i6i3 et le dernier en 1621.

« On prétend que l’archiduc Albert eut tant de goût pour ce tableau qu’il fit offrir 4000 florins pour l’avoir, mais les confrères trouvèrent moyen d’éluder ses offres avec honnêteté. Il en fut de même quand le grand-duc de Toscane Ferdinand vint dans le pays. Il fut tellement frappé de ces tableaux qu’il en fit offrir jusqu’à trente mille florins, de leur faire faire une copie du meilleur peintre du pays et outre cela de leur donner un autel neuf tout en marbre. «

Mois, qui tira ces renseignements d’un catalogue des tableaux de Rubens, rédigé par Smeyers (Manuscrit 5733, f. i52), reproduit ailleurs (Manuscrit 5y36, f. 79) une annotation transcrite d’un ancien registre et conçue en ces termes :

« Par accord passé entre Rubens et la confrérie des musiciens de Bruxelles, il entreprit de leur peindre l’histoire du patriarche Job, pour leur autel dans l’église de Saint-Nicolas. Cette entreprise a été consommée en 1612, car, en

1613, il a reçu à compte, suivant l’accord, du premier payement fl. i5o ; en

1614, i5o ; en i6i5, i5o ; en 1616, i5o ; en 1617, 3oo ; en 161g, 3oo ; en 1620, i5o ; en 1621, i5o ; total i5oo florins, pour lesquels il avoit entrepris de peindre le tableau de St. Job, leur patron, avec les volets. »

Mois croit que ce registre a péri, avec le triptyque, en i6g5.

Bellori signale le tableau comme une des bonnes productions de Rubens (1); mais il ne doit l’avoir connu que par la gravure d’un des volets par Vorsterman.

Dans une note sur les tableaux brûlés à Bruxelles, en i6g5, Baert dit qu’il existe une copie de l 'Histoire de Job dans l’église d’un village près de Louvain. Des informations prises auprès de M. F. Wilrycx, curé de Wesemael,

(1) Bellori : Op. rit. I, 229.

le village en question, il résulte que, suivant la tradition de l’endroit, anciennement l’église de cette paroisse possédait un triptyque qui représentait l’histoire de Job et avait beaucoup de réputation. Malheureusement, il a péri dans un incendie. Actuellement, l’église possède une peinture de St. Job sans valeur artistique.

Dans l’œuvre de Rubens formé par Mariette et conservé au Cabinet des Estampes, à Paris, se trouve une gravure anonyme à l’eau-forte, représentant Job assis sur le fumier et fouetté de vipères par des diables à tête de monstres. A droite se trouvent sa femme qui, la main sur la hanche, l’invective et un ami qui le plaint. Dans le fond, sa maison est dévorée par l’incendie. Sous la gravure, on lit : S. Job propheta W esemaliensis ecclesiœ patronus. La composition nous paraît être de Rubens. C’est à faire croire que cette gravure reproduit le tableau qui jadis ornait l’autel de Wesemael.

Gravures: (le panneau central) V. S. 21, J. L. Krafft, d’après un dessin de Horst ; (le volet Job tourmenté par les diables ) 17, Luc Vorsterman ; 18, Anonyme (A. Sweerts exc.) ; 19, Anonyme.

La gravure de J. L. Krafft a été faite d’après le dessin d’un artiste, que le graveur nomme Horst, mais qui, probablement, n’est autre que Nicolas Van der Horst, un peintre contemporain de Rubens.

La gravure de Vorsterman a été évidemment faite d’après un modèle modifié par Rubens. En effet, ^ à en juger d’après l’estampe de Krafft, le panneau central avait en largeur les trois quarts de sa hauteur, le volet gravé par Vorsterman n’aurait donc dû avoir, en largeur, que les trois huitièmes de sa hauteur. Or la gravure mesure 3j X 25 centimètres, c’est-à-dire que sa largeur est égale aux deux tiers de sa hauteur. Le modèle reproduit a donc été considérablement élargi. Il s’en suit aussi que les différentes reproductions, peintes ou gravées, de ce volet ont été faites, non pas d’après le tableau, mais pour ou d’après la gravure. Celle de Munich a exactement la largeur de l’estampe et est un peu moins haute. C’est probablement le modèle qui a servi au graveur.

Voir planche 39.

i3o. DANIEL DANS LA FOSSE AUX LIONS.

Hamilton. Galerie du duc de Hamilton.

Toile. H. 229, L. 33o.

aniel est assis dans la fosse, sur un rebord de la paroi, taillée dans le rocher. Il est nu, n’ayant qu’un linge blanc autour des reins et un manteau rouge sous lui. Les jambes sont croisées, les mains jointes élevées à la hauteur de l’épaule, la tête tournée vers le jour. On lit l’angoisse dans ses yeux et dans sa pose ; le geste éloquent de ses mains exprime le désespoir suppliant. Autour de lui sont groupés sept lions et deux lionnes, partie couchés, partie debout. Les bêtes féroces ne touchent point le prophète et semblent ne pas remarquer sa présence. Une seule, la plus rapprochée de lui, ouvre la gueule et montre ses crocs. Sur le devant du tableau, une tête de mort et des ossements humains sont éparpillés.

Selon Waagen, la couleur n’est ni brillante, ni exagérée, mais plutôt d’un ton assourdi (1).

Ce qui est surtout admirable, c’est le groupe des animaux et chacun d’eux en particulier. On y voit l’étude consciencieuse que Rubens avait faite de ces fauves. Leur attitude au repos, leurs mouvements, leur expression, tout est rendu avec une vérité et une vie extraordinaires.

Le tableau fut offert, au prix de 600 florins, par Rubens à Dudley Carleton. Il figurait sur la liste que le peintre envoya au diplomate, en 1618 (2). Ce dernier l’acheta et en fit cadeau au roi d’Angleterre. Il est porté sur le catalogue de la galerie de Charles I, avec la remarque qu’il fut présenté au roi par Lord Dorchester, c’est-à-dire par Dudley Carleton (3). Il passa ensuite dans la galerie des ducs de Hamilton et fut vendu le 17 juin 1882, Au moment de l’adjuger, le directeur de la vente annonça qu’un tableau, entièrement conforme à celui-ci, se trouvait dans l’église de Godshill, près de Ryde, dans l’ile de Wight. M. Becket Denison en devint acquéreur, au prix de 4900 guinées. Après sa mort, arrivée peu de temps après, le tableau fut vendu chez Christie, à Londres, et adjugé à son ancien propriétaire, le duc de Hamilton, au prix de 2000 guinées.

(1) WAAGEN : Treasures. III, 297.

(2) Voir plus haut, p. 8.

(3) A Catalogue and Description of king Charles the First's capital collection of Pictures etc. front the original M. S. in the Ashmolean Muséum at Oxford. London, 1757.

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