‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 139 sur 161 · LA MADONE · texte numérisé non relu

LA MADONE

(La Vierge atix anges).

Paris. Louvre, 428. Toile. H. i38, L, 100.

|a Vierge, vue de face, porte l'enfant Jésus et occupe le milieu du panneau. Elle tient une main sous le bras de l'enfant qu'elle laisse s'asseoir sur l'autre. Le petit Jésus met la main sur la gorge de sa mère et regarde le spectateur. Le groupe est porté par une demi-douzaine d'anges non ailés ; d'autres anges, de même forme, l'entourent : il y en a en tout une quarantaine. Au-dessus de la tête de Marie, deux d'entre eux suspendent une couronne ; d'autres tiennent des palmes.

Il y a trop de chairs, un trop grand étalage de corps rosés et blancs. La Vierge ne se distingue ni par l'expression, ni par la beauté du coloris. La robe est rouge, le manteau est bleu ; elle porte sur la tête un voile noir. Les nuages ne sont que frottés ; les anges ne sont guère plus achevés, ceux d'en bas seuls sont faits avec quelque soin. La Vierge et l'enfant aussi sont sommairement traités.

Le tout est légèrement et grassement peint. Les contours sont nettement tracés, les couleurs unies, les chairs rosées, à ombres bleuâtres et transparentes.

Comme peinture le tableau est remarquable, comme composition il est peu réussi.

Il est de la main du maître et date de i6i5 approximativement.

Gravures : V. S. 46, Corn. Visscher, sous la direction de Soutman (Titre : Quœ est ista quœ progreditur etc.) ; 47, Anonyme (F. L. D. Ciartres exe). Non décrit : L. Massard. Suivant M. Hymans, la planche publiée par Ciartres fut gravée par Claude Vignon, né en iSgo. C'est d'après lui la seule estampe originale, d'après Rubens, faite en France, avant la mort du maître (i). L'exécution de cette gravure dans ce pays semble prouver que le tableau s'y trouvait du vivant de Claude Vignon, c'est-à-dire avant 1673.

Dans la vente Arundel (Amsterdam, 1684) une Vierge avec des anges dans les airs, désigné comme un beau tableau, fut adjugée à 28 florins.

Dans la vente Josua van Belle (Rotterdam, 5 septembre i73o) parut un tableau représentant Marie avec l'enfant Jésus sur les genoux, quelques figures

(i) H. Hymans : Op cit. p. 489-490.

d'enfants qui se jouent dans les airs et quelques autres figures, par Rubens. H. 5 pieds, L. 4 pieds. Il fut adjugé à 460 florins.

2o5. ANGES ENTOURANT UNE MADONE.

Rome. Chiesa Nuova.

Ardoise. H. 425. L. i5o, environ.

ANS la partie supérieure du tableau, la Madone avec l'enfant est peinte sur un médaillon ovale encastré dans le tableau et entouré d'un cadre doré. Il est porté par treize petits anges dont les têtes couvrent une partie de la dorure du cadre. Au-dessous du médaillon, dans- les nuages du fond, se dessine une seconde rangée demi-circulaire d'esprits célestes. Tout en bas, une troisième rangée d'anges, plus grands, contemplent la Vierge.

C'est une œuvre peu importante, où l'on reconnaît à peine la main de Rubens. La carnation des anges est brunâtre et manque de moelleux, les draperies ont assez d'éclat. Les petits anges, entourant le médaillon, forment la partie la mieux réussie. La composition est d'une simplicité extrême. Rubens avoue implicitement qu'il s'est donné peu de peine pour produire une œuvre irréprochable. Il savait qu'elle serait mal éclairée et, dit-il, « je n'aurai pas à m'occuper de la faire si bonne ni de la rendre aussi finie, car jamais on ne pourra bien la juger, (i) ^ Il est vrai que, huit mois après, il appela les tableaux de la Chiesa Nuova " la moins mal réussie des œuvres de sa main -^ ; mais cette qualification flatteuse doit s'appliquer plus spécialement aux deux peintures placées dans le chœur, à droite et à gauche du maître autel.

Le médaillon de la Vierge et de l'enfant ne sont pas de la main de Rubens, mais sont, comme le disait Rubens lui-même, " l'image sacrée de la Madone de Vallicella ^ qui fut honorée à Rome dans l'église paroissiale de Santa Maria in Vallicella, église qui disparut en iSyS pour faire place à l'édifice actuel.

Suivant Mois, le médaillon du tableau de Rubens couvrait, au siècle dernier, une image miraculeuse de N. D. qui était exposée en certains jours et qu'on croyait faite par St. Luc.

(i) Lettre à Chieppio, de Rome, le 2 février 1608. (A. BasCHET : Rubens, peintre de Vincent I, duc de Mantoue. Gazette des Beaux-Arts, 1886. I, 483.)

La première pierre de l'église de l'Oratoire ou de Santa Maria in Vallicella fut posée au mois d'octobre iSyS, par Alexandre de Médicis, archevêque de Florence. Le pape Clément VIII et ce prélat la dédièrent à la Nativité de la Vierge. Ils consacrèrent le maître autel à St. Grégoire pape et déposèrent solennellement sous cet autel les corps des Saints Martyrs Papias et Maurus, nobles soldats romains. Ces reliques se trouvaient auparavant dans la diaconie de St. Adrien. Lorsque le cardinal-infant Augustin les fit enlever de là, les ouvriers découvrirent les corps de Flavia Domitilla, vierge, Nereus et Achilleus, eunuques, ainsi que des époux Marins et Martha. Tous ces restes avec ceux des Saints Papias et Maurus étaient renfermés dans trois sépulcres différents portant d'anciennes inscriptions. Le cardinal Augustin obtint de Sixte V l'autorisation de transférer les corps des SS. Papias et Maurus dans l'église de l'Oratoire (i).

Après la consécration de l'église, qui eut lieu en i5gg, on songea à l'orner et à pourvoir le maître autel d'un rétable. Rubens fut chargé d'exécuter ce dernier travail. Il fit figurer, dans son tableau, la Vierge à laquelle l'église est dédiée. Saint Grégoire pape, auquel le maître autel est consacré, et quelques-uns des Saints et Saintes dont les corps furent transférés à la nouvelle église ou découverts à l'occasion de ce transfert (2).

(i) Cogitare cœpit Augustinus infans cardinalis ut nostram ecclesiam ornaret ; omnem operam ponere statuit ut Sanctorum Martyrum Papia; et Mauri sacra corpora a diaconia St. Adriani, cujus eo tempore titularis erat, ad ecclesiam auctoritate apostolica transferrentur. Ad id porro hac movetui" occasione : decreverant hujus ecclesiœ aram maximam pervetustam instaurare exornareque ; id ubi fieri cœptum reperiuntur fabris altare demolientibus nonnullorum insignium martyrum corpora nempe Flaviœ Domitillae virginis, Nerei et Achillei eunuchorum, Marii et Marthae conjugum ac demum Papiae et Mauri, nobilium militum romanorum tribus distincta loculis cum vetustis inscriptionibus et Augustino Cardinali concessum est permissu Sixti V ut martyrum corpora Papiae et Mauri in nostram ecclesiam transferrentur, quœ corpora in sacrario fuere deposita, ibi tantisper mansura dum et ipsa basilica et ara maxima quae magnificis operibus exstructa est consecrarentur ; quse tandem dedicatio superiore anno i Sgg par Alexandrum Medicem S. R. E. presbiterum cardinalem, Florentin archiepiscopus celebrata est. (Vita Philippi Nei'i auctore Antonio Gallonio romano. Maguntiœ, 1606.)

(2) Sous le tableau du côté gauche, on lit l'inscription: Gregorio XIII Pont. Max. an. jub. MDLXXV mense octob. Alexander Medicis Florentiœ archiepiscopus lapidem primarium ritu solemni benedictum in fundamento hujus eccl. posait, démenti VIII Pont. Max. Alexander idem archiep. et S. R. E. Cardinalis banc eamdem ecclesiam Deo in honorem Nativitatis B. Marice Virginis S. Gregorii Magni papœ altare quoq. majus consecravit corpora SS. Martyrum Papiœ et Mauri solemni item ritu sub eodem altari collocavit sacrasque indulgentias de more concessit. An. MDXCIX die XXIII maii.

Le 2 décembre 1606, le peintre écrivit une lettre à Annibal Chieppio, secrétaire du duc de Mantoue, dans laquelle il lui apprend qu'il a obtenu la commande d'un rétable pour l'église de Santa Maria in Vallicella, de Rome, appelé aussi Chiesa Nuova, appartenant aux pères de l'Oratoire et alors très célèbre et très fréquentée. Le Duc, ayant voulu le faire revenir à Mantoue, reçut de Rubens la demande de pouvoir rester encore pendant trois mois à Rome ou de pouvoir y retourner pour trois mois, au printemps prochain, afin d'achever le tableau commandé. L'autorisation de prolonger son séjour lui fut accordée. Six mois après l'avoir obtenue, Rubens était encore à Rome. Pendant ce temps, il avait fait le tableau pour la Chiesa Nuova. Le g juin 1607, il écrivit de la ville éternelle, que le duc de Mantoue le rappelait pour se servir de lui dans un voyage en Flandre. Son tableau ne pouvait encore être placé, parce que l'image sacrée de la Madone de la Vallicella, qui devait être posée au-dessus, ne pouvait être transportée qu'à la mi-septembre. Le peintre exprimait l'espoir que, le voyage de Flandre terminé, le duc le laisserait revenir pour un mois à Rome. Le voyage projeté n'eut pas lieu, mais dans les premiers jours de juillet 1607, le duc Vincent se rendit à Gênes et Rubens l'y suivit.

Le 2 février 1608, le peintre est de retour à Rome et écrit à Annibal Chieppio que son tableau du maître-autel de la Chiesa Nuova a réussi au gré de tout le monde, mais qu'il est exposé dans un trop mauvais jour pour le laisser là. Il désire le remplacer par un autre tableau peint sur pierre ou sur une autre matière qui ne produisît point les reflets malencontreux de la toile. Rubens offrit le premier tableau en vente au duc de Mantoue et le crut digne de prendre place dans la célèbre galerie de son protecteur. Il l'avait entrepris pour 800 écus, mais offrit de le laisser au prix qui conviendrait au duc. Rubens en parlant de son œuvre dit : « Pour que Votre Seigneurie soit bien informée il faut aussi qu'Elle sache que le sujet est magnifique par le nombre, la grandeur et la Variété des figures de jeunes hommes et de jeunes femmes somptueusement habillées ; et, bien qu'ils soient tous des saints, ils n'ont cependant point de signe particulier ou d'attributs tels qu'on ne les puisse appliquer à tout autre saint de semblable qualité. En somme, je suis certain, que le voyant Leurs Altesses en seront aussi absolument contentes que le nombre infini de personnes que l'ont vu à Rome, n Le duc n'accepta point la proposition de Rubens. Le tableau lui resta ; il l'emporta à Anvers et le plaça plus tard, le jour de St. Michel de l'année 1610, sur le tombeau de sa mère, qu'il destinait à servir un jour de sépulture à sa femme Isabelle

Brant et à lui-même. Ce tableau, représentant St. Grégoire et quatre autres saints invoquant la Vierge, se trouve actuellement au musée de Grenoble.

Les pères de l'Oratoire permirent à Rubens de varier à son gré la composition primitive dans le rétable nouveau qu'il allait faire pour leur église. Au lieu d'un seul tableau, il en fit trois : celui que nous venons de décrire pour le maitre autel ; le second, à droite de l'autel, dans le chœur, représentant Saint Grégoire pape, Saint Maur et Saint Papien, martyrs ; le troisième, à gauche, figurant Sainte Domitille, Saints Nérée et Achillée.

Le 28 octobre 1608, Rubens écrivant au duc de Mantoue pour lui faire savoir que la nouvelle de la maladie de sa mère le rappelle dans sa patrie, lui apprend en même temps que les trois grands tableaux pour la nouvelle église à Rome sont terminés. Il les appelle la moins mal réussie des œuvres de sa main. ^ Les ornements de marbre ne sont pas finis, dit-il, et l'œuvre est peinte sur pierre. » (i)

Le 25 octobre 1608, il reçut deux cents ducats en acompte sur ces trois tableaux (2).

En donnant quittance de cette somme, Rubens mentionne sur le reçu que, des trois tableaux du chœur de S. Maria in Vallicella, celui du milieu lui sera payé selon l'évaluation de deux experts à nommer un de chaque côté. Cette somme lui sera comptée immédiatement après l'évaluation, mais on en défalquera 5o écus que Rubens abandonne et 3oo écus qu'il a déjà reçus du cardinal Serra. Les deux autres tableaux seront payés 200 écus chacun, 100 immédiatement et les 3oo autres en trois années, à raison de cent écus par an (3).

(i) Armand Baschet : Rubens, peintre de Vincent I, duc de Mantoue (Gazette des Beaux-Arts. Anne'e 1867, I, p. 314 et 3i8 ; 1868, I, p. 482 et 490).

(2) Comptes des administrateurs de l'église de Ste. Marie en Vallicelle.

2 5 octobre 1608. La chiesa deve dare ducati doicento moneta pagata al signor Pietro Paulo Rubeneo fiamingo pitore sono a buon conto di quello se li deve per la pittura del coro.

A di 1° Aprile 1612. Al signor Pietro Paolo Rubens pittore et per esso di suo ordine per la lettera scritta ail' 111° Sig. Cardinale Serra d'Anversa li 2 di marzo prossimo passato, al signor Giacomo Haze scudi 80 di moneta sono per resto et intiero pagamento di pittura de tre quadri in chiesa nostra. (A. BERTOLOTTI : Artisti belgi ed olandesi a Ronia. Firenze, 1880. P. 186).

(3) A di 25 Ottobre 1608. Roma. lo Pietro Paolo Rubens ho ricevuto da' Padri délia Congregatione dell'Oratorio di Roma, scudi ducento di moneta (a giuli dieci per scudo) li quali sono a buon conto del pagamento che mi si deve per tre quadri, quali io ho depinto nel coro délia lor chiesa, cioè une per l'altar maggiore, e duoi uno per parte del detto

Le tableau du milieu fut taxé par les deux experts à 33o écus, le 29 décembre 1609 (i).

Le 18 septembre 1610, il reçut encoi'e 100 écus par l'entremise du cardinal Serra. Par lettre du 2 mars i5i2, il pria le même prélat de payer ce qui lui restait dû à Jacques de Haze (2). Le 3i mars suivant, celui-ci reçut du père Jules César de l'Oratoire, 80 écus pour reste du compte de ces tableaux (3).

coro ; quali tre quadri mi si devono pagare, uno, cioè quello di mezzo, seconde che da duoi genrilhuomini da eleggersi uno per parte, sarà stimato : subito fatta la stima, detrattone perô scudi cinquanta di nnoneta che io H rilasso da detta stima, scudi trecento simili che m'ha pagati a detto effetto Monsignor lUustrissimo Serra, e l'altri duoi quadri mi si devono pagare d'accordo scudi duccento l'uno, dopo tre anni a venire, cento scudi ogni anno, e cento subito simili. — Et in fede ho scritto e sottoscritto la présente quittanza di mano propria.

Io PlETRO PAOLO RUBENS.

Io Giovanni Maria Ferraresi fui présente a quanto di soppra.

Io Giovanni Passini fui présente a quanto di soppra.

E a di 18 settembre 1610 si pagarono aU'Illustrissimo signor Cardinale Serra per conto del signor Rubens scudi cento.

(ALEX. PiNCHART : Bulletin Rubens. I, m. — D'' ALBERT VON Zahn ; Journal des Beaux-Arts, 1867. P. loi.)

(i) Mois donne la traduction de la quittance de Rubens et ajoute : « Le tableau du maître autel a été taxé par deux experts à trois cent ducatons, le 29 décembre 1609. )>

(2) lUustrissimo Signore. Havendo inteso per l'amorevolissima sua del 9 di febrajo come

Vostra Signoria Illustrissima era per rimettere quel poci denari délia Chiesa Nuova, m'è parso

bene levarli questo fastidio colla occasione di un amico mio chiamato Jacomo de Haze,

portatore di questa présente polizza, al quale ho dato commissione di comprarmi non so

che bagattelle in Roma. Percio supplico V. S. 111™^ sia servita di farli pagare, con commodità

sua, li suddetti denari senza ch'egli sappa niente délia Chiesa Nuova, ne habbia da trattar

con quelli Padri. Mi perdoni del fastidio, et mi conservi V. S. Illma nella sua bona gracia,

alla quale io humilmente bacero le mani. D'Anversa, alli 2 di marzo 1612.

Di V. S. Illma

Devotissimo servitore.

PiETRO Paolo Rubens.

Au dos : Air 111™° Signor mio colendissimo il Cardinale Serra, in Roma.

(PINCHART. Ibid.)

- (3) Io Jacomo de Hase soprascritto ho ricevuto dalli Padri délia Giesa Nova per mano

del padre Julio Sesaro scudi ottanto de moneta, per resto et intero pagamento di quanto doveva

avère il signor Pietro Paulo Rubens de' tre quadri fatti en la detta Giesa. Et in fede ho fatto

la présente. In Roma, questo di ultimo de marzo 161 2.

Io Jacomo de Haze mano prop.

{Ibid. p. 112.)

Dans la vente de la collection Manette, i/yS, un dessin à la plume, lavé de bistre, premier projet de ce tableau, fut vendu 40 fr. Ce dessin appartient actuellement à la collection Albertine de Vienne n*^ 411.

Le musée de Grenoble possède également un dessin de cette composition.

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