LE REPOS EN EGYPTE
(Sainte Fainillc avec des Anges et des Saints.)
Madrid. Musée, i56i.
Toile. H. 87, L. i25.
pu milieu de la toile est assise la Vierge, avec l'enfant endormi sur les genoux. Le petit Jésus a la tête appuyée contre la joue et les mains croisées sur l'épaule droite de sa mère. Au-dessus de la Vierge, dans un buisson de roses, se jouent deux anges ; derrière les rosiers s'ouvre la voûte d'un berceau. A côte de la Vierge, deux femmes regardent l'enfant avec curiosité ; l'une porte une robe jaune, l'autre est vêtue d'une robe ' noire. A l'extrême gauche se trouve un St. Georges, tenant un drapeau rouge de la main gauche, appuyant la droite sur la hanche et le pied sur la tête du dragon' vaincu. A droite de la Vierge, deux anges jouent avec un. agneau, tandis qu'un troisième leur fait signe de ne pas troubler le sommeil de l'enfant Jésus. Plus haut, on aperçoit un paysage et une colline boisée. Contre un des arbres. St. Joseph est endormi ; l'âne broute à droite.
C'est un petit tableau fait avec une grâce exquise et d'un coloris fort riche. La Vierge, avec sa belle et douce figure, ses vêtements rouges, bleus, blancs, gris verdâtres, et son enfant dodu tout nu, forme un centre aussi charmant de forme que de couleur. Les deux jeunes femmes, aux contours amples et élégants, avec leur abondante chevelure d'un blond doré, leur carnation blanche, chaudement ombragée, et le St. Georges, dans ses nuances plus sévères, composent un groupe où des reflets vigoureux miroitent sur des fonds enveloppés d'ombres transparentes.
A droite, le groupe frais et riant des anges, aux chairs molles et rosées, avec l'agneau, dans sa jolie laine blanche, réjouit le regard. A l'arrière-plan, le portail gris, le berceau -et la touffe de roses, ainsi que le bois sur la colline sont inondés de tons plus chauds ; le soleil couchant embrase toute la scène de ses reflets et allume un foyer ardent au bas de l'horizon, dans le ciel bleu, parsemé de flocons de nuages blancs et rayé de stries enflammées.
Le tableau figurait au catalogue des œuvres d'art délaissées par Rubens, sous le n° 84, et s'appelait : la Vierge avec St. Georges et antres Saints dans nn paysage. Il fut acheté par le roi d'Espagne pour 880 florins.
Il appartient à la dernière époque de Rubens.
Le berceau de verdure et le St. Georges rappellent vivement le même
détail et le même personnage, figurant dans le tableau de la chapelle mortuaire de Rubens ; les deux saintes, derrière la Vierge, et le buisson de roses, dans lequel se jouent des anges, sont semblables à deux des femmes et au motif du même genre qu'on remarque dans le Jardin d'amour, qui a passé de la collection du duc de Pastrana à celle du baron Edmond de Rotschild, à Paris, et dans celui que possède le musée de Dresde.
Le peintre a donné à la Vierge les traits d'Hélène Fourment et la pose dans laquelle il représente sa jeune femme, dans les Jardins d'amoiir des musées de Madrid et de Dresde et dans celui de la galerie du baron de Rotschild.
Photographies : Ad. Braun ; J. Laurent.
Les groupes de la Vierge avec l'enfant Jésus et des trois anges avec l'agneau, dans un paysage qui rappelle celui du tableau suivant, ont été gravés par Christophe Jegher, d'après un dessin de Rubens (V. S. Vierges, gi).
Le cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de Paris possède deux épreuves de cette planche, retouchées par Rubens. Le cabinet des estampes d'Amsterdam en possède également un exemplaire retouché par le peintre. Le musée Plantin-Moretus possède une épreuve de la planche, avant la lettre, imprimée sur une feuille de papier qui avait déjà reçu l'impression de V Hercule, gravé par Jegher, d'après Rubens.
Cette partie du tableau a encore été gravée par un anonyme (C. Galle exe. V. S. 92), par un autre anonyme (V. S. g3), par E. Thelot (V. S. 94), par un troisième anonyme (Gaspar Huberti exe, V. S. gS), en hauteur et avec des variantes, et par F. Joubert.
Le musée de Florence possède de la composition, gravée par Jegher, un dessin faussement attribué à Rubens.
Voir planche 62.