‹ L'œuvre de P. P. Rubens; histoire et description de ses tableaux et dessinsChapitre 94 sur 192 · SA FEMME ET PAR LES DIABLES · texte numérisé non relu

SA FEMME ET PAR LES DIABLES

par LUC VORSTERMAN.

Pl. 3g

wm

Le serpent d’airain.

Madrid. Musée du Prado, i 558.

Toile. H. 2o5, L. 235.

C’est une toute autre composition que celle du numéro précédent.

A gauche du tableau se trouvent Moïse et Éléazar. Moïse tient de la

main un jeune arbre garni de petites branches, qui ne forment pas croix. Le serpent d’airain s’enlace autour du tronc. Sur la droite, se tient la

multitude qui implore la guérison : un homme entièrement enlacé dans les replis d’un serpent s’est jeté par terre, s’appuyant sur les genoux et les coudes ; un autre, également mordu, tend vivement les bras vers le simulacre d’airain ; derrière lui, un vieillard joint les mains ; d’un quatrième personnage on ne voit que la tête. Sur la droite se trouve un groupe de quatre personnes : la figure principale est une jeune femme mordue au pied et tout entortillée de serpents. Les trois autres s’occupent d’elle : un homme à draperies rouges, à barbe et à cheveux noirs, exprime son horreur en voyant ces cruelles morsures ; une femme dénoue les reptiles ; . un homme au torse nu soutient la souffrante. A l’extrême droite, sortant du cadre, on voit un bras qui se tord sous la morsure d’un serpent. Le fond est formé par un ciel gris bleu couvert

de nuages en partie opaques, en partie chaudement éclairés par le soleil.

Le tableau est d’un coloris sombre : Moïse et Éléazar portent des vêtements d’un vert gris presque noirs et couverts d’ombres épaisses ; ils ont le dos tourné vers les spectateurs et forment la partie obscure du tableau, servant de repoussoir à la partie opposée qui est plus claire. Mais encore dans celle-ci, le ton est plus foncé que le coloris ordinaire de Rubens. Les chairs sont, en général, brunes ou grises, excepté celles des deux femmes à l’extrême droite, qui ressortent vivement sur la tonalité générale du tableau, et même, de ces deux figures, celle qui délie les serpents ne fait nullement songer à Rubens. Tous ces contours sombres et fermes se détachent vivement sur le ciel clair ou ardent.

Non seulement la lumière et le coloris sont essentiellement différents de ceux de notre maître, mais toute la composition et chacune des figures présentent des qualités peu rubéniennes. Le groupement des personnages est fait avec une extrême simplicité ; ils ont, dans leurs traits affinés, dans leur pose théâtrale, dans leur chevelure ébouriffée ou crépue, des allures romanesques contraires aux habitudes de Rubens.

Tous ces caractères font penser bien plutôt à Antoine Van Dyck qu’à son maître et nous n’hésitons pas à attribuer à l’illustre élève le tableau, pourvu cependant d’une énorme, mais fausse signature de Rubens.

Un fait important vient à l’appui de cette attribution. Dans la collection de M. le marquis de Chennevières, il existe un dessin de Van Dyck, représentant un groupe d’Israélites devant le serpent d’airain. Les personnages sont autrement disposés ; mais les principaux d’entre eux, la femme malade, l’homme qui lui porte secours et celui qui lève le bras vers le serpent d’airain, présentent des concordances frappantes avec ceux du tableau et permettent d’affirmer que le dessin est un premier projet de la peinture. M. Jules Guiffrey, qui le publia, fut déjà frappé de cette analogie et y appela l’attention (i).

Nous croyons que l’œuvre de Van Dyck date de l’époque où il fréquentait l’atelier du maître. Par la manière, elle se rapproche, en effet, très sensiblement des tableaux de son premier temps, Y Arrestation du Christ et le Couronnement d’épines, tous deux au musée de Madrid.

ii3. SAMSON DÉCHIRE LA GUEULE DU LION.

Stockholm. Musée, 606.

Esquisse. Panneau. H. 35, L. 46.

e lion est couché à terre, les pattes de devant relevées. Samson met le pied sur le corps de l’animal, lui renverse la tête, et, ouvrant des deux mains les mâchoires de la bête, il lui déchire la gueule. Le fond est formé par un paysage rocheux.

Peinture de la main du maître.

Dans une collection anonyme, vendue, à Amsterdam, le 29 avril 1732, cette esquisse fut adjugée à 3oo florins.

Elle faisait partie de la collection de Gustave III.

Gravure, V. S. 3g. Il existe de cette composition une eau-forte de François Van den Wyngaerde, où les figures de Samson et du lion sont identiques, mais où le paysage diffère. La gravure est en hauteur, tandis que l’esquisse est en largeur.

Photographie : Johannes Jaeger.

(1) Jules Guiffrey: Antoine Van Dyck , sa vie et son œuvre. Paris, 1882. P. 37.

» Dans la vente de Thomas Lawrence, se trouvait un dessin de Rubens conforme à la gravure de Van den Wyngaerde.

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