LA MADONE
(La Vierge, l'enfant Jésus et des anges, ait milieu d'une guirlande de fleurs.)
Paris. Louvre, 42g.
Panneau. H. 85, L. 65. Médaillon. H. 38, L. 28.
j]a Vierge, coiffée d'un voile très léger, vêtue d'une robe écarlate et d'une draperie bleue, tient sur ses genoux l'enfant Jésus tout nu, qui porte les deux mains au cou de sa mère. Elle le regarde tendrement, une main sur le dos de l'enfant, une autre sous lui. A droite, un ange pose une couronne de fleurs sur la tête de la Vierge ; sept minois vaporeux d'angelets se voient à gauche dans la pénombre. Les chairs ont beaucoup de fermeté et sont traitées dans une gamme chaude ; leur contour se dessine en traits de carmin. La composition en forme de médaillon ovale, est charmante ; elle est peinte de la main de Rubens.
Le médaillon est entouré d'un encadrement de fleurs où se jouent des oiseaux, un petit singe, des insectes et des lézards. La couronne et l'encadrement sont de la main de Jean Breughel de Velours et supérieurement traités.
Ce tableau fut fait par Breughel et Rubens en 162 1, pour le cardinal Frédéric Borromée. Breughel en faisait le plus grand cas ; le 5 septembre de cette année, il écrivit à Ercole Blanchi, l'homme de confiance du Cardinal et l'intermédiaire ordinaire du peintre :
" Profitant de l'occasion offerte par l'envoi des marchandises d'Enoni, je vous expédie un autre tableau, la pièce la plus belle et la plus exquise que j'ai faite de ma vie. Le seigneur Rubens a également fait preuve de son talent dans le médaillon du milieu, qui renferme une Madone fort belle. Les oiseaux et les animaux sont faits d'après nature, sur des exemplaires appartenant à la sérénisssime Infante r> (i).
(i) Con le robbe de Enoni et bone comodita mando un altro quadro, il più belle et rara cosa che habbia fatta in vita mia. Ancho sig. Rubens ha fatta ben mcstrande sua virtu in el quadro de megio, essend una Madonna bell.ma. Li oitcelli et aniniali son fatto ad vivo de alcuni delli seren.ma Enfanto. — GIOVANNI Crivelli : Giovanni Brueghel o sue lettere e qitadretd esistenti pressa FAmbrosiana. Milano, 1868. P. 272.
Le même jour, Jean Breughel écrit au Cardinal : " Enfin, il y a cinq semaines, le tableau de VÉlément de l'air est parti avec les marchandises du sieur Annoni, et je lui ai remis en même temps un autre tableau très précieux de ma main, que j'ai volontiers destiné à Votre Illustrissime Seigneurie, parce qu'elle montre qu'elle attache quelque prix à mes petites pièces. Dans l'espoir que cette peinture lui donnera une satisfaction extraordinaire, non seulement par sa propre beauté et par le fini des animaux et des oiseaux, mais encore parce que la figurine de la Madone est faite de la main du sieur Rubens, homme de mérite et de réputation dans ce genre de travaux, je me recommande aux bonnes grâces de Votre Seigneurie. " (i).
Le II février 1622, il écrit encore au sieur Ercole Blanchi : « J'ai envoyé une guirlande de fleurs avec une Madone divinement peinte de la main de Rubens. Si elle ne vous plaît pas, je vous prie de chercher quelque monastère ou quelque prince qui la trouve à son goût, parce qu'elle me paraît une chose précieuse n (2).
Le I'" avril de la même année, Laurent Beyerlinck, écrivant au cardinal Borromée, rappelle encore l'envoi de ce même tableau (3).
Il passa, avec le reste de la collection du cardinal Frédéric Borromée, dans la bibliothèque Ambroisienne, d'où il fut enlevé par les troupes françaises,
(i) Finalmente (il quadro del ellemento del'ario) e andata chinque settemani sono colle robbe del Sig. Annoni et ancora li ho dato per connpagnia un altro quadro rarissima pur de mia mano, che per esser taie ho destinato tanto pui volontieri a V. S. 111. mo quanto lei mostra di tener in qualq preggio la mie cosette. Con speranza che questa pittura dehba dara a V. S. m. m una sodisfattiona straordinaria non sola per la vagezza e politezza usata da me nella fiori, animali et uitzelli, ma ancora per esser fatta la figurina délia Madona di mano del sig. Rubens, huomo virtuosa et famoso in queste bande. Con che mi raccomando humil.te nella bona gratia di V. S. — GlOVANNi GriveLLI : Op. cit. p. 278.
(2) lo ha mandato un quadro fatto per sua ordine, EUement del ario : un altro mandai senso ordina, un girlande de fiori per fare piatcir : le Madonna fatto divinamento de mane de Rubbens. Si detta Madonna non e seconde il gusto du su Sig.ia 111. ma, prega di trovar comodita in quelche Monesterio, o a quelche Principo, perche me pare una cosa raro : io me fide aile solito antique amicitio d V. S. — Ibid. P. 283.
(3) Jam finiebam : et ecce intervenit dum hœc scribo, familiaris meus, etiam dominationi Tuae, ab arte qua inter Pictores nostrates, quidni et exteros ? praecellit, non ignotus, Brueghelius. Qui exsiliens ad nomen R.mas Tuœ Gratiee, atque illud verecunde venerans, querebatur, quod elapso proximo Julio, eidem per mercatorem Anoni transmiserit binas tabulas affabre depictas, alteram ex voto ejusdem T. G., alteram ductam artifici penicillo nostri Rubenii, Belgici Apellis, et corollis omnigenum fiorum a se adornatam. — Ibid. P. 289.
à la fin du siècle dernier. Il fut placé dans le Louvre et y resta après i8i5.
C'est donc à tort que le catalogue de ce musée croit retrouver dans la présente Madone celle qui figure parmi les tableaux vendus dans la mortuaire de Rubens, sous le n° 24g.
Le guide de la bibliothèque Ambroisienne signale encore comme existant dans cette collection célèbre, une Vierge par Rubens entourée d'une guirlande de fleurs par Jean Breughel. C'est une erreur : la Vierge est de Van Baelen et fut faite en 1618 (i).
Dans le tableau' de Jean Breughel de Velours qui porte au musée de Madrid le n° 1228 et qui est intitulé La Vue, diverses peintures sont reproduites et entre autres la présente Madone. Elle est de dimensions assez considérables et se trouve déposée par terre, à l'extrême droite.
Photographie : A. Braun.