DÉFAITE DE SENN ACHERIB
Dans l’inventaire de 1686, la même pièce apparaît à la même place : « Un tableau de l’entrevue de Jacob et Ésaü, avec diverses figures d’hommes et d’animaux, de trois varas de large et cinq de haut, original de la main de Rubens. (1) «
L’œuvre ne se rencontre plus dans aucun des catalogues postérieurs.
D’après la description succincte de l’inventaire cité, la composition de ce tableau était semblable à celle du numéro suivant.
Pour éviter les redites, nous allons réunir ici ce que nous savons des acquisitions de tableaux de Rubens, faites à différentes époques par les rois d’Espagne et des travaux exécutés par le maître dans ce pays.
Pendant le séjour que l’artiste fit à Valladolid, en i6o3, il peignit l 'Heraclite et le Démocrite (nos 1601 et 1602 du musée de Madrid), pour être offerts au duc de Lerme, en remplacement de deux peintures envoyées par le duc de Mantoue et gâtées pendant le voyage. Il avait apporté, pour le ministre du roi d’Espagne, un portrait du duc de Mantoue (2) ; il fit son portrait et peignit pour lui le Christ et les douze Apôtres (nos 1567-1578). Toutes ces pièces, excepté les deux portraits, ont trouvé place au musée de Madrid.
Rubens ne commença à travailler pour Philippe IV que vers 1628, l’année où il se rendit pour la seconde fois en Espagne. Depuis ce moment, il ne cessa de pourvoir abondamment les collections du roi de ses œuvres ou de celles de ses disciples. Les comptes de la recette générale des finances aux Pays-Bas mentionnent différentes sommes que le roi paya à Rubens pour des tableaux envoyés en Espagne.
Sous l’année i63o, on y lit : « A Pierre-Paul Rubens, secrétaire du conseil privé du roy, 7,5oo livres, montant du prix des peintures qu’il a faites et fait faire, par ordre de S. A. S. et envoyées en Espagne, comme est plus amplement spécifié en certaine déclaration portant au pied ordonnance et quittance y servante. » Malheureusement la déclaration dont il est question ici n’a pas été retrouvée.
Au même paiement se rapportent les deux documents suivants. Le premier est un rapport adressé à l’infante Isabelle, le second est un apostille de la main de l’Archiduchesse.
« A rapporter à Son Altèze Sérénissime — Qu’ayant le fo.urier mayor de
(1) CRUZADA VlLLAAMlL : Rubens diplomatica espanol. Madrid, 1874. P. 307, 38o.
(2) ARMAND Baschet : Pierre-Paul Rubens. (Galette des Beaux-Arts, 18 66. I, 446.)
l’hostel et cour de Vostre Altèze Jean Montfort délibvré au comte de Couppigny le compte et relation cy-joincte des paintures que Pierre-Paul Rubbens, secrétaire du conseil privé, at faict et faict faire par ordre de Vostre Altèze pour le service de Sa Majesté, et envoyé en Espaigne durant l’année passée, portant à sept mille cinq cens florins ; et ayant icelle relation par ledict comte esté exhibée en finances, le conseil a trouvé convenir de la remectre ès mains royales de Vostre Altèze, afin qu’icelle soit servie de déclairer sur ce son bon plaisir et intention, mesmes si elle a appaisement desdictes paintures, et de l’estimation d’icelles faicte par personnes entendues en ceste matière, et en jugeans sans réflexion d’amitié et neutrallement.
« Ainsy advisé, à très humble correction de Vostre Altèze Sérénissime, à Bruxelles, au bureau des finances, le xxne de décembre 1629 ”•
L’apostille est de la teneur suivante :
« Le prix de ces peintures à été convenu avec Rubens, avant qu’il les fit ; elles sont déjà en Espagne, à la grande satisfaction du roi, qui a ordonné de les payer immédiatement. Et comme, à l’arrivée de don Carlos (Coloma) à Londres, Rubens devra revenir et qu’il a besoin d’argent pour quitter cette ville, il conviendra de le payer promptement « (1).
Le 22 septembre i63o, le roi écrivit à l’infante un billet pour faire payer Rubens de ces tableaux et des dépenses de sa mission diplomatique à Londres. La lettre débute ainsi : « Sérénissime Dame, Rubens apporta ici quelques peintures pour mon service. Le prix lui en est dû. »
Ces documents prouvent que Rubens en se rendant à Madrid, en 1628, envoya ou emporta quelques tableaux commandés par le roi. Quelles sont ces peintures ? La liste en a existé ; elle s’est probablement perdue. Pour tout renseignement nous possédons un texte de Pacheco et l’inventaire des palais royaux de i636.
Pacheco désigne comme ayant été apportés en Espagne par Rubens les huit tableaux suivants : Jacob et Ésaii, Mucius Scévola, Ulysse et Achille (musée de Madrid, n° 1 582), Samson déchirant la gueule du lion, David luttant contre un ours, Saturne (n° i5gg), Cérès (n° 1 585), Samson et les Philistins. A l’exception des trois pièces dont nous signalons la présence au musée de Madrid, tous
(1) Estas pynturas se concertaron con Rubens por este precyo antes que las ycyese, y estan ya en Espana con mucha satysfacion del rey ; y asy a mandado se le paguen luego. Y como abrâ de venyr en llegando don Carlos y a menester dynero para salyr de Londres, sera byen se le pague este luego.
ces tableaux ont disparu. Dans l’inventaire de i636, on rencontre Jacob et Ésaii, Mucius Scévola, Achille et Ulysse.
Lors de son séjour à Madrid, en 1628 et 1629, Rubens, au dire de Pacheco, peignit le portrait du roi, de la reine et des infants pour être envoyés dans les Pays-Bas ; cinq portraits du roi, dont un à cheval et le portrait de l’infante de las Descalzas, en plusieurs exemplaires ; il fit cinq ou six portraits de personnes particulières ; il copia, d’après le Titien, les deux Bains de Diane (i586), Europe (1614), Vénus et Adonis, Vénus et Cupidon, Adam et Eve (i6i3), et d’autres tableaux encore, qu’il envoya à Anvers et qui se trouvent mentionnés dans le catalogue de sa mortuaire. D’après le même maitre, il peignit encore les portraits du landgrave Philippe de Hesse, du duc d’Albe, du duc de Sajonia et du duc de Cobos, un doge vénitien et bien d’autres encore. Il peignit le portrait équestre de Philippe II (1607) et fit, en outre, pour don Diego Megia, une Immaculée conception et pour le frère du duc de Maqueda, don Jaime Cordona, un St. Jean l’Evangéliste. Il retoucha aussi et agrandit l’ Adoration des rois (i55g). Ce dernier tableau avait été offert par la ville d’Anvers, en 1612, à don Rodrigo Calderon. En 1621, après la mort de ce gentilhomme, le roi Philippe IV l’acheta. Enfin Rubens peignit encore deux chasses, l’une au sanglier, l’autre au cerf qui furent placées dans la même salle que les tableaux apportés par lui.
Entre i63o et i636, 25 tableaux, furent envoyés de Flandre par Rubens. Ils étaient destinés à la reine d’Espagne, Isabelle de Bourbon ; mais le roi les fit placer dans la grande salle précédant la chambre à coucher, où Sa Majesté avait l’habitude de souper.
L’inventaire de i636 cite : Diane chasseresse par Rubens, deux Offices par Snyders, Cérès et Pan par Rubens et Snyders (i5g3), deux toiles représentant les Cinq Sens par Rubens et Jean Breugel (1237 et 1238), deux Noces flamandes, une Maison flamande avec la cour de la reine Isabelle, le Marquis de Bruxelles, une Maison flamande avec l’Infante et l’Archiduc (1604, i6o5), une Ferme flamande, une Bataille navale près de la côte, deux Paysages avec des soldats, la Vie de l’homme, le Testament et Y Enterrement, le Siège d’une place forte de la Flandre, une Femme avec une faucille par Rubens et Snyders.
En i636, le Cardinal-Infant reçut de Philippe IV l’ordre de faire faire des tableaux pour la tour de la Parada, une maison de chasse, à trois lieues de Madrid. Le 20 novembre de cette année, Ferdinand écrit à son frère : « En ce qui concerne les tableaux que Votre Majesté m’ordonne de faire faire pour la tour, Rubens en a reçu la commande, et il m’annonce qu’il a déjà mis la
main à quelques-uns. A mon arrivée à Bruxelles, j’enverrai à Votre Majesté un rapport plus détaillé sur l’état d’avancement de ces travaux et, s’il plaît à Dieu, j’irai à Anvers, après Pâques, pour les voir et en presser l’exécution. »
A la fin de janvier 1637, il écrit de Bruxelles : « On travaille en toute célérité aux peintures anversoises, quoique la gelée ait occasionné ces jours-ci quelque retard. Je crains beaucoup que le travail ne traîne en longueur, parce que Rubens ne veut pas donner de réponse précise ; il promet seulement que lui et les autres peintres ne perdront pas une heure de temps. Je le presse autant que possible, et, quand la besogne sera plus avancée, j’irai voir moi-même. »
Le 21 janvier i638, le passe-port du roi de France est arrivé, les tableaux étaient prêts ; « mais, dit le Cardinal-Infant, on doit encore patienter un peu, jusqu’à ce qu’ils aient séchés convenablement, sinon on les gâterait en les roulant. Rubens demande encore une vingtaine de jours ; car, le soleil ne se montrant que par miracle, il faut un temps plus long que d’ordinaire. J’ai discuté avec lui autant que j’ai pu ; mais, comme il s’y entend mieux que moi, j’ai cédé. » ,
Avant le départ des tableaux, en 1637, Rubens reçut un acompte de 25oo livres sur la somme totale de 10,000 livres, prix de tout le travail. La mention de ce paiement s’est retrouvée aux archives de Bruxelles ; elle est libellée en ces termes : « A Messire Pierre-Paul Rubens, chevalier, secrétaire du conseil privé du roi, 2,5oo livres en tant moins de 10,000 pareilles livres que S. A. (le Cardinal-Infant), par son ordonnance du 9 décembre, a ordonné de lui fournir, à compte de ce que coûteront les peintures que Sadite Altesse lui a fait faire, par ordre exprès de S. M., pour ornement de certaine maison de plaisance d’icelle au Pardo. » Peu de temps après, les 7,5oo livres restants furent payées à l’artiste.
Le convoi partit le 11 mars i638 ; il passa par Paris, et arriva à Madrid à la fin du mois d’avril. Nous pouvons, avec une certitude suffisante, reconstituer la liste des œuvres de Rubens, qui en faisaient partie, en recherchant quels tableaux de sa main ornaient la Torre de la Parada. C’étaient: la Lutte des Lapithes et des Centaures (1579), YEnlèvement de Proserpine (i58o), le Banquet de Térée (1 58 1) , Orphée et Eurydice (i588), Mercure et Argus (i5g4), la Chasse de Diane, Jupiter et Junon. Ces deux derniers tableaux ont péri. Plus tard, on plaça dans le même bâtiment : Heraclite, Démocrite, Saturne, Ganymède et un Satyre, tous les cinq de Rubens.
Les huit tableaux, cités en premier lieu, ont environ les mêmes dimensions : 145 à ig5 centimètres de haut, sur 245 à 29 7 de large.