‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 2)Chapitre 2 sur 298 · LES DESSINS DE RUBENS · texte numérisé non relu

LES DESSINS DE RUBENS

Au moment de son décès, Pierre-Paul Rubens possédait une ^ très grande quantité ^ de dessins faits par lui, sans compter nombre d'autres qu'il avait collectionnés. Par son testament du 27 mai 1640, il ordonna que les tableaux et œuvres d'art lui appartenant seraient vendus après sa mort, à l'exception des portraits de ses deux femmes et de ses propres portraits correspondant à ces derniers, lesquels devaient être partagés entre ses enfants; du portrait d'Hélène Foiirmevt à la pelisse, il disposa en faveur de l'épouse sundvante.

L'article, venant après celui qui contient ces stipulations, est de la teneur suivante : ' , .

^ Sont encore exceptés les dessins faits ou collectionnés par le testateur, au sujet desquels il ordonne qu'ils soient retenus et conservés au profit de quelqu'un de ses fils, qui voudrait s'appliquer à l'art de la peinture, ou à défaut d'un tel, au profit d'une de ses filles qui viendrait à épouser un peintre fameux, et cela jusqu'à ce que le plus jeune de ses enfants aurait atteint l'âge de dix-huit ans. Si en ce moment aucun de ses fils ne pratique cet art ou qu'aucune de ses filles n'a épousé un peintre fameux, lesdits dessins devront également être vendus et la somme qui en proviendra sera partagée comme le reste de ses biens (i). »

(i) P. GÉNARD: p. p. Rubens. P. 33.

La plus jeune des enfants de Rubens, sa fille posthume Constance-Albertine, naquit le 3 février 1641. C'était donc en lôSg que les dessins devaient être vendus.

Cependant le catalague des objets d'art, faisant partie du cabinet du maître et vendus le 17 mars 1642, mentionne parmi les varia non numérotés, à la fin de la liste : " Une très grande quantité des desseins des plus notables pièces, faictes par feu Mons. Rubbens. - Il faut comprendre par ces - desseins des plus notables pièces faictes par feu Mons. Rubbens - des dessins exécutés d'après ses tableaux par ses élèves ou par des graveurs. Ces dessins furent vendus par Jacques Moermans, en août 1641, en même temps que les estampes appartenant au maître. Dessins et estampes rapportèrent ensemble une somme de 4720 florins 4 sous (i).

Le 28 août 1645, les héritiers de Rubens convinrent que dans le cas où la condition posée par le testament ne sortirait pas ses effets, c'est-à-dire dans le cas où aucun des fils ou des filles ne remplirait les conditions requises pour se faire attribuer les dessins, la collection ou la somme qui proviendrait de la vente serait divisée en trois parts, l'une pour les fils du premier lit, l'autre pour Hélène Fourment, la troisième pour les enfants du second lit. Malheureusement, aucun document ne nous renseigne sur la manière dont ce partage s'effectua ni sur les pièces qui faisaient l'objet de cette convention.

Nous connaissons au moins un des acheteurs à la double vente des dessins de Rubens, c'est le célèbre banquier Evrard Jabach, originaire de Cologne, qui alla s'établir à Paris, où il vendit sa collection de dessins et de tableaux au roi de France en 1671. Les dessins au nombre de 5542 pièces formèrent le no3^au de la collection des dessins au Louvre (2). Jabach possédait un grand nombre de dessins, exécutés d'après les tableaux du maître, qui furent vendus en 1641 et quelques-uns de ceux qui furent aliénés en lôSg. Parmi les collections anciennes, riches en dessins de Rubens, nous pouvons citer celle de Crozat, vendue en 1741, et celle de Mariette, vendue en 1775. Dans bien d'autres catalogues de ventes du siècle dernier, celles de Gérard Hoet, Van Schorel et Wouters, les dessins de Rubens abondent, mais rien ne nous renseigne sur leur degré d'authenticité.

Le Louvre cjui est entré en possession de la collection Jabach est resté un des dépôts les plus abondamment fournis en dessins de Rubens; cependant,

(i) Bulletin des Archives d'Aiwers. II, 94 et 96.

(2) Frédéric REISET: Notice des dessins au musée du Louvre. Introduction.

il doit céder le pas à la collection Albertine de Vienne, où les dessins ne sont pas moins nombreux et sont en moyenne de qualité supérieure. Cette collection fut formée par le duc Albert de Saxe-Teschen, fils du roi Auguste III de Pologne et époux de l'archiduchesse Christine, lillc de l'empereur François I et de Marie-Thérèse. Le duc Albert résida longtemps à Bruxelles avec sa femme qui fut gouvernante général des Pays-Bas sous Marie-Thérèse et sous Joseph IL Ce fut fort probablement à cette époque qu'il mit la main sur un trésor de dessins, transmis par héritage dans une famille alliée au peintre.

Plusieurs pièces de l'Abertine portent le nom du personnage inscrit, à la pierre noire, au-dessus de son portrait dessiné. Cette inscription est faite par une même main, évidemment du temps de Rubens ou peu après sa mort. Il est à croire qu'un des directeurs de la vente, Jacques Moermans par exemple, nous a conservé de cette manière l'exacte désignation des personnages représentés. Cette particularité vient à l'appui de la supposition que nous venons d'énoncer et d'après laquelle les dessins rubéniens de l'Albertine seraient restés ensemble depuis la mort de Rubens jusqu'à leur acquisition par le duc Albert, sans jamais avoir passé par une vente publique.

Les dessins de Rubens se divisent naturellement en deux grands groupes: ceux qu'il exécuta pour les graveurs et les dessins d'étude.

Dans le premier groupe, nous trouvons d'abord les séries des apôtres, des bustes antiques et des camées dont le dessin lui est attribué avec ou sans fondement, les Livres à dessiner, les Palais de Gènes et les Thèses. Ensuite, les modèles des frontispices et des illustrations, commandés par les imprimeurs. Les dessins faits pour Balthasar Moretus, le chef de l'imprimerie plantinienne et l'ami particulier du peintre, forment la majeure partie de cette dernière catégorie. Nous avons eu la bonne chance d'exhumer des archives du musée plantinien de nombreux et précieux renseignements sur ces œuvres. Dans cette subdivision, les dessins ne sont pas faits d'après des tableaux du maitre.

Nous rangeons dans le même groupe les dessins faits par Rubens pour Christophe Jegher, l'unique graveur sur bois qui ait travaillé pour lui. Il n'}" a pas à douter que le maître n'ait dessiné expressément les modèles des admirables planches taillées par l'éminent xylographe. D'ordinaire, il s'inspirait pour les faire de l'un ou de l'autre de ses tableaux, dont il modifiait plus ou moins la composition.

Nous y joignons encore les dessins, faits d'après ses tableaux, par Rubens ou par ses élèves pour les graveurs contemporains et ceux qui ont

été exécutés par ces derniers, pour autant que ces diverses pièces aient acquis de la notoriété, soit par la photographie soit par leur inscription dans des catalogues de musées ou de célèbres ventes publiques.

Dans cette subdivision de notre cinquième volume, nous rangeons enfin les quelques dessins faits par Rubens pour les architectes et pour les sculpteurs.

La seconde classe des dessins de Rubens, qui forment la matière de la seconde partie du présent volume, comprend les dessins d'études. Nous les rangeons en deux catégories : ceux que le maître fit d'après des artistes de l'antiquité ou de la renaissance et ceux qu'il exécuta comme études pour ses propres tableaux. Dans cette dernière subdivision nous en trouvons un certain nombre que nous pouvons rattacher à des peintures déterminées, et d'autres, en plus grand nombre, dont nous ignorons si Rubens les a utilisés.

Il est à peine nécessaire de faire remarquer que des dessins d'étude de Rubens, dépourvus d'authencité, abondent aussi bien dans les collections publiques et privées que dans le commerce. Nous les signalons lorsqu'il ont été publiés par la photographie et appartiennent à des collections publiques.

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