‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 77 sur 192 · L’ASSOMPTION DES JUSTES · texte numérisé non relu

L’ASSOMPTION DES JUSTES

Munich. Pinacothèque, 804.

Panneau. H. 118, L. 92.

ans le haut des cieux, environné d’une immensité de lumière, le Christ est assis sur un arc-en-ciel. Bien au-dessous de lui, les élus s’élèvent. A gauche, on en voit un grand nombre qui sont portés au ciel par des anges et qui forment de longues guirlandes de corps. Au milieu, un

(1) Op heden den 21 september 1754, caemervergaederinge gehouden met dienende ende ouden eedt ende aldaer gebrocht sijnde seker stuck schilderye representerende de uytvoennge van het laesten oordeel, geschildert op peneel, sijnde van hooghte binnenslijst vier voet een ende eenen halven duijm, ende breet dry voet ende twee en eenen halven duijrn, welck

groupe plus dense monte en forme de pyramide. Dans le bas, des morts quittent le tombeau et des damnés, vaguement indiqués, sont entraînés vers l’enfer. Le tout est inondé d’une lumière jaunâtre et vaporeuse, entrecoupée seulement par une ligne de nuages d’un gris bleuâtre.

L’esquisse est trop peu achevée pour donner une idée satisfaisante de l’ensemble ; telle qu’elle est, elle montre une composition incohérente avec de maigres lignes à gauche et un mélange chaotique au milieu, une lumière monotone et des chairs sans vigueur de coloris.

Quoique la composition soit peu digne de Rubens, l’exécution trahit sa main.

Cette esquisse représente la contre-partie du Petit Jugement dernier. Dans celui-ci, on voit les damnés ; les justes sont à peine indiqués ; dans Y Assomption des Justes, le contraire a lieu. Cependant les deux œuvres sont loin de former des pendants.

Comme nous l’avons fait pour le numéro précédent, nous sommes tenté de dater celui-ci de l’époque italienne de Rubens. Les mêmes raisons que nous avons fait valoir pour le premier plaident pour le second.

Nous ferons encore observer que, dans ces deux œuvres, Rubens a représenté des damnés ou des élus accrochés les uns aux autres et formant des lianes qui traversent la composition de leurs lignes droites. Vu la nature du sujet, la parfaite coïncidence des dimensions et les traits communs aux deux compositions que nous venons de signaler, nous croyons pouvoir admettre que les deux pièces ont été faites pour servir de pendants l’une à l’autre.

Rappelons aussi que deux des groupes principaux de Y Assomption des Justes se retrouvent dans le Jugement dernier gravé par Rosaspina.

Le 27 avril 1684, le sieur Gelande Habert soumit au jugement des doyens de la corporation de St. Luc d’Anvers, un petit tableau nommé les Ames bienheureuses (de Salighe sielen). Ils déclarèrent que la pièce avait été commencée par Rubens et terminée par Jean van Bockhorst (1).

voorschreve stuck door die Dekens gesien ende rijpelijck geexamineert sijnde, is het selve stuck gejugeert geworden zeer uijtvoerigh geschildert te sijn door Petrus Paulus Rubens. In teecken der waerheyt is het voornoemt stuck schilderye achter op het peneel in rooden lack met het cachet deser caemere geteeckent ende gecachetteert.

Aldus gedaen ende gejugeert door ons ondergeteeckende dato ut ante.

(1) Resolutieboeck van St. Lucas Gilde, 1659-1729, f° 36.

g5. LE PURGATOIRE.

Tournai. Cathédrale.

Toile. H. 35o, L. 258.

ans le haut du tableau siège la Trinité, auprès de laquelle la Vierge intercède pour les âmes. Plus bas, cinq personnages, dont trois femmes, sont tirées du Purgatoire par deux anges. A droite et à

gauche, il y a des figures plus petites.

Le tableau a énormément souffert. Il est probable que les chairs étaient belles, mais il reste à peine quelque trace de cette beauté. Ce que l’on voit encore des figures dans le bas du tableau est trop sale et trop raboteux pour produire quelqu’effet. La Trinité et la Vierge sont mieux conservées ; mais c’est une partie très faible de l’ouvrage.

Le tableau se trouvait primitivement sur « l’arrière-autel du chœur », comme s’exprime Mois, qui le croit de l’époque italienne.

Du côté opposé se trouvait le Triomphe des Machabées, actuellement au musée de Nantes.

Les deux tableaux ont été commandés à Rubens par l’évêque de Tournai Maximilien Vilain de Gand, évêque de i6i5 à 1644. Ce prélat les a légués, par testament, à la Cathédrale. Ils furent restaurés, en 1740, par le peintre Gilles des Fontennes et, en 1762, par Frédéric Du Mesnil (1).

Michel constate que ces deux nettoyages ont été désastreux et n’ont laissé subsister que l’ombre des tableaux (2).

Descamps affirme également qu’ils sont gâtés et repeints dans toutes leurs parties (3).

Le tableau du Purgatoire fut enlevé en 1794 par les commissaires de la République française et restitué en i8i5.

(1) Note communiquée par M. J. J. Vos, chanoine archiviste de l’évêché de Tournai.

(2) J. F. M. MICHEL: Histoire de P. P. Rubens. Bruxelles, 1771. P. 195.

(3) J. B. DESCAMPS: Voyage pittoresque. P. 24.

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