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L'oeuvre de P.P. Rubens

[n publiant le dernier volume de cet ouvrage, nous sentons le besoin d'ajouter quelques mots à l'Introduction qui se trouve en tête du premier volume, paru en 1886.

Nous avons dû tenir compte des découvertes nouvelles, faites par nous ou par d'autres, et des reproductions en gravure ou en photographie, qui ont vu le jour durant les années qui se sont écoulées entre l'impression de la première et de la dernière feuille de notre livre. Voilà pourquoi l'Appendice qui termine le présent volume est devenu assez considérable.

Il ne nous a pas toujours été possible de conformer notre numérotage des tableaux à celui que donne la plus récente édition des Catalogues des Musées. Il y a telle collection, où, dans le cours des quinze années que nous avons employées à rédiger et à imprimer notre livre, les chiffres ont été changés trois fois. C'est là un abus qui jette nécessairement quelque perturbation dans un ouvrage comme le nôtre et qui présente un inconvénient sérieux pour toute histoire de l'art. Nous avons cherché à y obvier jusqu'à un certain point en nous servant dans la table topographique de L'Œuvre de Rubens, des numéros adoptés en dernier lieu dans les divers Musées.

Autant que possible, nous avons conservé la classification généralement admise des œuvres du maitre, telle, par exemple, qu'on la trouve dans le Catalogue des Estampes gravées d'après P. -P. Riibens, par Voorhelm Schneevoogt. Nous y avons introduit les changements réclamés par la saine logique, en classant sous une rubrique spéciale, intitulée: la Divinité, la Chute des Anges et la Vie future, un groupe de sujets rangés jadis dans le Nouveau Testament; en englobant les Sujets de la Vierge, l'Enfance de Jésus et les Saintes Familles dans le Nouveau Testament ; en fusionnant dans une seule division les Sujets de Saints et les Sujets de Saintes; en ôtant des Différentes Suites les Chasses et les Paysages, pour les transporter sous des rubriques spéciales ; en mettant chaque Suite à la tête de la subdivision à laquelle elle se rapporte par la nature de son sujet, au lieu de les amalgamer toutes dans une classe spéciale ; en introduisant enfin uniformément l'ordre alphabétique dans les sujets de la Fable et dans les Portraits. Ces innovations et quelques autres changements de détail aideront le lecteur à se retrouver dans la forêt touffue des productions rubéniennes.

Nous avons mentionné en général tous les tableaux qui, dans les collections publiques, portent le nom de Rubens ; nous n'avons pas toujours cité ceux qui sont désignés comme des copies. Nous ne nous sommes pas astreint à parler des tableaux, appartenant à des collections particulières, qui lui sont attribués sans raison sérieuse, ni des dessins qui, à tort, dans les Musées, portent son nom.

Nous remplissons, en terminant, un agréable devoir en adressant des remercîments à tous nos collègues, directeurs de Musées et conservateurs de Cabinets d'Estampes, qui, dans le cours de notre travail, n'ont cessé de nous fournir les renseignements demandés. Nous devons une mention toute spéciale aux administrateurs du Musée Teyler à Haarlem et à son directeur M. J.-H. Scholten, qui, avec la plus gracieuse libéralité, ont mis à notre disposition la riche collection d'estampes rubéniennes qui fait partie des trésors du Musée.

Nous avons utilisé les travaux de nos prédécesseurs, en particulier le Catalogue raisonné de J. Smith, et rappelons avec reconnaissance ce que nous leur devons, sans insister sur leur insuffisance. D'une utilité plus réelle nous ont été les Catalogues des Musées, publiés dans les dernières années, surtout ceux des galeries allemandes. Les descriptions officielles des collections publiques, consciencieusement rédigées par des hommes compétents, seront dans l'avenir, pour les historiens de l'art, les documents les plus précieux et les guides les plus sûrs.

Nous avons enfin à remercier l'Administration communale d'Anvers, qui, non seulement, nous a fait l'honneur de nous inviter à décrire l'Œuvre de Rubens, mais encore nous a accordé un subside pour couvrir une partie des

frais considérables occasionnés par les nombreux voyages que nous avons été obligés de faire au cours de notre travail.

Cette Administration, en décidant de créer une collection de gravures et de photographies d'après les œuvres de Rubens, et l'État belge, en consentant à intervenir pour moitié dans le crédit dont disposait la Commission chargée de recueillir ces reproductions, nous ont fourni un ensemble de documents tel que jamais historien de Rubens n'en a eu à sa disposition.

Puisse notre livre ne pas être indigne de pareilles faveurs et contribuer efficacement à faire mieux connaitre et à faire apprécier davantage l'artiste éminent auquel il est consacré !

Nous ne nous dissimulons pas que, forcément, notre ouvrage présentera des lacunes et que le sujet ne sera pas épuisé de sitôt, ou, pour parler plus exactement, ne le sera jamais. Nous ne le regrettons pas. zAussi longtemps qu'il existera un tableau de Rubens, il provoquera des recherches nouvelles et donnera à ses admirateurs le bonheur de l'étude et la joie de la découverte. Tant mieux pour l'humanité, si cette source de jouissances pures est inépuisable!

Personne d'ailleurs ne pourra se flatter de dresser la liste complète des œuvres du plus fertile des peintres de génie. Rubens seul aurait été en état de le faire. Et encore ! De son vivant déjà, on estimait que nul autre ne suffirait à cette tâche et on regrettait qu'il ne l'eût pas assumée. Son contemporain, Constantin Huj-gens, le grand poète et l'illustre homme d'état, écrivait dans ses Mémoires : - Quel livre considérable ne fournirait pas celui " qui chercherait à décrire tout ce que son seul pinceau a produit ! Certes, " je ne crois nul autre que Rubens capable de faire pareil travail, et bien n souvent j'ai souhaité qu'il l'exécutât et offrit au public le meilleur de ses n portraits, l'énumération de ses tableaux. S'il m'avait été donné de jouir de »» l'amitié du grand homme, ce que les calamités de notre temps ne permirent n point jusqu'ici, je n'aurais cessé de l'y engager (i). v II ne fut point donné à Constantin Huygens de voir se réaliser son vœu et la tâche qu'il croyait ne pouvoir être exécutée que par Rubens fut réser\-ée à d'autres. Mais, en

(i) Quanti voluminis argumentum sit, qiiœ penicillo solus edidit, stylo assequi! Certe nec hujus operae capacem ullum existimo praeter ipsum Rubenium, quem hanc tabularum suarum tabulam, optimam sui effigiem, orbi dedicare sœpius optavi ; nec, si amicitia viri, quam temporum calamitas hactenus invidit, uti potuissem monere desiissem (Constantii'n Huygens: Over de schilders van zijn tijd. Fragnnent des Mémoires de Constantin Huygens publié par J. A. Worp. Oud-Holland, IX, 119).

insistant sur la lourdeur du travail, il a réclamé l'indulgence de la postérité pour celui qui un jour l'entreprendrait.

Puissent mes juges m'accorder le bénéfice des circonstances atténuantes, plaidées, il y a deux siècles et demi, par le poète hollandais!

Anvers, le i juillet 1892.

Max ROOSES. .

DESSINS

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