LES CAMÉES
La série gravée des Camées se compose d'un frontispice et de huit planches.
Le frontispice représente le Gouvernement du Monde. Une femme, coiffée d'une couronne murale et assise dans l'attitude de la méditation, porte l'index de la main gauche sur le front incliné; le bras repose sur un globe terrestre, posé sur un petit piédestal. La main droite tient un gouvernail ; autour du bras un serpent est enroulé. A gauche de la composition, une double tète de Janus sur une stèle. L'inscription suivante se lit au bas de la planche : Varie
figiicri de Agnli Antique dcsiiiiali de Pedro l'uiilo Uiihbeiiie. Grave pur Lueas Vostermans e Paillas Pou tins.
Il est évident (|uc cette inscription barbare n'a pas passé sous les yeux (le Rubens ; la figure du Gouvernement est d'ailleurs assez singulièrement choisie pour servir de frontispice à la série des Camées ; IvLibcns s'entendait mieux à résumer sur le titre le contenu d'un livre. Il est assez probable cependant cjue la gravure a été faite d'après une composition de Rubens que le maitre n'avait pas destinée à cet usage. Nous avons décrit, sous le n" 823, une figure allégorique du Bon Goiivenieiiient, rappelant celle du frontispice des Camées. Nous ajoutons cjue sur le tableau le Cabinet de l'archiduc Léopold-Giullanme, peint par David Teniers (musée de Schleissheim, n° 8ii), nous trouvons une composition absolument semblable à celle du présent frontispice.
I220. Gemma Tiberiana.
Le Camée de la Sainte Chapelle de Paris, actuellement au cabinet des médailles de la bibliothèque nationale de Paris. Dans le haut, Auguste est reçu parmi les Dieux; il est monté sur Pégase et présenté à Jules César par Cupidon. Dans la partie du milieu, un homme contemple cette apothéose et Tibère se dévoue, lui et sa famille, au culte d'Auguste. Dans la partie inférieure, les nations vaincues (i).
Le catalogue de la vente Van Schorel (Anvers, 1774) mentionne un dessin (n° 3) à la plume, représentant un bas-relief antique composé de 25 figures. C'est fort probablement le camée de la Sainte Chapelle.
1221. Gemma August.ea.
Le Camée de Vienne. Dans la partie supérieure, Auguste sous la figure de Jupiter, entouré par des personnages de sa famille, est couronné par Cybèle. A sa gauche, Livie sous la figure de la déesse Roma, Germanicus et Tibère descendant d'un char de triomphe conduit par la Victoire. Derrière Auguste, Neptune, Cybèle, Agrippine, femme de Germanicus, avec les emblèmes de la fécondité. Dans la partie inférieure, des prisonniers de guerre, représentant les nations vaincues par Auguste et des soldats romains qui lui dressent un trophée (2).
(i) Voir : Achates Tiberianus sive Gemma Csesarea Auctore Jacobo Le Roy. Amsterdam, i583 — Albert! Rubenii Dissertatio de Gemma Tiberiana et Augustœa, dans: Alberti Rubenii de Re V^estiaria veterum libri duo. Antverpias. Plantin, i665. p. 187.
(2) Ibid. et F. DE MÉL\': Le grand Camée de Menue dans la Ga:^ette Arcliéologique. Paris., 1886, p. 244.
1222. Le Triomphe de Germanicus et d'Agrippine.
Germanicus tient d'une main la foudre et pose l'autre sur l'épaule de sa femme; dans le haut, un génie lui présente une couronne. Un empereur couronné de lauriers et un enfant portant casque et cuirasse se tiennent avec eux dans le char. Celui-ci est tiré par deux centaures galoppant ; l'un porte un bouclier et un trophée d'armes, l'autre a la main sur la hanche. Sous leurs pieds, deux guerriers vaincus. Planche inachevée.
1223. Le Triomphe d'un Empereur.
Le général victorieux s'avance sur un char attelé de quatre chevaux, vus de face. Le soleil et la lune lui tendent des globes. Sur les côtés, un génie porte une enseigne; un autre, un trophée. Sur le sol, des vaincus foulés aux pieds des chevaux. C'est le Camée n° 255 du cabinet des médailles de Paris, désigné sous le titre de Triomphe de Licinius.
1224. Trois têtes de profil disposées en triangle.
L'une, qui est dans un ovale, représente Agrippine entre deux cornes d'abondance, d'où sortent les têtes des deux enfants de cette princesse. Des deux autres portraits, l'un est coiffé d'un casque ceint d'une couronne de laurier ; l'autre porte un diadème et une corne qui contourne l'oreille.
1225. Six têtes gravées sur une même planche.
La plus grande de ces tètes, qui occupe le milieu de la seconde rangée, représente Tibère avec une couronne de feuilles de chêne autour de la tète et l'égide devant la poitrine. Des cinq autres, deux sont des têtes de jeunes romains; la troisième est celle de Solon ; la quatrième, celle d'une femme ayant pour coiffure un muffle d'éléphant ; la cinquième est une Pallas.
11 y a des épreuves de cette planche, où la femme coiffée d'un muffle d'éléphant manque. Les deux jeunes Romains figurent sur la planche suivante sous les noms de Germanicus et Caius Csesar, petit fils d'Auguste. Solon se retrouve également sur cette planche.
1226. Quatre têtes de profil.
Sur une même planche sont gravées, en deux rangées, quatre têtes, vues de profil; les deux têtes de la rangée supérieure portent les noms de Germanicus Csesar et de C. Csesar Augusti nepos, et sont les mêmes que celles des
deux jeunes Romains figurant dans la planche jH'écédente ; le Solon de la planche précédente et une tète portant le nom de Socrate occupent la rangée inférieure.
1227. Quatre têtes de profil.
Quatre têtes, vues de profil, portant les noms de Plato, Nicias, Pallas, Alex. Magnus, sont gravées sur deux rangées.
1228. Camée antique.
Dans la vente Van Schorel (Anvers, 1774) se trouvait un dessin (n" g), fait d'après un onyx antique ; il est accompagné de quelques notes manuscrites qui sont de la main de Rubens. Ce dessin a été gravé en fac-similé, à notre époque, par un anonyme. Le Camée représente des soldats Macédoniens qui livrent assaut à une ville défendue par des hommes à demi nus. Au-dessus du dessin, on lit: Corpus seii hua Gemmœ superjicies eximie nigricat — Urbs tota et onydies subceruleo colore — Inde surit colore sardoniches id est flavo nigricante. Sur le côté gauche : Macedones et onyche cerulei nisi qiiod partes inagis eminentes sardoniclie tinctœ sunt. Dans le bas, un bras, tenant un bois de lance, et un contour du camée, fendu par le milieu, avec les vnois'.fracta. — inagnitudo Gemniae. Le dessin était probablement destiné à être gravé dans la série des Camées.
Rubens apprit à connaître le Camée de la Sainte Chapelle par son ami Peiresc. Celui-ci, le premier, donna en i523, une explication plausible de la précieuse pierre gravée, qui jusqu'alors était censée représenter le Triomphe de Joseph en Egypte. Avant la fin de la même année, Peiresc connut aussi la Gemma Augustœa, le Camée de Vienne. Il songea immédiatement à faire graver ces pierres précieuses à Rome ou à Anvers (i). Il parla de sa découverte à Rubens pendant l'une des visites de ce dernier à Paris, en i623 ou 1624 ; le peintre copia le Camée de la Sainte Chapelle et l'envoya, au commencement de juin 1626, à Peiresc (Voir notre n° 811). A cette époque, ce Camée et les autres pièces furent gravées à Anvers. .Le 3 juillet i625, Rubens écrivit à de Valavès, frère de Peiresc: '^ Selon vos désirs et conformément à la promesse que m'a faite M. Aléandre de ne montrer ces estampes à personne, je les remets en vos mains, sans retouches, comme vous le verrez. Outre les deux très grands Camées, je crois que vous considérerez la beauté et la valeur de
(i) Correspondance de Peiresc avec Aléandre publiée par M. Faurès de St. Vincens. Paris, 1819, p. 72 (Cité par H. HVMANS : Histoire de la gravure de Fécole de Rubens, p. 204).
celui qui représente le quadrige triomphal; i! sort de l'ordinaire pour la figure et il est rempli de beaux détails (i). ^
A cette date, Rubens songeait à faire paraître un ouvrage sur les antiquités, à la publication duquel Peiresc, Nicolas Rockox et le chevalier Cassien del Pozzo se seraient intéressés. Il est fort probable que les planches que nous décrivons furent faites pour le livre en question. Il est à remarquer cependant que les deux planches, signées par Vorsterman, diffèrent complètement des autres et que l'une d'elles représente trois Camées qui se retrouvent sur une autre gravure. Ces deux planches ne sauraient donc être considérées comme devant faire partie de la série ou de la publication à laquelle appartiennent les six autres. Il est évident, en outre, que toutes les planches gravées font partie d'un travail interrompu. D'abord, leur nombre est trop restreint pour former une publication; ensuite, la planche le TriompJie de Gerinanicus et d'Agrippine est restée inachevée. Il en est de même pour la planche aux six têtes; même quand on la trouve avec ce nombre au complet, on s'aperçoit immédiatement qu'il y manque dans le bas une rangée entière. On peut conclure de ceci cjuc Rubens a entrepris à deux reprises différentes de faire gi'aver des Camées, dont il possédait les originaux, les empreintes ou les dessins et que, deux fois, il a dû abandonner son projet.
Gravures : V. S. Suites 23, Lucas Vorsterman et Paul Pontius. Ce sont là les deux artistes que le frontispice mentionne comme graveurs de la série. Cela ne suffit pas pour nous les faire admettre comme tels. Les six premières planches décrites par nous furent gravées entre 1023 et i625; à cette époque Vorsterman avait très probablement quitté Anvers pour aller en Angleterre. D'ailleurs, la facture ne rappelle nullement sa manière, mais bien plutôt celle de Nicolas Ryckemans, qui vers la même époque grava pour Rubens la série des Apôtres (n^^ 68 à 8o) et celle des Palais de Gênes. C'est donc à lui cjue nous attribuons les six premières planches des Camées. Les deux dernières planches sont de Lucas Vorsterman dont ils portent le monogramme ; la dernière porte en outre l'inscription: P. P. Rubens in.
Les deux premières planches, ainsi cjue la tète de Tibère de la sixième planche, ont été imprimées dans Alberii Rubenii Dissertatio de Re Vestiara et dans V Acliates Tiberianus de Jacques Le Roy.
Le Camée de la Sainte Chapelle fut encore gravé d'après Rubens par E. André Soha, Leipzig, 1684.
(1) Charles RuelenS: Pierre-Paul Rubens. Documents et Lettres. P. 62.
Il se poLirniiL (iu'unc; iihmchc inachevée, mcntiDiiiicc jiar \'ooilicIm
Schneevoogt (\^ S. 24, Anonyme), sur laquelle sont gravés 24 ronds, dont
huit sont vides et les 16 autres occupés par des médailles de Jules César, fût destinée également au livre des Camées.
Suite de quatre bas-reliefs.
Le premier bas-relief représente un jeune Triton, appuyé sur un Dauphin qui nage dans la mer. Sur ses genoux est couchée Vénus, toute nue, qu'il tient dans les bras; Cupidon se trouve à côté d'elle; un second amour est porté par un dauphin folâtre, à côté du couple amoureux.
Le second représente un vieux Triton, couché sur la plage et tenant une Nymphe entre les bras. D'un côté, un amour alarmé accourt vers le couple; de l'autre, un second amour retient un dauphin sur le bord de l'eau.
Le troisième montre une Syrène, assise sur un cheval marin et prenant dans les bras un amour qui la caresse. Dans les replis de la queue du cheval marin, un amour souffle dans une conque; deux autres amours, dont l'un souffle dans une conque, devancent le cheval marin.
Le quatrième, un Faune assis au pied d'un rocher, accompagné de quatre enfants et tenant un bouc attaché par une bride. Un des enfants essaie de monter sur l'animal.
Les pièces sont signées: - P. P. Rubens invenit, Theod. van Kessel fecit. r. Basan dit et Voorhelm Schneevoogt répète en parlant de ces bas-reliefs: ^ le premier et le troisième sujet ont aussi été gravés de la même grandeur par un anon3'me qui y a mis fort mal à propos: Van Opstal inv.^ Nous sommes d'avis que le graveur anonyme était dans le vrai en attribuant ces compositions à Gérard Van Opstal. Celui-ci doit les avoir dessinées pour les sculpter en ivoire, ou bien les gravures ont été faites d'après des ivoires exécutés par lui.
Le South-Kensington Muséum possède cinq imitations de bas-reliefs en ivoire par Gérard Van Opstal, qui ont une analogie frappante avec les quatre que nous venons de décrire. On ne saurait méconnaître la grande influence, exercée par Rubens sur le sculpteur anversois, et la grande analogie des quatre bas-reliefs avec les travaux du peintre ; mais nous ne reconnaissons pas le souffle rubénien dans les cornpositions gravées par Théodore Van Kessel.
Gravures : V. S. Suites, 22, Théod. Van Kessel.
Suite de six emblèmes.
Basan et Voorhelm Schneevoogt citent encore une suite de six emblèmes, gravés d'après Rubens par un anonyme, et les décrivent en ces termes :
1. Deux enfants, dont l'un passe le bras sur l'épaule de l'autre; le premier a sur le nez des lunettes, et en tient une autre paire dans la main, à travers lesquelles il regarde une mouche.
2. Deux enfants, dont l'un tient un flambeau; l'autre, ayant un soufflet à la main, est devant une cheminée, où est un tas de cœurs qui brûlent.
3. Deux enfants qui conduisent des bœufs attelés à une charrue. Il y a quatre figures dans le lointain et trois maisons, sur l'une desquelles se voient des pigeons.
4. Deux enfants assis, l'un sur un carquois et tenant un parasol, l'autre ayant un éventail à la main.
5. Minerve, armée d'un bouclier et d'une pique, et accompagnée de deux enfants, dont l'un tient une marotte et l'autre un arc. Un hibou voltige autour de la Déesse.
6. Deux enfants, tenant chacun par une anse un pot, dans lequel l'un d'eux verse de l'eau. Sur le devant est un arc avec un carquois.
Ces six emblèmes sont d'une grande rareté. Basan ne les avait vus que dans le cabinet de M. Mariette. Nous ignorons sur quelle raison il se fonde pour en attribuer la composition à Rubens.
Gravure: V. S. Suites, 71, Anonyme.