‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 40 sur 192 · LE TRIOMPHE DE L'EUCHARISTIE SUR LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LE TRIOMPHE DE L'EUCHARISTIE SUR LA PHILOSOPHIE ET LA SCIENCE

une rente annuelle, à 6 1/4 p . c., de 625 florins, jusqu’à ce qu’il lui plaira d’acquitter la susdite somme en entier ou en partie.

5° Le père supérieur sera tenu de fournir la toile ou le coutil qu’il faudra pour les susdites 3g pièces.

6° Dans le cas où un tableau devra être fait pour le maitre autel de ladite église, le père supérieur ne le fera faire par personne d’autre que par le susdit Rubens, sauf conditions raisonnables et accord mutuel.

7° Le susdit père supérieur chargera, en temps utile, le susdit Sr Van Dyck de faire un tableau pour un des quatre autels latéraux de la susdite église.

Ainsi sommes nous convenus de bonne foi, en présence du Révd père Charles Scribani, recteur du Collège de la Société de Jésus à Bruxelles, ce 29 mars 1620.

Ita est

Jacobus Tirinus Prcep.

Ce document existait encore dans les archives de la maison professe des Jésuites, à Anvers, au moment de la suppression de l’ordre. Le 24 novembre 1773,

Sr Rubbens opgemaeckt voor de hoochsale (i) van de voors. nieuwe kercke ende sal den voors. P. Præpositus van dien voorseyden dage voor de voorseyde f. 10,000 aen den voorseyden Sr Rubbens jaerlycx rentswys tôt 6 1/4 p. c. betaelen f. 625, totter tyd toe hem gelieven sal de voors. somme ten geheele oft ten deele affteleggen.

Ten vyffden sal P. Præpositus gehouden wesen te leveren het lynwaert ofte teycken die noodig sullen syn tôt het opmaecken vande voorseyde 39 stucken.

Tes sesden ist by aldien dat voor den hoogen autaer van de voorseyde nieuwe kercke eene nieuwe schilderie sal moeten gemaeckt worden soo en sal P. Præpositus die selve door niemant anders dan door den voors. Rubbens doen maken, behouden redelycke conditie ende accoort met malkanderen.

Ten sevensten sal den voors. P. Præpositus aen den voors. S1' Van Dyck ter bequamer tydt aenbesteden eene schilderie van de voors. vier seyde autaeren der voors. kercke.

Aldus ter goeder trouwe samen veraccordeert, in de tegenwoordigheyt van den eerw. P. Carolus Scribani, rector van ’t Collegie der societyt Jesu tôt Brussel, desen 29 meert 1620.

(Leeger stont)

Ita est

Jacobus Tirinus Præp.

Dese gecollationneert teghens het origineel, berust hebbende in de archieven van het professie-huys der gesupprimeerde societyt Jesu, is door my ondergeschreven, actuarius van den

(1) Hoochsale veut dire jubé ; il est pris ici pour chœur.

il fut transcrit et collationné par le greffier Van Assche. C’est cette copie que le baron de Reiffenberg a reproduite dans ses Nouvelles Recherches sur P. P. Rubens et, après lui, van Grimbergen dans son édition flamande de l’ Histoire de Rubens, par Smit ; c’est elle encore que Mois a traduite dans ses notes conservées au département des manuscrits à la Bibliothèque royale de Bruxelles.

A ce contrat était jointe la liste des sujets que Rubens devait traiter. Elle comprenait (i) :

i° Adam et Ève chassés du Paradis ; 2° St. Athanase ; 3° St. Michel précipitant Lucifer ; q° St. Basile ; 5° Abraham immolant son fils ; 6° St. Grégoire de Nazianze ; 70 Le sacrifice de Melchisédech ; 8° St. Chrysostome ; g° Joseph triomphant comme maître d’Égypte; io° Annonciation de la Vierge; ii° Naissance du Christ; 120 Trois Rois — Assomption; i3° Ste. Marie Madeleine ravie par l’harmonie des anges ; 140 Ste. Anne ; i5° Ste. Barbe ; 160 Résurrection du Christ ; 170 Ste. Cécile ; 180 Marguerite écrasant le

démon au moyen d’une croix qu’elle tient à la main ; 190 Moïse priant sur la montagne ; 20° St. Ambroise ; 210 David décapitant Goliath ; 220 St. Jérôme ; 23° Salomon sur son trône d’ivoire, avec la reine de Saba ; 240 St. Augustin ; 25° Élie montant au ciel dans un char de feu ; 26° St. Grégoire ; 270 Esther implorant Assuérus ; 28° Érection de la croix ; 290 Ascension ; 3o Ste. Lucie,

heere raed ende commissaris van het selve professie-huys Van den Cruyce, daermede bevonden te accorderen.

T'oorconden in Antwerpen, desen 24 november 1773.

J. F. Van Assche, Actuarius.

(BARON de Reiffenberg : Nouvelles recherches sur Pierre-Paul Rubens. Nouveaux Mémoires de l'Académie. Tome X. i835. — Historische Levensbesclirijving van P. P. Rubens. Annoté par Victor Van Grimbergen. Antwerpen L. J. de Cort, 1840. P. 403.)

(1) i° Expulsio Adami et Evæ e paradiso ; 20 Sanctus Athanasius ; 3° Michael Luciferum deturbans ; 40 Sanctus Basilius ; 5° Abraham immolans fïlium ; 6° Sanctus Gregorius

Nasiansenus ; 70 Melchisedechi sacrificium ; 8° Sanctus Chrysostomus ; 90 Joseph dominus

Egypti triumphans; io° Annunciatio B. V. ; ii° Nativitas etc; 120 Très Reges — Assumptio ; i3° Sancta Maria Magdalena rapta ad angelorum harmoniam ; 140 Sancta Anna; i5° Sancta Barbara; 160 Resurrectio Christi ; 170 Sancta Cæcilia 180 Margareta cum cruce in manu

calcans draconem ; 190 Moyses in monte orans ; 20° Sanctus Ambrosius ; 210 David Goliath

caput detruncans ; 220 Sanctus Hieronymus ; 23° Salomon in throno eburneo cum regina

JL

Saba; 240 Sanctus Augustinus ; 25° Elias curru igneo in cœlum raptus ; 26° Sanctus Gregorius ; 27° Esther adorans Assuerum ; 28° Crucifixio Christi ; 290 Ascensio Christi in cœlum; 3o° Sancta Lucia cum Sancta Agatha illi apparente ; 3i° Spiritus sanctus in Pentecoste ; 32° Sancta

Catharina ; 33° Sancta Elisabeth ; 34° Clara Eugenia. (BARON DE REIFFENBERG. Ibid.)

avec Ste. Agathe qui lui apparaît ; 3i° La Pentecôte ; 32° Ste. Catherine ; 33° Ste. Elisabeth ; 34° Claire-Eugénie.

Comme on le voit, le nombre des pièces désignées, au moment du contrat, n’était pas complet. Cependant, il faut dédoubler, croyons-nous, les nos 12 et 34, de sorte qu’il y aurait 36 sujets indiqués. Il y a eu des modifications assez notables au programme primitif. Adam et Eve, l’Annonciation et la Pentecôte ont disparu. La Tentation de J. C., la Cène, le Couronnement de la Vierge, St. Joseph, les Noms de Marie et de Jésus ont été ajoutés.

Aux termes du contrat, les plafonds devaient être terminés avant la fin de l’année 1620. En admettant qu’ils étaient placés lors de la consécration de l’église, le 12 septembre 1621, ils n’auraient demandé que dix-huit mois de travail.

Rubens exécuta de sa main les esquisses du programme primitif. On a vu qu’une des compositions, dont le sujet fut remplacé, a été conservée. Il exécuta, en outre, les esquisses des sujets indiqués après la conclusion du contrat. Inutile de dire qu’il se fit assister par ses élèves et notamment par Antoine Van Dyck.

Au milieu du dix-huitième siècle, diverses esquisses authentiques de Rubens se trouvaient dans des collections particulières, et, dans le courant du même siècle, des répétitions des plafonds se rencontrent dans les ventes publiques. En dehors des pièces de ce genre que nous avons mentionnées, nous avons encore trouvé dans la vente de Maximilien De Hase, tenue le 10 juin 1782, à Bruxelles: « Quinze esquisses en gris représentant les plafonds des Jésuites d’Anvers par Rubens, hautes g pouces, larges i3 pouces, » vendues 3q florins; dans la vente de François-Corneille-Gislain de Cuypers de Reymenam, à Bruxelles, le 27 avril 1802, se trouvaient : « Dix-sept esquisses de P. P. Rubens qui ont servi de modèles pour les fameux tableaux du plafond des Jésuites d’Anvers. « Elles furent adjugées à Spruyt, au prix de 98 florins. Le bas prix atteint par ces deux lots d’esquisses prouve assez qu’on n’ajoutait nullement foi à leur authenticité.

Il est très probable que Rubens ne fournît point aux Jésuites les esquisses des plafonds. En effet, plusieurs de celles-ci figuraient déjà dans des collections particulières, avant la suppression de l’ordre. Par contre, il exécuta pour leur église, non seulement les deux tableaux pour le maître autel dont il est question dans le contrat, ainsi que le troisième tableau dont on avait stipulé la livraison comme équivalent des 3g esquisses, mais encore un quatrième tableau pour la chapelle latérale de la Vierge. Les deux tableaux du maître

autel sont les Miracles de St. Ignace et les Miracles de St. François Xavier ; le troisième tableau, placé sur l’autel latéral à droite, représentait une Sainte Famille, connue sous le nom du Retour d’Égypte; le tableau de la chapelle de la Vierge représentait Y Assomption de Marie (i).

Des trente-neuf plafonds, les neuf premiers se trouvaient dans la galerie supérieure, à gauche en entrant ; les neuf suivants, dans la galerie supérieure, à droite ; les neuf suivants, dans le bas côté, à gauche ; et les nos 28 à 36, dans le bas côté, à droite. Les trois derniers plafonds : Ste. Élisabeth, St. Joseph et Ste. Claire se trouvaient sous le jubé : le premier, à droite ; le second, au milieu ; le troisième, à gauche. Les quatre premières séries commençaient à partir du côté des autels. Le Nom de Jésus se trouvait devant l’entrée de la chapelle de St. Ignace, donnant dans la nef latérale à gauche de l’église ; celui de Marie figurait devant la chapelle de la Vierge, débouchant dans la nef opposée. Les gravures de Preisler et de Punt donnent à chacun de ces deux plafonds la place de l’autre.

Les tableaux des plafonds avaient environ 4 aunes (280 centimètres) de largeur, sur 3 aunes (210 centimètres) de hauteur. Leur côté supérieur était tourné vers les autels. Les peintures étaient entourées de cadres et d’ornements dorés ; chacune d’elles correspondait à une des arcades des deux galeries superposées qui entouraient l’église. Dans les galeries supérieures, elles étaient alternativement quadrangulaires et octogones ; dans les galeries inférieures, alternativement octogones et ovales.

L’église des Jésuites, telle qu’elle était au jour de son achèvement, était merveilleusement belle. On peut s’en convaincre par les nombreuses vues de l’intérieur qui ont été conservées et qui furent peintes, entre autres, par Antoine Gheringh et par Sébastien Vrancx. De ce dernier peintre, la galerie impériale à Vienne en possède une. D’Antoine Gheringh, il s’en trouve une au même musée ; une autre, à la pinacothèque de Munich ; une troisième, au musée de Madrid.

Les écrivains qui parlent de ce temple n’ont pas de termes assez hyperboliques pour en louer la splendeur. Un auteur cité par Gevartius (2) dit en parlant de la nouvelle église : «■ La beauté de l’intérieur de l’édifice fait songer à la splendeur des demeures célestes. On ne saurait dire si c’est l’éclat de l’or ou la richesse du marbre poli qui ravit davantage les yeux. Le pavement en marbre bleu et blanc ajoute à la magnificence du spectacle. La voûte du

(1) Diercxsens : op. cit. VII, 146.

(2) Pompa Introitus Ferdinandi. P. 170.

Gravé par SCHELTE A BOLSWERT.

vaisseau de l’église est toute entière ornée de rosaces d’or qui brillent dans une série non interrompue de compartiments dorés, de sorte que l’on pourrait croire à la représentation d’un ciel d’or. Des colonnes de marbre blanc soutiennent des deux côtés des galeries doubles, dont l’une est d’ordre dorique, l’autre d’ordre ionien. Toutes les deux entourent l’édifice entier, à l’exception du chœur, et, sous leurs voûtes, elles présentent un emplacement excellent pour les confessionnaux. Les plafonds de ces galeries sont plats, mais ils ne gagneraient pas a être en voûte, ou a être faits en or, vu leur matière et leur aspect. En effet, ils sont revêtus des plus nobles peintures qui représentent les mystères de notre salut dans des tableaux tirés parallèlement de l’Ancien et du Nouveau Testament, ou bien des personnages des deux sexes, fameux par la sainteté de leur vie. Tous ces plafonds ont été dessinés par un peintre célèbre, qui, eu égard aux difficultés à vaincre, dans la pose et dans la perspective, s’est, dit-on, surpassé lui même. Le chœur enfin est digne d’un palais de Dieu. On trouve ici à admirer, dans la voûte, l’art du sculpteur qui a façonné la pierre blanche, contrastant avec les marbres marquetés des degrés de l’autel et des parois. «

Une grande partie de ces splendeurs, et entre autres les plafonds de

Rubens, périrent dans l’incendie allumé par la foudre qui réduisit en cendres

la majeure partie de l’église des Jésuites, le lundi 18 juillet 1718, entre midi

et demi et trois heures. Il ne resta debout que la façade, le chœur, les chapelles latérales et la tour. Heureusement, les quatre grands tableaux de Rubens qui ornaient les autels furent sauvés.

On comprend l’émotion que causa ce désastre. Le souvenir nous en est conservé dans deux pièces de vers parues immédiatement après la calamité, l’une en flamand (1), l’autre en français (2).

« Les trente-neuf plafons avoient été dessinés en 1711 et 1712 par

(1) Klaegende-dicht over het onverwacht en schrickelijck verbranden totten gronde , van den overschoonen en vermaerden Tempel Godts van het Huys der Professien van de Societeyt Jesn binnen Antwerpen den 18 julii, DOOR ’T SNEL bLIXeM VIER GESChIET. 't Antwerpen, by Joannes Pairfus Robyns, 1718. Cette pièce eut deux e'ditions en cette même année. La première contenait une invective contre un prêtre qui, dit-on, s’était réjoui de la catastrophe et y avait vu une punition divine infligée aux Jésuites. Cette attaque contre un membre du clergé fut supprimée dans la seconde édition.

(2) Description de F inestimable perte causée par I incendie de l'Eglise de la Maison Professe des RR. PP. de la Société de Jésus à Anvers le 18 juillet 1718. Avec l’explication de chaque tableau qui y a été brûlé. Mise en vers par **\ Anvers, chez Jean François Lucas.

Jacques De Wit, peintre hollandais, du temps qu’il étudioit à l’académie d’Anvers, au pastel. Mais comme ces desseins étoient fort légèrement touchés, il les dessina plus en grand, et au crayon rouge, en 1720, et les fit passer sous la presse pour en avoir les contr’épreuves, avec intention de les faire graver, ainsi que beaucoup d’amateurs le lui conseilloient. Mais ayant trop d’occupations d’ailleurs, ce projet n’eut pas de suite et, en 1724, il vendit ces derniers desseins à Demoiselle Marie-Élisabeth De Waal, dame de Anckeveen.

« En 1730, il dessina de nouveau en couleurs ces trente-neuf plafons d’après ces desseins de 1712, qu’il ne vouloit point produire en public, pour leur peu de mérite, mais les copies furent admirées des connoisseurs pour le souvenir d’une si belle décoration.

« Jean Punt, très habile sculpteur d’Amsterdam, l’ayant prié, en 1743, de vouloir bien lui prêter ses desseins, pour les mettre au jour par la gravure, Mr De Wit, par amour pour les arts, voulut bien retoucher ces contr’épreuves pour la facilité du graveur ; mais cet ouvrage n’avança que lentement. «

Voilà comment Jacques De Wit lui-même a raconté l’histoire des copies qu’il fit d’après les plafonds et dont 36 pièces furent gravées par Jean Punt (1). Lui-même a gravé plusieurs estampes à l’eau-forte d’après ses propres dessins. Voorhelm Schneevoogt en cite dix : St. Michel , la Naissance du Sauveur, la Tentation au désert, la Résurrection, le Triomphe de Joseph, X Ascension de J. C ., X Enlèvement du prophète Elie, X Assomption de la Vierge, Esther devant Assuérus et le Couronnement de la Vierge; nous y avons ajouté une onzième, le Sacrifice d' Abraham.

La première planche de J. Punt est datée de 1747, la 22e de 1759 ; les 14 suivantes ne portent point de date, mais le frontispice porte celle de 1763. Certains exemplaires sont pourvus du titre imprimé suivant: De Plafonds of Gallery stukken lût de kerk der Eerw. P. P. Jesuiten te Antwerpen, geschilderd door P. P. Rubens naer deszelfs echte schilderyen geteekent door Jacob De Wit en in ’t koper gebragt door Jan Punt. Te Amsterdam by Jan Punt. MDCCLI . Cette dernière date prouve que le graveur fit paraître une partie de son travail avant l’achèvement de toutes les planches.

Dans la vente de la collection de Jacques De Wit qui eut lieu, après sa mort, en 1755, à Amsterdam, parurent les 36 plafonds, avec le titre composé pour la publication de Jean Punt, dessinés à la craie rouge et

(1) Description des églises d'Anvers, par JAC. De WlT, traduite par Mois dans ses Notes sur Rubens, existant, en manuscrit, à la Bibliothèque royale de Bruxelles.

noire. On vendit également les contre-épreuves de ces dessins. Les deux lots furent achetés par J. Punt, le premier à 5o, le second à 70 florins. La collection des 36 aquarelles, d’après les plafonds, fut acquise, à la même vente, par De Leth pour 25o florins (1).

Les 36 aquarelles parurent dans la vente de Ploos van Amstel, ainsi que 14 copies à la craie rouge et noir (2).

Les mêmes aquarelles revinrent encore dans la vente De Visser, à La Haye, en 187g, et furent achetées, au prix de 325 florins, pour le musée Plantin-Moretus d’Anvers où elles se trouvent actuellement.

Plusieurs des contre-épreuves des dessins faites pour le graveur par De Wit étaient, il y a peu d’années, en possession de M. Jos. Linnig, graveur et marchand d’estampes à Anvers. Ils périrent pour la plupart dans un incendie. Une seule pièce fut sauvée et donnée par M. Linnig au musée Plantin-Moretus. C’est le St. Jean Chrysostome. M. René délia Faille, d’Anvers, possède trois feuilles d’une autre suite de dessins à la sanguine, probablement la seconde des deux que fit De Wit, ce sont le St. Ambroise, la Ste. Eugénie et le St. Jean Chrysostome.

Le graveur Jean-Juste Preisler grava la première galerie d’en haut et la première d’en bas ainsi que la Ste. Claire. Nous avons parlé des différences que ces gravures présentent avec celles de Jean Punt. Preisler attribue les plafonds à la collaboration de Rubens et de Van Dyck, et ce non sans raison, comme on l’a vu. Dans sa préface, il dit que la plupart des pièces sont de la composition de Rubens, et quelques-unes de Van Dyck, allégation qui n’est fondée sur aucune preuve.

Ces gravures furent faites d’après des croquis pris par un peintre de réputation, de Dresde, nommé Müller. Elles furent publiées à Nurenberg par George-Martin Preisler, en 1735, sous le titre de Clarissimorum virorum P. P. Rubens et Ant. van Dyck prœcellentissimœ celeberrimœque picturæ quæ olim in amplissimo R. R. P. P. Soc. Jesu Antwerpiensium templo fuerunt.

Müller avait probablement copié aussi les autres plafonds. En effet, nous possédons nous-même une aquarelle de la Ste. Barbe ayant exactement la dimension des gravures de Preisler.

La gravure de la Tentation de J. C. au désert, par Christophe Jegher, fut faite en i633. Dans les comptes d’ouvriers de l’officine plantinienne, on

(1) Catalogus Jacob De Wit. Amsterdam, 175 5. P. 44, 47, 90.

(2) Catalogus Ploos van Amstel. Amsterdam, 1800. I, 174.

lit, sous la date du 3 au 8 septembre de cette année : « Hans Bruneel et Steven Grem ont imprimé une rame de la Tentation du Christ, pour Rubens,

3o sous. «

Dans les archives de l’ancienne église des Jésuites, à Anvers, actuellement ' l’église de St. Charles Borromée, on conserve une riche collection de dessins architecturaux de diverses parties de l’église primitive. Une partie de ces dessins est attribuée à Rubens ; mais aucun document ne prouve, d’une manière certaine, l’intervention du grand peintre. Dans les mêmes archives, nous avons trouvé une description des plafonds de Rubens faite, peu de mois après l’incendie, par un inconnu qui les connaissait bien et en avait gardé un souvenir remarquablement fidèle. Il le confia au papier « pour que les amateurs de l’art qui ont vu les plafonds puissent se les rappeler d’une manière vivante, et pour que ceux qui ne les ont jamais vus puissent s’en faire quelque idée. » Nous avons été heureux de pouvoir nous aider, en quelques endroits, de cette description fort détaillée.

Page 1