‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 90 sur 192 · PL · texte numérisé non relu

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Un grand nombre de travaux des élèves de Rubens étaient compris dans cet envoi. En consultant le catalogue du musée de Madrid, on y rencontre les tableaux suivants, qui ont orné la Torre de la Parada, et dont les sujets sont analogues et les dimensions semblables aux pièces mythologiques de Rubens que nous venons d’énumérer :

Jean Van Eyck : la Chute de Phaéton (ii5o) ; Jacques-Pierre Gouwi : Hippomène et Atalante (i 38*7), Défaite des Géants (i388), la Chute d’Icare (i388a) ; Érasme Quellin : la Mort d’Eurydice (1540), Jason (1541) ; élèves de Rubens inconnus : Cadmus et Minerve (1641), Apollon poursuivant Daphné (1642) ; Van Thulden : Orphée jouant de la lyre (1776) ; Corneille de Vos : le Triomphe de Bacchus (1792) ; auxquels il faut probablement ajouter Apollon et le serpent Python (1793) et Vénus sortant de la mer (1794) du même peintre, ainsi que l’ Enlèvement d’Europe (i538) et Bacchus et Ariane (1 53g) d’Érasme Quellin.

Il nous semble que les pièces de Rubens : Junon formant la voie lactée (1 58g), la Fortune (i5g5), Flore (i5g6), Vulcain (i5g7), Mercure (1 5g8), ont tant d’analogie avec ces tableaux qu’elles peuvent bien être regardées comme ayant fait partie du même envoi.

Toutes ces œuvres avaient été exécutées sous la direction de Rubens et celles qui portent son nom furent faites en collaboration avec ses élèves.

Au témoignage de l’ambassadeur de Toscane, le nombre de toutes les peintures arrivées se montait à 112 ; elles étaient destinées, en partie, à orner le château de Buen Retiro. Parmi ces pièces, le plus grand nombre n’émanaient ni de Rubens, ni de son école. Au prix de 10,000 livres, ou 60,000 florins, qui font environ 400,000 francs de notre monnaie, chaque tableau valait environ 3, 600 francs, ce qui, pour l’époque, était assez largement payé.

Le 3o juin i638, le Cardinal-Infant avait reçu une nouvelle liste de tableaux à commander à Rubens. Le n décembre de la même année, ils ne sont pas encore prêts ; mais le 27 février i63g, ils sont envoyés par la poste. Rubens, au dire de l’Infant, les avait faits de sa propre main pour gagner du temps (1).

Vers la même date, mais par une autre voie, partit le Jugement de Pâris (i5go), qui était compris dans une commande antérieure, mais n’avait pu être achevé à temps.

(1) Las memorias de las pinturas que V. M. manda se hagan nuevas he dado yo mismo à Rubens, quien las haze todas de su mano por ganar tiempo, y yo me he conformado con él por la mejoria.

Le 22 juin i63g, une lettre du roi parvint au prince Ferdinand et lui enjoignit de faire exécuter, par Rubens et Snyders, une série de tableaux, destinés pour la salle voûtée du palais, et représentant probablement des chasses ou d’autres sujets à animaux.

Ces peintures étaient au nombre de 18 et furent payées en 1640. Voici comment le fait est mentionné : « A François Rojas, garde des joyaux de S. A. R., 5,ooo livres à compte de 10,000 livres, qui doivent être employées par lui au paiement de dix-huit peintures qui, par ordre de S. M., se font en la ville d’Anvers par les peintres Rubens et Sneyders. »

La même année, un second acompte de 2,5oo livres, sur le prix de ces dix-huit tableaux, fut payé.

Le 22 juillet, les dessins de la main de Rubens sont déjà terminés. Les travaux furent partagés entre lui et Snyders, à l’exclusion des autres collaborateurs, ce dernier faisant les animaux, Rubens les figures et les paysages. Huit de ces peintures furent expédiées en 1640, huit autres le 4 janvier 1641 ; les deux dernières étaient arrivées à Madrid le 2 juin de la même année.

En dehors de ces 18 pièces, il y en avait quatre plus grandes, dont Rubens s’était chargé lui seul. Elles furent payées à ses héritiers en 1640.

« A don Francisco de Contreras y Rojas, garde-joyaux de S. A., 4,200 livres, pour de ce payer les héritiers de feu messire Pierre-Paul Rubens, pour quatre peintures que leur feu père avait entrepris de faire pour le service de S. M. «

Il se pourrait fort bien que ces ouvrages étaient destinés à compléter l’ornementation de la tour de la Parada. En effet, nous lisons dans de Piles (IV, 375) : « En Espagne, dans le palais de la tour de la Parada, à trois lieues de Madrid, l’on voit quantité de tableaux tirés des Métamorphoses d’Ovide, dont le roi avoit fait prendre les mesures à Rubens dans le tems qu’il étoit à la Cour, pour y travailler à sa commodité, et lorsqu’il serait arrivé dans sa maison ; et comme ces tableaux sont disposés de manière qu’il y a beaucoup de vuide entre deux, Sneïdre a peint dans les espaces des jeux d’animaux. »

Bellori parle, à peu près, dans les mêmes termes que de Piles des décorations de la Torre de la Parada (1).

Il serait impossible de spécifier, parmi les œuvres traitant des sujets

(1) Bellori : Op. rit. I, 238.

d’animaux et mentionnées par les inventaires ou conservées encore, quelles sont celles qui firent partie de la commande de 1639.

Nous connaissons mieux, par contre, les quatre grandes pièces. Rubens y travaillait avec ardeur aq mois de septembre i63g ; dans le courant de l’hiver, il ne s’accorde aucun répit et le Cardinal-Infant croit que le travail sera « fameux ». Le maître mourut, avant d’avoir pu y mettre la dernière main. L’un des quatre tableaux était à peu près terminé ; les autres étaient esquissés ou fort avancés.

Le Cardinal-Infant pria Van Dyck, qui, à la fin de 1640, se trouvait à Bruxelles, d’achever les quatre tableaux. L’éminent élève du maître qui venait d’expirer, refusa. Il consentit cependant à remplacer, par un tableau de sa main, l’une des quatre pièces dont Rubens n’avait fait que le dessin et il retourna en Angleterre avec l’intention de venir s’établir à demeure dans les Pays-Bas. Malheureusement, la mort vint le surprendre peu après son retour à Londres. L’achèvement des quatre toiles dut donc être confié à d’autres mains.

Les héritiers de Rubens payèrent 240 florins à Jacques Jordaens, pour terminer deux de ces tableaux: Hercule et Andromède; les deux autres étaient la Réconciliation des Romains et des Sabins et un second, Y Enlèvement des Sabines, dessiné seulement par le maître et formant probablement le pendant du premier. Les deux derniers furent terminés par des élèves inconnus. De ces quatre grandes pièces, la seconde seule, Persêe et Andromède (1584), a été conservée ; les trois autres ont disparu.

Après la mort de Rubens, le roi d’Espagne acheta, par l’intermédiaire de don Francisco de Rojas, avant la vente publique, au prix de 27,100 florins, 32 tableaux, qui figurent dans le catalogue de la collection, dressé par ordre des héritiers. Parmi ces œuvres, il s’en trouvait 18 de Rubens : le Sauveur

avec le globe terrestre dans la main, St. Pierre martyr, Calisto, Action, Vénus et

Adonis, Europe (1614), Vénus et Cupidon, Cupidons, Bacchanale, tous d’après le Titien, Nymphes et Satyres (i58y?), la Vierge et St. Georges (i56i), Soldats suisses, Danse de paysans, italiens (1612), Jésus-Christ à Emails (1564), St. Georges (1 565) , Chasse aux Cerfs, Trois nymphes avec la corne d’abondance (i5gi). Il faut ajouter à cette liste, comme nous l’avons dit, Adam et Eve , d’après le Titien.

Dans la mortuaire de Rubens, Miguel d’Olivarès acheta le portrait équestre

du prince Ferdinand (1608) et Leganès l’apporta au roi.

Le même Leganès avait fait cadeau à Philippe IV, avant i636, de Y Immaculée Conception, qui, dans l’inventaire de cette dernière année, est mentionnée comme ornant l’oratoire de Sa Majesté à l’Alcazar de Madrid.

Nous avons déjà dit comment le roi d’Espagne se fit envoyer les Triomphes de l’Eucharistie (i).

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