‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 59 sur 192 · DERNIER · texte numérisé non relu

DERNIER

Gravé par C. E. HESS.

Pl. 23

M. Cruzada Villaamil mentionne des tapisseries de la même suite que possède le palais royal de Madrid (i). Don Pedro de Madrazo, le savant auteur du Catalogue du musée de Madrid, nous affirme que cette série n’existe pas et n’a jamais existé au palais des rois d’Espagne.

Le tapissier François Van den Hecke exécuta deux séries de tapisseries d’après le Triomphe de l'Église de Rubens pour les négociants anversois François De Smidt et Ascanio Martini. Chaque série comprenait deux chambres : la première, de sept pièces, mesurait 355 aunes en longueur sur 7 1/2 aunes en hauteur ; la seconde, huit pièces, de 3j5 aunes de long sur 7 1/8 de haut. Le travail était mélangé d’or et d’argent et fut payé 22 florins l’aune (2). Il y a, certes, lieu de s’étonner de voir des commerçants orner leurs appartements de ces immenses compositions d’un caractère si éminemment religieux et monumental.

Le cycle complet se compose de quinze pièces : les tapisseries du couvent des Dames religieuses déchaussées royales à Madrid le prouvent, de même que le nombre des tapis exécutés pour les négociants anversois De Smidt et Martini.

Il faut noter, cependant, que dans la collection du baron Erlanger, il se trouve une suite de Triomphes de l’Eglise de onze pièces, provenant de la galerie du duc de Berwick et d’Albe, vendue à Paris, le 9 avril 1877. Parmi celles-ci, huit font partie des quinze pièces que nous avons décrites, tandis que trois autres, quoique ornées d’un encadrement semblable, ne figurent pas dans notre description. Ce sont le Roi David, la Force et l'Espoir de répandre la Foi. Les deux dernières sont signées par Jean-François Van den Hecke, de Bruxelles. Les tapis ont été évidemment tissés pour être réunis à la suite des Triomphes. Nous ne croyons cependant pas qu’ils s’y rattachent, ni même que Rubens en ait fourni le modèle. En voici toutefois la description :

Le Roi David. — - Le roi David est assis à gauche jouant de la harpe; il porte une couronne de laurier. Sa barbe est forte, ses cheveux longs, sa tunique bleue, son manteau couleur d’or, à ramages bleus et à doublure d’hermine. Au milieu de la composition se trouvent deux anges, tenant en main une bande couverte de musique et chantant, tandis que le roi les

(1) Cruzada Villaamil : Rubens diplomatico Espahol. Madrid, 1874. P. 377.

(2) F. J. VAN DEN Branden : Geschiedenis der A ntwerpsche Schilderschool. Anvers,

accompagne. Deux colonnes torses, entre lesquelles est suspendue une guirlande de deurs et de fruits bordent la tapisserie.

La Force (Fortitudo). — - Samson, jeune encore, vêtu d’une robe bleue, au-dessus de laquelle est jetée la peau d’un lion dont la gueule couvre sa tête, enlève du bras gauche une partie du fût d’une colonne qu’il vient de briser ; du bras droit il porte une autre colonne plus grosse dont on voit le chapiteau. Le mot Fortitudo se trouve dans un cartouche relié par deux guirlandes aux colonnes torses qui bordent la tapisserie sur les deux côtés. Sous le cartouche, est suspendue une tête d’ange.

L’Espoir de répandre la Foi (Spes dilatandi Fidem). — Sur le bord de la mer, une femme, agenouillée sur un bloc carré, pose la main droite sur la poitrine. La main gauche est étendue montrant la mer. Elle porte un vêtement blanc et, au-dessus de celui-ci, un manteau rouge doublé d’hermine. Sa tête est couverte d’une couronne de fleurs. A ses pieds gisent deux rames ; contre le bloc, sur lequel elle est agenouillée, s’appuie une ancre. Derrière elle, un matelot, à la veste et au bonnet bleus, est endormi sur une barquette renversée. Les colonnes et le cartouche de l’encadrement sont identiques à ceux de la Force.

c) LE CHRIST ET LES DOUZE APOTRES.

Page 1