LH SACRIFICE D’ABRAHAM
Gravé par ANDRÉ STOCK.
Pl.
réalité une esquisse poussée plus loin que d’ordinaire et différant sensiblement du rétable fait pour l’église des Jésuites, à Neubourg.
Dans le grand tableau, les anges, à côté du Sauveur, ne portent point les instruments de son supplice ; l’ange, au-dessous du Christ, ne tient point de palme ; il y a deux anges sonnant de la trompette au lieu de quatre ; dans le bas, le dragon ne montre que la tête. Dans l’esquisse, il y a dans le bas, à gauche et à droite, une figure de plus ; mais, au milieu, la tête du nègre et celle de la femme, aux longs cheveux crépus, manquent. Bien d’autres différences encore pourraient être signalées.
L’esquisse de Dresde parut dans la vente du chevalier Pierre Lely, en 1680, et fut vendue au prix de 101 livres sterling.
Gravure : V. S. 453, Corn. Visscher.
Photographie : Photographische Gesellschaft, Berlin.
La gravure de Corneille Visscher reproduit, en général, très fidèlement la présente esquisse ; toutefois le groupe enlacé par le dragon dans le bas, à droite, et les figures contre le bord, du côté opposé, ne concordent point. Il faut donc admettre qu’outre cette esquisse Rubens ait encore fait ou fait faire un dessin ou une grisaille dont le graveur s’est servi.
Effectivement, une grisaille du Jugement dernier, par Rubens, fut vendue dans la collection du comte d’Arundel, à Amsterdam, le 26 septembre 1684, au prix de 80 florins.
En 1873, le musée de Sigmaringen acquit du négociant Joseph Brindl, à Munich, une esquisse peinte à l’huile sur papier et montée sur toile (N° 220 du catalogue, H. 64,5, L. 5o), d’après laquelle la gravure de Corneille Visscher fut exécutée. Elle a exactement les dimensions de l’estampe et paraît avoir été faite, pour un graveur, dans l’atelier et sous la direction du maître. L’hypothèse émise par M. von Lehner que Pierre Soutman serait l’auteur de l’esquisse, n’a rien d’invraisemblable (1). En effet, ce peintre-graveur fréquentait l’atelier de Rubens lorsque le Grand Jugement dernier fut peint, et Corneille Visscher, son élève, a pu se servir du travail de son maître comme modèle de sa gravure. Nous savons que plusieurs des chasses de Rubens, gravées par Soutman, portent l’inscription : P. Soutman invenit, ejfigiavit et excudit, ce qui prouve que Soutman a fait des dessins d’après des compositions rubéniennes.
(1) Dr F. A. von LEHNER : Ankàufe für das Muséum in Sigmaringen. Zeitschrift fur bildende Kunst, 1875. P. 263.
go. LE GRAND JUGEMENT DERNIER.
Tableau inconnu.
H. i3 pieds, L. 9 pieds (407 centimètres sur 282).
u ben s a fait une répétition du Grand Jugement dernier. Le 28 avril 1618, il écrivit à Dudley Carleton au sujet d’un certain nombre de tableaux de sa main, qu’il désirait échanger contre des marbres antiques, appartenant à l’homme d’état anglais :
« J’ai à présent chez moi quantité d’excellents tableaux et en particulier quelques peintures que j’ai gardées pour mon propre agrément ; j’en ai même racheté quelques-unes, à un prix supérieur à celui auquel je les avais vendues; mais le tout est à la disposition de Votre Seigneurie, parce que j’aime les négociations rapides, où chacun donne et reçoit d’un même coup ce dont on est convenu » (1).
Parmi les toiles ainsi offertes, il se trouve, d’après la description de Rubens lui-même: “Un Jugement dernier, commencé par un de mes disciples, d’après un original que j’ai fait, en format beaucoup plus grand, pour le prince de Neubourg, qui me l’a payé 35oo florins comptant. La présente pièce n’étant pas tout-à-fait terminée, je la retoucherai entièrement de ma main, de manière qu’elle pourra passer pour originale ».
Rubens évalue ce tableau à 1200 florins et donne, comme dimensions, i3 pieds de haut et 9 de large.
Dans la suite des négociations, Dudley Carleton se décida à choisir plusieurs des peintures offertes par Rubens, mais non le Jugement dernier.
Ce doit être le même tableau que vit Abraham Golnitzius, lorsque, vers 1624, il visita l’atelier de Rubens. Il en parle dans les termes suivants : « Faisons mention d’un seul tableau, estimé au-delà de 5ooo florins, œuvre faite par Rubens et représentant le Grand Jugement, au jour du Seigneur. En haut, la beauté du ciel et le vol des corps vers ce lieu ; d’un côté, les bienheureux s’ébattent dans les joies célestes ; de l’autre, les damnés sont tourmentés dans les enfers ; leurs corps sont enlevés, le gouffre infernal s’ouvre ; les femmes sont mêlées aux hommes, les jeunes gens aux vieillards, dans un commun malheur, de sorte que les souffrances des uns terrifient, et les joies des autres réjouissent le spectateur. En outre, vingt et quelques
(1) Noël Sainsbury : Op. cit. P. 28, 3o.
tableaux qui doivent être envoyés à Paris et sont^peints par Rubens pour la reine-mère » (i).
Dans la vente de Martin Robyns, à Bruxelles, en 1758, un Jugement dernier, ayant à peu près les dimensions de ce tableau (H. i3 pieds 3 pouces, L. 8 pieds 6 pouces), fut vendu, au prix de 420 florins.
Il est bien possible que la grisaille, gravée par Corn. Visscher, reproduise le grand Jugement dernier dont il est question ici.