LA FUITE EN EGYPTE
C’est par ce chef-d’œuvre que Rubens inaugura sa troisième manière, son époque de la couleur riche et variée à l’infini, des tons rompus, des nuances qui s’influencent mutuellement, de la clarté prédominante. Les grandes plaques lisses et uniformes ont disparu, le jeu libre a commencé et se poursuivra en se prononçant toujours davantage. Le peintre est devenu complètement maître de son pinceau et sûr de sa main. Il risque toutes les hardiesses et toutes lui réussissent. C’est à partir de cette date et de cette œuvre que sa virtuosité de la palette s’accuse le plus franchement et remporte ses plus beaux triomphes.
Par la composition et l’exécution, le présent tableau, malgré certaines invraisemblances dans les figures, est un des premiers chefs-d’œuvre de Rubens. Pour l’étude de ses travaux, il n’y en a pas de plus intéressant. Il est tout entier de sa main. Sur un fond couvert d’un souffle de couleur, la peinture a été posée d’une brosse légère et large ; les empâtements sont apportés par caillots, surtout dans le bas et dans les endroits fortement éclairés. Toutes les parties gardent leur transparence extraordinaire.
Cette Adoration des Rois fut peinte pour le maître autel de l’abbaye de St. Michel, en 1624, par ordre de l’abbé Mathieu Irsselius, et payée en deux fois : la première, le 23 décembre 1624 ; la seconde, le 29 août 1626 : chaque paiement était de 75o florins. Mois dit que les quittances existaient encore dans les archives de l’abbaye. Il traduit ainsi un extrait du registre de l’économe du Couvent concernant les années 1624 à 1626 (1).
- Le tableau du maître autel de notre église, peint par le sieur Pierre- Paul Rubens, a été payé en deux payements à son épouse (2), Élisabeth Brant, à savoir :
« Le premier, le 23 décembre 1624, sur quittance par M. Ambroise de Licht, proviseur.
« Le second, le 29 août 1626, par M. Chrétien Van Hove, proviseur, sur
quittance fl. 750
« Le premier d° « 750
fl. i5oo
En 1794, les commissaires de la République française enlevèrent le tableau ; il fut restitué en i8i5.
(1) MOLS : M. S. cit. 5726 p. 57, 5736 p. 106. — Acta sanctorum Jnnii. I, 946. — Inscriptions funéraires et monumentales de la province d'Anvers. IV, 11.
(2) Il est à observer qu’Isabelle Brant mourut avant le 29 août 1626, de sorte que les mots « payé à son épouse » ne peuvent se rapporter qu’au premier des deux paiements.
Gravures : V. S. 5g, Remoldus Eynhouedts ; 77, Adrien Lommelin. La dernière gravure est dans le même sens que le tableau, la première en sens contraire. Il y a, dans la gravure de Lommelin, des variantes, entre autres une étoile dans le ciel, qui feraient croire qu’il a travaillé d’après une esquisse, différente, en quelques points secondaires, du tableau. La tête de la Vierge a été gravée séparément par E. Corr (V. S. Histoire et Allégories sacrées, 81).
1741. L’Adoration des Rois.
Londres. Galerie de sir Richard Wallace.
Panneau H. 65, L. 47.
Une esquise de ce tableau parut dans la vente Pommersfelden (Paris 1857). Elle se trouve actuellement dans la galerie de sir Richard Wallace, à Londres.