ANNONCIATION
Vienne. Musée de l'Académie des Beaux-Arts, 633.
Panneau. Pièce ovale. H. 32,7, L. 45,3.
gauche, on voit la Vierge, assise devant une table, sur laquelle se trouvent une lampe et un livre ; elle porte une robe blanche et une draperie bleue ; l’ange vêtu d’une draperie rouge et entouré d’une clarté céleste, descend à droite.
C’est l’esquisse d’un des plafonds qui ne furent pas exécutés, mais qui étaient mentionnés dans le contrat primitif conclu entre Rubens et le père Tirinus. Elle passa dans la vente de Jacques De Roore, à La Haye, le 4 septembre 1747, et rapporta 20 florins.
Photographie : Victor Angerer.
Il est difficile de juger de la valeur esthétique des plafonds de l’église des Jésuites, d’après les reproductions que nous en possédons. Il aurait fallu voir sur place les tableaux pour se faire une idée de l’effet que produisaient les hardis raccourcis imaginés par Rubens, afin de prêter quelque illusion de vérité à des compositions représentant, vues de bas en haut, des scènes qu’en bonne logique on eût dû voir de face. On comprend les trucs ingénieux auxquels l’artiste a été obligé de recourir pour rendre vraisemblable la peinture d’une Adoration des Bergers qui se passerait au-dessus de la tête du spectateur. Le moyen le plus ordinaire employé par Rubens, c’est de montrer la scène, non pas en ligne verticale, mais en ligne diagonale, de façon à ne pas faire voir précisément la plante des pieds des personnages, mais à présenter ceux-ci comme se mouvant sur un plan incliné.
Dans la Résurrection et Y Ascension du Christ, la Chûte des Anges, Elie emporté au ciel, Y Assomption, le Couronnement de la Vierge et Moïse priant sur la montagne, le sujet prête à l’audace de la représentation ; dans la plupart des autres plafonds, on peut admirer le tour de force, on ne saurait goûter la téméraire violation des lois de la nature.
Quel fut le plan d’ensemble qui guida Rubens dans le choix de ses sujets ? Pour les dix-huit premiers plafonds, la réponse à cette question n’offre pas de difficulté. Il a représenté des scènes du Nouveau Testament en regard des faits de l’Ancien Testament qui les présageaient, suivant le symbolisme de l’église catholique. La Chûte de Lucifer, le séducteur d’Eve, répond à la Naissance du Christ, délivrant le genre humain ; la Reine de Saba, venant offrir ses hommages à Salomon, figure l’Adoration des Rois ; David, triomphant de l’ennemi d’Israël, symbolise le Christ triomphant, dans le désert, de l’esprit du mal ; Melchisédech, offrant le pain et le vin à Abraham, correspond au Christ, s’offrant sous les espèces du pain et du vin, dans la dernière Cène ; Moïse priant, au sommet de la montagne, et Abraham, immolant Isaac, répondent au Christ, mourant sur la croix et priant pour son peuple; le Triomphe de Joseph et la Résurrection du Sauveur, l’Enlèvement du prophète Elie et l’Ascension du Christ, Esther élevée à la dignité de reine et l’Assomption, ainsi que le Couronnement de la Vierge, sont des faits corrélatifs dans l’Ancienne et dans la Nouvelle Loi.
Les Saints ne sont pas disposés dans un ordre rigoureux, mais n’ont pas été choisis arbitrairement. En effet, nous trouvons, dans la première galerie d’en bas, les quatre pères de l’église grecque : St. Athanase, St. Basile, St. Grégoire de Nazianze et St. Jean Chrysostome; dans la seconde, les quatre
pères de l’église latine : St. Jérôme, St. Augustin, St. Ambroise et St. Grégoire, pape. Les saints et saintes de la famille du Christ: Ste. Anne et St. Joseph, les trois patronnes de l’infante Isabelle-Claire-Eugénie, et six autres saintes femmes, de grande vertu et réputation : Ste. Marie Madeleine, Ste. Cécile, Ste. Catherine, Ste. Lucie, Ste. Barbe, Ste. Marguerite, alternent avec les docteurs de l’église.
Le i5 avril i6i5, on posa la première pierre de l’église que les Jésuites bâtirent à Anvers, sur un terrain attenant à leur Collège. Ce terrain leur fut donné par la ville, qui accorda en outre un subside de vingt mille florins pour les aider dans les frais de la construction. Le père François Aguilon, qui, à cette époque, était recteur du collège avait fourni les dessins (i).
D’après la gravure de la façade de l’église par Jean de la Barre, Pierre Huyssens fut l’architecte de cette partie du bâtiment. En 1621, l’église était terminée et, le 12 septembre de cette même année, elle fut consacrée par l’évêque Jean Malderus.
En 1616, le collège fut transféré ailleurs et dans les bâtiments qu’il occupait fut installée la maison des profès de la Société de Jésus. Lorsque les travaux étaient presque terminés, les chefs de l’ordre s’adressèrent à Rubens pour lui confier la majeure partie des tableaux dont ils voulaient orner l’église. Le 2g mars 1620, un accord fut conclu entre le peintre et le père Jacques
Tirinus, en présence du père Charles Scribani, recteur du Collège des
Jésuites, à Bruxelles.
Voici la traduction de cet accord (2) :
Le 2g mars 1620, il a été convenu entre le Sieur Pierre-Paul Rubens et le Révérend Père Jacques Tirinus, supérieur de la maison des profès de la Société de Jésus :
i° Que le susdit sieur Rubens fournira aussitôt que cela lui sera possible, et au plus tard avant la fin de l’année courante, les trente-neuf morceaux de peinture qui doivent servir pour les plafonds des galeries, tant supérieures
(1) J. C. DlERCXSENS : Antverpia Christo nascens et crescens. Antv., 1773. VII, 86. 144.
(2) Le texte original était en flamand et de la teneur suivante :
Den 29sten meert anno 1620, is den Eerw. pater Jacobus Tirinus, Præpositus van ’t huys der professen der societyt Jesu veraccordeert met Sr Petro Paulo Rubbens.
Ten eersten dat den voorschreven Sr Rubbens soo haest het hem mogelyck sal syn immers voor het uytgaen van desen tegenwoordige jaer leveren sal de negen en dertigh stucken schilderie, de welke tôt de suffyten soo van de bovenste als benedenste galderien in de
qu’inférieures, dans la nouvelle église des susdits profès, suivant la liste de ces peintures à lui remise par le susdit supérieur. Si ce dernier le trouve bon, l’artiste pourra cependant être tenu de changer quelques-uns de ces sujets.
2° Le susdit Sr Rubens sera tenu de faire de sa propre main, en petit, les dessins de toutes les 3g pièces et de les faire exécuter et achever en grand par Van Dyck et quelques autres de ses élèves, comme l’exigeront la nature des pièces et les places où elles doivent servir. Il promet d’agir en tout ceci en honneur et conscience, de telle sorte qu’il achèvera de sa propre main ce que l’on trouvera y manquer.
3° Le sieur Rubens exécutera de sa propre main un autre tableau pour un des quatre autels latéraux de la susdite église, tableau qui sera désigné en temps utile par le père supérieur, ou bien, au lieu de ce tableau, il remettra au père supérieur les trente-neuf petits dessins (esquisses) mentionnés plus haut, et cela au choix du susdit Sr Rubens.
4° Au jour de l’entière remise des 3g pièces susdites, le père supérieur sera tenu de faire parvenir au susdit Rubens la somme de sept mille florins. Item, le même jour, encore autres trois mille florins pour les deux grands tableaux de nos saints pères Ignace et Xavier, déjà exécutés par le même Sr Rubens pour le chœur de la susdite nouvelle église. Et le père supérieur paiera, à partir du jour susdit, des susdits 10,000 florins au susdit Sr Rubens
nieuwe kercke van de voorschreve professen noodig syn, volgende de lyste van de selve schilderie hem overgegeven van den voors. præpositus, tôt wiens geliefte nochtans sal hy gehouden syn ettelycke van dien te veranderen soo wanneer hy ’t selfde nuttig bevinden sal.
Ten tweede dat den voors. Sr Rubbens de teekeninge van aile de voors. 39 stucken sal gehouden syn met syn eygen handt in ’t cleyne te maken, ende door Van Dyck mitsgaders sommige andere syne discipelen soo in ’t groot te doen opwerken ende volmaken als den heysch van de stucken ende van de plaetsen daer s’ingeset moeten worden wesen sal, ende belooft hierin syne eere ende conscientie te quyten in der vuegen dat hy met syn eygen hand in de selve volmaken sal ’t gene men bevinden sal daer aen te gebreken.
Ten derde dat den voors. Rubbens sal met syn eygen handt opmaken een ander schilderie voor een van de vier zyde autaeren van de voors. kercke, sulcke als den voors. P. Præposito t’synen tyde gelieven sal, ofte in stede van dese laetste schilderie sal hy aen den voors. P. Præposito overleveren aile de negen en dertigh kleyne afteekeningen boven genoemt, ende dat ten keuze van den voors. Sr Rubbens.
Ten vierden sal den voors. P. Præpositus ten dage van de voile leveringe van de voors. 39 stucken aen den voors. Rubbens gehouden wesen toe te schicken de somme van seven duysend guldens, item op den selven dag nog andere dry duysend guldens voor de twee groote schilderien van onse heylige vaders Ignatio ende Xaveno, alreede door den selven