LA RÉSURRECTION DU CHRIST
Marseille. Musée, 401.
Toile. H. 65, L. 100.
|e Christ s'élance du tombeau, ayant autour du corps une draperie blanche qui flotte, et, dans la main gauche, une bannière rose ; à gauche, des guerriers, dont un est vêtu de bleu, sont épouvantés de cette apparition ; à droite, un homme met une main sur les yeux, comme pour se garantir d'une vive lumière ; derrière le Christ, dans un poudroiement lumineux, s'agitent deux petits anges.
Il est à remarquer que l'église, dont le maitre-autel était orné de ces divers tableaux, est dédiée à St. Jean Baptiste et à St. Jean l'Évangéliste ; ce qui explique pourquoi Rubens reproduisit sur les volets un épisode de la vie et le supplice de ces deux saints. Pour les autres sujets, le peintre n'a eu à consulter, probablement, que sa préférence personnelle.
L'administration paroissiale de St. Jean fit la commande des peintures
du maître-autel, le 27 décembre 1616 (i). Elle demanda un grand tableau avec vantaux et trois petits panneaux pour être placés sous les premiers. Le bois du panneau central et ses volets fut fourni et assemblé par un menuisier de Malines. La fabrique de l'église paya i5 florins à Jean Baptiste de Vos, pour y faire mettre l'imprimure (2). Quand les volets et les petites pièces furent terminés, le sonneur de l'église fut envoyé à Anvers pour surveiller le transport à Malines (3). Le panneau central arriva dans cette dernière ville, le 27 mars i5ig (4). En i523, un élève de Rubens vint à Malines, pour nettoyer et vernir les tableaux (5). Il avait été convenu entre Rubens et l'administration de l'église, que l'œuvre lui serait payée 1800 florins. La somme ne devait pas être soldée en une fois, mais par acomptes annuels de 3oo florins. Le 14 septembre 161 7, le premier paiement eut lieu; le 12 novembre i5i8, le 23 décembre 1619 et le 11 janvier 1621, les trois suivants furent effectués ; en 1622, une somme de i5o florins fut comptée ; le
(i) Item den 27 decemb. 1616 is aen Seign'' Petro Paulo Rubbens, schilder woenende t'Antwerpen by den heere Pastoor ende kerckmeesters besteet het schilderen van den hooghe autaer mette dueren voor achtien hondert guld. cens, aile jaere te betale drije honderd guld. eens, betaelt de twee ierste paijen bij quittantien van den XII II sept. 1617 en XII nov. 16 18 met ses st. aen bode. Hier guld. 600-6.
(2) Item den voors. heere Pastor heeft betaelt de timmerlieden van het paneel mette dueren tschepe te doen naer Antwerpen de scheepvrachte en van uuyten schepe te doen en doen draghen ten huijse van d. voors. Rubens synde tsamen gesloten in een houte casse. Memorie.
It. Jan Baptist de Vos, sone van her Nicolaes. heeft 'tvoors. paneel en dueren t'Antwerpen doen plemueren, bet. guld. i5.
Item aen den voorn. .Tan Baptist de Vos betaelt seven en twintich guldens ses stuyvers by hem t'Antwerpen v.leet van de dueren van desen autaer te doen stofferen buijten en binnen en de cleyne panneelkens onder mede te schepe te bringen.
(3) It. als de voors. dueren en panneelkens by Rubens voldaen waeren gesonden François den luyer naer Antwerpen om die te haelen en gade slaen hem gegeven XIIII st. voor de scheepvragt van Antwerpen tôt hier vier guld. thien stuijvers van uuyten schepe te doen en in de kercke te bringhen XXXIII st. en van eene attestatiebrief van Cornelis Van Triest om vrije te laten passeren vyf stuyvers. Hier t' zamen guld. 7 — 2 st.
(4) Item den 27 meert 1619 is van Antwerpen gebrogt het binnenste panneel van onsen lieve Vrouwen aultaer geschildert. Van vrachte betaelt twee guld. Van uuyt tscheep te lossen en in de kerke te brengen sestien stuyvers.
(5) Rekening van 1623 tôt 1624. It. bet. aen den knecht van Si" P° Paulo Ribbens voert wasse en overstrijcken het stuck van drye Coninghe op de hooghe choor autaer by laste van den heer Pastor, geg. guld. 10.
12 mars 1624, le solde final, de i5o florins, fut remis au peintre (i). A cette dernière date, Rubens signa la quittance, dont l'original existe encore dans les archives de l'église St. Jean et qui est de la teneur suivante : (2)
Le soussigné déclare avoir reçu, en diverses fois, des mains de Monsieur le Curé de l'église St. Jean, à Malines, la somme de dix-huit cents florins, pour l'entier paiement d'un retable avec volets placé sur le maitre autel de la dite église, fait de ma main. Et, en témoignage de la vérité, j'ai écrit et signé cette quittance de ma main. Anvers, le 12 mars 1624.
PiETRo Pauolo Rubens.
L'autel, pour lequel Rubens peignit ces tableaux, fut remplacé, en 1769, par celui qui les encadre à présent. Certaines fenêtres furent alors murées, ce qui changea les conditions d'éclairage, au grand détriment des peintures.
Celles-ci ont évidemment souffert par les lavages, qui ont enlevé une partie des glacis, surtout dans le panneau principal.
Le 26 août 1796, les tableaux furent expédiés à Paris d'où ils revinrent à la fin de l'année i8i5. Ils reprirent leur place primitive, le 18 juin i8i5.
Les tableaux qui, selon Neeffs, avaient souffert à Paris des retouches malheureuses subirent une seconde restauration par Pierre J. Van Regemorter d'Anvers, lorsqu'ils étaient déposés dans l'ancienne commanderie de Pitzenbourg en attendant leur placement définitif.
La manière dont il s'acquitta de cette besogne provoqua une plainte de
(i) Rekening van 1620 tôt 1622. It. betaelt S"" Pietro Pauolo Rubens schilder t'Antwerpen, drye hondert gui. voor de derde paije van door syn hant beschildert te hebben het tafereel staende op den hooghe aultaer en den choor alhier by quitan. van 23 december 1619 en gelycke drij hondert guld. voor de vierde paye by quitan. van 11 januari 1621. Hier samen ses hond. guld.
Rekening van 1622 tôt 1623. Betaelt S"' Petro Paulo Rubens voer een halve paije op cortinge van de schildery op dhooge autaer in de choor bet. guld. i5o.
Rekening van 1623 tôt 1624. Item bet. p. heer pastoor gaende naer Antwerpen aen Petro Paulo Rubens over een reste van de leste paije van 't stuck de drije konighe op d"hooge autaer betaelt in voile quitancie, guld. i5o.
(2) Ick onderschreven bekenne in diversche payen ontfanghen te hebben, wt handen van
Mynheer den Pastoor van S' Jans kercke tôt Mechelen, de somme van achtien hondert guldens
cens tôt volcomen betaelinghe van een autaertafel met deuren op de voorseyde kerckens
hooghen autaer staende met myn handt ghemaeckt ende toirconde der waerheyt hebbe ick
dese quittance met myn eijghen handt gheschreven ende onderteeckent. Tôt Antwerpen desen
12 Martii 1624.
Pietro Pauolo Rubens.
L. J. Nieuwenhuys. Dans une lettre publiée par le Journal de la Belgique du i8 mai i8i5, le célèbre marchand de tableaux prétendait que VAdoration des Mages avait perdu tout son éclat par l'ignorance et la maladresse de ceux qui furent chargés de la nettoyer. A la suite de cette accusation, le gouverneur de la province d'Anvers institua une commission qui certifia que le procédé employé pour le nettoiement n'avait nullement causé les dégradations dont parlait Nieuwenhuys, mais que les dommages " provenaient d'un ancien mal. r,
Les trois prédelles furent enlevées par les commissaires de la république française, en 1794. Suivant Neeffs, le Christ en croix fut présenté en vente dans la première moitié de ce siècle, acheté par un amateur et restitué à l'église. M. le chanoine de Coster nous écrit que cette version est erronée et qu'il sait de source certaine ce qui suit :
^ En 1794, lors de l'enlèvement des tableaux, un des assistants qui avait une bonne copie du Christ de Rubens, peint par Herreyns, conçut l'idée de faire une substitution et il réussit à enlever le tableau de Rubens qu'il remplaça par sa copie. La crainte lui fit garder le secret le plus absolu ; mais, à son lit de mort, il fit connaître les circonstances de la substitution et fit remettre par son confesseur le véritable tableau de Rubens à l'église de St. Jean où il se trouve encore, b
Les deux petits panneaux latéraux, représentant V Adoration des Bergers et la Résurrection de Jésus-Christ, ont été donnés par le gouvernement français au musée de Marseille, en 1804, et sont actuellement remplacés sur l'autel par deux jolies peintures de Luc Franchoys le jeune: St. Roch soigné par un ange et la Visite de St. Antoine 'à St. Paul riiermite, dans le désert, (i)
Gravures: VAdoration des Mages. V. S. 84, Luc. Vorsterman, 1620 (Dédicace: Serenissimo et potentissimo Alberto Austr. archid. Burg. et Belgarum clementissimo D"° Artis et Devotionis suœ spécimen, Petrus Paulus Rubens, ex/fido cultu humiliter dedicat consecratque), gravure en sens inverse du tableau ; 85, Peter Nolpe ; 86, Giraud (feuille cintrée) ; 87, Anon. ; 88, A. Voet, reproduction partielle, dans le sens de l'original ; 8g, Anon. Non décrit : Anonyme, dans le Missel imprimé à Anvers, en 1627, par l'association des livres liturgiques ; Bierweiler.
(1) Historische levensbeschrijving van P. P. Rubens (publié par VICTOR Van GrimbERGHEN). Antwerpen, 1840. P. 433. — Emm. NEEFFS : L'œuvre de P. P. Rubens à Matines. P. 22 (Bulletin de l'Académie royale de Belgique. T. XLII, n» 7, 1876). — Archives de l'Église St. Jean à Malines. — Renseignements fournis par M. le ciianoine de Coster.
La gravure de Vorsterman date de 1620. Elle est conforme au tableau, sauf des variantes minimes. Dans la gravure, les cheveux du mage agenouillé sont plus bouclés, la chevelure et les traits du visage plus caractérisés. Une différence . plus importante entre la peinture et l'estampe, c'est que la dernière est beaucoup plus en hauteur que la première. La voûte de l'étable, très visible dans la gravure, ne l'est guère dans le tableau et, entre cette voûte et la tête des personnages les plus haut placés, la distance a été agrandie dans la reproduction.
Les autres estampes sont copiées d'après celle de Vorsterman.
Le dessin de Vorsterman, retouché par Rubens, se trouve au Louvre (Dessins exposés, 5y8).
St. Jean rÈvangéliste jeté dans l'iiinle bouillante. V. S. (Saints) g5, P. Spruyt.
La Décollation de St. Jean-Baptiste. V. S. (Saints) g5, P. Spruyt.
5^. Jean rÈvangéliste à Pathmos. V. S. (Saints) g3, P. Spruyt.
Le Baptême du Christ. V. S. (Nouveau Testament) i35, Adr. Lommelin; i36, Guill. Paneels (i63o), composition légèrement modifiée; lij, J. L. Krafift, lyôS.
L'Adoration des Bergers. V. S. 28, L. Vorsterman sculp. et excud., 1620. (Dédicace : Petro Venio JO° C\.™° Hagiensis opidi syndico, elegantiarum omnium erudito amicissimoq. Petrus Paulus Rubens benevolentis animi tesseram hanc ex animo lubens merito dédit dedicavitque) ; 2g, C. Galle ; 3o, Anon. (J. C. Visscher exe.) A droite, dans le haut, on voit l'apparition de l'ange à Jacob endormi. Cette scène est empruntée à une composition de Bloemaert (i). 3i, Langot ; 32, Anon. (Clément de Jonghe exe), avec quelques changements; 33, Anon., la même composition, moins les deux figures à gauche dans la gravure de Vorsterman.
La Résurrection du Christ, V. S. 407, P. Spruyt.