‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 93 sur 192 · LE SERPENT D’AIRAIN · texte numérisé non relu

LE SERPENT D’AIRAIN

Londres. National Gallery, 59.

Toile. H. 188, L. 267.

gauche, contre le cadre, se tient Eléazar, fils d’Aaron, montrant aux

Israélites mordus le serpent d’airain qui les guérira. Il porte une

robe rouge sur une tunique de toile blanche ; sa tête et ses épaules sont couvertes d’une draperie d’un ton chaud et clair. A côté de lui, Moïse est debout, le bâton noueux à la main droite, la gauche levée, haranguant le peuple ; les rayons lumineux lui jaillissent de la tête et l’entourent d’une vive lumière. Sur le devant, par terre, est couché un homme nu, se tordant douloureusement sous les étreintes et les morsures d’un énorme serpent ; un second, mort déjà, git à côté de lui. Auprès de ce dernier, une femme,

pleurant et appuyant la tête sur la main, s’est affaissée.

Derrière ces trois personnages est agenouillée une mère, tenant deux

enfants et implorant Moïse. Elle est richement vêtue de velours noir. Une jeune femme, nue jusqu’à la ceinture, dont les bras pliés au-dessus de la tête sont entourés et mordus par un serpent, est portée par sa vieille mère ; toutes deux implorent Moïse.

Plus à droite, une jeune mère éplorée lève son enfant pour lui faire voir le serpent d’airain ; un homme en cuirasse tord ses bras et cherche à se débarrasser de l’étreinte des serpents. Contre le cadre, à droite, on voit un vieillard, la souffrance peinte sur les traits, essayant de desserrer les anneaux d’un reptile. Une figure esquissée se voit encore au milieu des groupes de droite.

A l’arrière-plan, un groupe d’Israélites lutte contre les serpents. Le fond est couvert d’épais nuages d’où pleuvent les bêtes vénimeuses. Sur ce fond lugubre, les chairs, d’une coloration extrêmement chaude, se détachent vivement.

La peinture est croustillante, pétrie dans la pâte ; le travail de la brosse n’est guère sensible ; le peintre a visé à l’effet général et négligé le détail.

La composition est dramatique, mais quelque peu théâtrale ; les groupes particuliers sont composés avec beaucoup d’art. Cependant l’effet obtenu est médiocre, à cause de l’artifice trop apparent. La femme agenouillée vêtue de velours, forme le centré qu’entourent des figures couchées, agenouillées ou debout.

Le tableau est de la main de Rubens et date de son dernier temps, vers 1637.

Gravures : V. S. 33, S. a Bolswert (dédicace : Nobili ac generoso Domino Dno Francisco Goubau, toparchæ de Triest, Mespelaer, etc. D. C. Q. Ægidius Henrici) ; 33bis, A. Gobert ; 34, F. Ragot; 35, C. Galle; 36, M. Aubert; 37, Anon. ; 38, Anon. La première de ces gravures est en sens contraire, les six dernières dans le sens du tableau.

Celui-ci se trouvait dans le palais Marano, à Gênes, avant 1806 ; à cette date, il fut apporté en Angleterre par Mr A. Wilson. Il fut vendu dans la collection de ce dernier, en 1807, au prix de 1200 £ ; en 1810, dans celle de Champion, 1000 £. Il fut acheté par la National Galery, en 1837, de Mr T. B. Balkeley Owen, au prix de 3ooo £.

Il existe de cette composition plus d’une répétition ancienne. La « Description des tableaux de la galerie royale et du cabinet de Sans Souci » en mentionne une sous le n° 19 (Toile. H. 5 pieds 9 pouces, L. 7 pieds). Il en existe une autre de dimension moindre dans la collection de Madame Xavier de Prêt, à Anvers. Il en parut une dans la vente Jac. Meijers (n° 74) à Rotterdam, le 9 septembre 1722 (H. 5 pieds 1 pouce, L. 4 pieds 8 pouces), vendue 245 florins. Le musée de l’académie des Beaux-Arts, à Vienne, possède une petite copie sur toile : H. 52, L. 47.

Voir planche 3i.

1 1 2bis. LE SERPENT D’AIRAIN.

ne esquisse du même sujet fut vendue à Amsterdam, le i3 avril 1695, au prix de 70 florins. Suivant Smith (II, 769) l’esquisse originale fut vendue à la Haye, en 1749, au prix de 5oo florins.

Rubens doit avoir peint le même sujet, longtemps avant le tableau de la National Gallery. En effet, dans l’inventaire de la succession de François P'rancken I, fait le 17 février 1617, on trouve mentionné une « Morsure de serpents (Serpentbijtinge) d’après Rubens « (1). A moins qu’il ne s’agisse ici d’une répétition du tableau suivant, attribué à Rubens, mais appartenant, d’après nous, à Van Dyck.

(1) F. Jos. VAN DEN Branden : Geschiedenis der Antwerpsche schilderschool. Anvers, 1 883 , p. 35 1 .

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