ANNONCIATION
Vienne. Muse'e de l'Académie des Beaux-Arts, 633. Panneau. Pièce ovale. H. 32,7, L. 45,3-
gauche, on voit la Vierge, assise devant une table, sur laquelle se trouvent une lampe et un livre ; elle porte une robe blanche et une draperie bleue ; l'ange vêtu d'une draperie rouge et entouré d'une clarté céleste, descend à droite.
C'est l'esquisse d'un des plafonds qui ne furent pas exécutés, mais qui étaient mentionnés dans le contrat primitif conclu entre Rubens et le père Tirinus. Elle passa dans la vente de Jacques De Roore, à La Haye, le 4 septembre 1747, et rapporta 20 florins. Photographie : Victor Angerer.
Il est difficile de juger de la valeur esthétique des plafonds de l'église des Jésuites, d'après les reproductions que nous en possédons. Il aurait fallu voir sur place les tableaux pour se faire une idée de l'eftet que produisaient les hardis raccourcis imaginés par Rubens, afin de prêter quelque illusion de vérité à des compositions représentant, vues de bas en haut, des scènes qu'en bonne logique on eût dû voir de face. On comprend les trucs ingénieux auxquels l'artiste a été obligé de recourir pour rendre vraisemblable la peinture d'une Adoration des Bergers qui se passerait au-dessus de la tête du spectateur. Le moyen le plus ordinaire employé par Rubens, c'est de montrer la scène, non pas en ligne verticale, mais en ligne diagonale, de façon à ne pas faire voir précisément la plante des pieds des personnages, mais à présenter ceux-ci comme se mouvant sur un plan incliné.
Dans la Résurrection et l'Ascension du Christ, la CJiùte des Anges, Elie emporté au ciel, V Assomption, le Couronnement de la Vierge et Moïse priant sur la montagne, le sujet prête à l'audace de la représentation ; dans la plupart des autres plafonds, on peut admirer le tour de force, on ne saurait goûter la téméraire violation des lois de la nature.
Quel fut le plan d'ensemble qui guida Rubens dans le choix de ses sujets ? Pour les dix-huit premiers plafonds, la réponse à cette question n'offre pas de difficulté. Il a représenté des scènes du Nouveau Testament en regard des faits de l'Ancien Testament qui les présageaient, suivant le S3'mbolisme de l'église catholique. La Chute de Lucifer, le séducteur d'Eve, répond à la Naissance du Christ, délivrant le genre humain ; la Reine de Saba, venant offrir ses hommages à Salomon, figure l'Adoration des Rois ; David, triomphant de l'ennemi d'Israël, symbolise le Christ triomphant, dans le désert, de l'esprit du mal ; Melchisédech, offrant le pain et le vin à Abraham, correspond au Christ, s'offrant sous les espèces du pain et du vin, dans la dernière Cène ; Moïse priant, au sommet de la montagne, et Abraham, immolant Isaac, répondent au Christ, mourant sur la croix et priant pour son peuple; le Triomphe de Joseph et la Résurrection du Sauveur, l'Enlèvement du prophète Elie et l'Ascension du Christ, Esther élevée à la dignité de reine et l'Assomption, ainsi que le Couronnement de la Vierge, sont des faits corrélatifs dans l'Ancienne et dans la Nouvelle Loi.
Les Saints ne sont pas disposés dans un ordre rigoureux, mais n'ont pas été choisis arbitrairement. En effet, nous trouvons, dans la première galerie d'en bas, les quatre pères de l'église grecque : St. Athanase, St. Basile, St. Grégoire de Nazianze et St. Jean Chrysostome; dans la seconde, les quatre
pères de l'église latine : St. Jérôme, St. Augustin, St. Ambroise et St. Grégoire, pape. Les saints et saintes de la famille du Christ: Ste. Anne et St. Joseph, les trois patronnes de l'infante Isabelle-Claire-Eugénie, et six autres saintes femmes, de grande vertu et réputation : Ste. Marie Madeleine, Ste. Cécile, Ste. Catherine, Ste. Lucie, Ste. Barbe, Ste. Marguerite, alternent avec les docteurs de l'église.
Le i5 avril i5i5, on posa la première pierre de l'église que les Jésuites bâtirent à Anvers, sur un terrain attenant à leur Collège. Ce terrain leur fut donné par la ville, qui accorda en outre un subside de vingt mille florins pour les aider dans les frais de la construction. Le père François Aguilon, qui, à cette époque, était recteur du collège avait fourni les dessins (i).
D'après la gravure de la façade de l'église par Jean de la Barre, Pierre Huyssens fut l'architecte de cette partie du bâtiment. En 1621, l'église était terminée et, le 12 septembre de cette même année, elle fut consacrée par l'évêque Jean Malderus.
En 1616, le collège fut transféré ailleurs et dans les bâtiments qu'il occupait fut installée la maison des profès de la Société de Jésus. Lorsque les travaux étaient presque terminés, les chefs de l'ordre s'adressèrent à Rubens pour lui confier la majeure partie des tableaux dont ils voulaient orner l'église. Le 29 mars 1620, un accord fut conclu entre le peintre et le père Jacques Tirinus, en présence du père Charles Scribani, recteur du Collège des Jésuites, à Bruxelles.
Voici la traduction de cet accord (2) :
Le 2g mars 1620, il a été convenu entre le Sieur Pierre-Paul Rubens et le Révérend Père Jacques Tirinus, supérieur de la maison des profès de la Société de Jésus :
1° Que le susdit sieur Rubens fournira aussitôt que cela lui sera possible, et au plus tard avant la fin de l'année courante, les trente-neuf morceaux de peinture qui doivent servir pour les plafonds des galeries, tant supérieures
(i) J. C. DiERCXSENS : Antverpia Christo nascens et crescens. Antv., 1773. VII, 86. 144.
(2) Le texte original était en flamand et de la teneur suivante :
Den 2gsten meert anno 1620, is den Eerw. pater Jacobus Tirinus, Praspositus van 't huys der professen der societyt Jesu veraccordeert met S"" Petro Paulo Rubbens.
Ten eersten dat den voorschreven S'' Rubbens soo haest het hem mogelycic sal syn immers voor het uytgaen van desen tegenwoordige jaer leveren sal de negen en dertigh stucken schilderie, de welke tôt de suffyten soo van de bovenste aïs benedenste galderien in de
qu'inférieures, dans la nouvelle église des susdits profès, suivant la liste de ces peintures à lui remise par le susdit supérieur. Si ce dernier le trouve bon, l'artiste pourra cependant être tenu de changer quelques-uns de ces sujets.
2° Le susdit S'' Rubens sera tenu de faire de sa propre main, en petit, les dessins de toutes les Sg pièces et de les faire exécuter et achever en grand par Van Dyck et quelques autres de ses élèves, comme l'exigeront la nature des pièces et les places où elles doivent servir. Il promet d'agir en tout ceci en honneur et conscience, de telle sorte qu'il achèvera de sa propre main ce que l'on trouvera y manquer.
3° Le sieur Rubens exécutera de sa propre main un autre tableau pour un des quatre autels latéraux de la susdite église, tableau qui sera désigné en temps utile par le père supérieur, ou bien, au lieu de ce tableau, il remettra au père supérieur les trente-neuf petits dessins (esquisses) mentionnés plus haut, et cela au choix du susdit S'' Rubens.
4° Au jour de l'entière remise des Sg pièces susdites, le père supérieur sera tenu de faire parvenir au susdit Rubens la somme de sept mille florins. Item, le même jour, encore autres trois mille florins pour les deux grands tableaux de nos saints pères Ignace et Xavier, déjà exécutés par le même S'' Rubens pour le chœur de la susdite nouvelle église. Et le père supérieur paiera, à partir du jour susdit, des susdits io,ooo florins au susdit S'' Rubens
nieuwe kercke van de voorschreve professen noodig syn, volgende de lyste van de selve schilderie hem overgegeven van den voors. praspositus, tôt wiens geliefte nochtans sal hy gehouden syn ettelycke van dien te veranderen soo wanneer hy 't selfde nuttig bevinden sal.
Ten tweede dat den voors. S'' Rubbens de teekeninge van aile de voors. 3q stucken sal gehouden syn met syn eygen handt in "t cleyne te maken, ende door Van Dyck mitsgaders sommige andere syne discipelen soo in 't groot te doen opwerken ende volmaken als den heysch van de stucken ende van de plaetsen daer s'ingeset moeten worden wesen sal, ende belooft hierin syne eere ende conscientie te quyten in der vuegen dat hy met syn eygen hand in de selve volmaken sal 't gène men bevinden sal daer aen te gebreken.
Ten derde dat den voors. Rubbens sal met syn eygen handt opmaken een ander schilderie voor een van de vier zyde autaeren van de voors. kercke, sulcke als den voors. P. Prceposito t'synen tyde gelieven sal, ofte in stede van dese laetste schilderie sal hy aen den voors. P. Praeposito overleveren aile de negen en dertigh kleyne afteekeningen boven genoemt, ende dat ten keuze van den voors. S"" Rubbens.
Ten vierden sal den voors. P. Praspositus ten dage van de voile leveringe van de voors. 39 stucken aen den voors. Rubbens gehouden wesen toe te schicken de somme van seven duysend guldens, item op den selven dag nog andere dry duysend guldens voor de twee groote schilderien van onse heylige vaders Ignatio ende Xaverio, alreede door den selven
une rente annuelle, à 6 1I4 p. c, de 625 florins, jusqu'à ce qu'il lui plaira d'acquitter la susdite somme en entier ou en partie.
5° Le père supérieur sera tenu de fournir la toile ou le coutil qu'il faudra pour les susdites Sg pièces.
6° Dans le cas où un tableau devra être fait pour le maitre autel de ladite église, le père supérieur ne le fera faire par personne d'autre que par le susdit Rubens, sauf conditions raisonnables et accord mutuel.
7° Le susdit père supérieur chargera, en temps utile, le susdit S'" Van Dyck de faire un tableau pour un des quatre autels latéraux de la susdite église.
Ainsi sommes nous convenus de bonne foi, en présence du Rév^ père Charles Scribani, recteur du Collège de la Société de Jésus à Bruxelles, ce 2g mars 1620.
lia est Jacobus Tirinus Prœp.
Ce document existait encore dans les archives de la maison professe des Jésuites, à Anvers, au moment de la suppression de l'ordre. Le 24 novembre 1773,
S'' Rubbens opgemaeckt voor de hoochsale (i) van de voors. nieuwe kercke ende sal den voors. P. Preepositus van dien voorseyden dage voor de voorseyde f. 10,000 aen den voorseyden S'' Rubbens jaerlycx rentswys tôt 6 1/4 p. c. betaelen f. 625, totter tyd toe hem gelieven sal de voors. somme ten geheele oft ten deele affteleggen.
Ten vyffden sal P. Praepositus gehouden wesen te leveren het lynwaert ofte teycken die noodig sullen syn tôt het opmaecken vande voorseyde 39 stucken.
Tes sesden ist by aldlen dat voor den hoogen autaer van de voorseyde nieuwe kercke eene nieuwe schilderie sal moeten gemaeckt worden soo en sal P. Praepositus die selve door niemant anders dan door den voors. Rubbens doen maken, behouden redelycke conditie ende accoort met malkanderen.
Ten sevensten sal den voors. P. Praepositus aen den voors. S'' Van Dyck ter bequamer tydt aenbesteden eene schilderie van de voors. vier seyde autaeren der voors. kercke.
Aldus ter goeder trouwe samen veraccordeert, in de tegenwoordigheyt van den eerw. P. Carolus Scribani, rector van 't Collegie der societyt Jesu tôt Brussel, desen 29 meert 1620.
(Leeger stont)
Ita est Jacobus Tirinus Prœp.
Dese gecoUationneert teghens hel origineel, berust hebbende in de archieven van het professie-huys der gesupprimeerde societyt Jesu, is door my ondergeschreven, actuarius van den
(I) Hoochsale veut dire jubé ; il est pris ici pour chœur.
il fut transcrit et collationné par le greffier Van Assche. C'est cette copie que le baron de Reiffenberg a reproduite dans ses Nouvelles Recherches sur P.P. Rubens et, après lui, van Grimbergen dans son édition flamande de l'Histoire de Rubens, par Smit ; c'est elle encore que Mois a traduite dans ses notes conservées au département des manuscrits à la Bibliothèque royale de Bruxelles.
A ce contrat était jointe la liste des sujets que Rubens devait traiter. Elle comprenait (i) :
1° Adam et Eve chassés du Paradis ; 2° St. Athanase ; 3° St. Michel précipitant Lucifer ; 4° St. Basile ; 5° Abraham immolant son fils ; 6° St. Grégoire de Nazianze ; 7° Le sacrifice de Melchisédech ; 8° St. Chrysostome ; g° Joseph triomphant comme maître d'Egypte ; 10° Annonciation de la Vierge ; 11° Naissance du Christ; 12° Trois Rois — Assomption; 13° Ste. Marie Madeleine ravie par l'harmonie des anges ; 14° Ste. Anne ; 15° Ste. Barbe ; 16° Résurrection du Christ ; 17° Ste. Cécile ; 18° Marguerite écrasant le démon au moyen d'une croix qu'elle tient à la main ; 19° Moïse priant sur la montagne ; 20° St. Ambroise ; 21° David décapitant Goliath ; 22° St. Jérôme ; 23° Salomon sur son trône d'ivoire, avec la reine de Saba ; 24° St. Augustin ; 25° Elie montant au ciel dans un char de feu ; 26° St. Grégoire ; 27° Esther implorant Assuérus ; 28° Érection de la croix ; 29° Ascension ; 3o Ste. Lucie,
heere raed ende commissaris van het selve professie-huys Van den Cruyce, daermede bevonden te accorderen.
T'oorconden in Antwerpen, desen 24 november lyyS.
J. F. Van Assche, Actuai-ius.
(Baron de Reiffenberg : Nouvelles recherches sur Pierre-Paul Rubens. Nouveaux Mémoires de l'Académie. Tome X. i835. — Historische Levensbeschrijving van P. P. Rubens. Annoté par Victor Van Grimbergen. Antwerpen L. J. de Cort, 1840. P. 403.)
(i) 1° Expulsio Adami et Evae e paradiso ; 2° Sanctus Athanasius ; 3° Michael Luciferum deturbans ; 4" Sanctus Basilius ; 5" Abraham immolans filium ; 6° Sanctus Gregorius Nasiansenus ; 7° Melchisedechi sacrificium ; 8° Sanctus Chrysostomus ; 9° Joseph dominus Egypti triumphans; lo» Annunciatio B. V. ; ii" Nativitas etc : 12° Très Reges ■ — • Assumptio ; i3° Sancta Maria Magdalena rapta ad angelorum harmoniam ; 14° Sancta Anna; i5° Sancta Barbara ; 16° Resurrectio Christi ; 17" Sancta C^ïcilia ; 18° Margareta cum cruce in manu calcans draconem ; ig" Moyses in monte orans ; 20° Sanctus Ambrosius ; 21° David Goliath caput detruncans ; 22° Sanctus Hieronymus ; 23° Salomon in throno eburneo cum regina Saba; 24" Sanctus Augustinus ; 25° Elias curru igneo in cœlum raptus ; 26° Sanctus Gregorius ; 27° Esther adorans Assuerum ; 28° Crucifixio Christi ; 29° Ascensio Christi in cœlum; 30° Sancta Lucia cum Sancta Agatha illi apparente ; Si" Spiritus sanctus in Pentecoste ; 32° Sancta Catharina ; 33° Sancta Elisabeth ; 34° Clara Eugenia. (BARON DE REIFFENBERG. Ibid.)
avec Ste. Agathe qui lui apparaît ; 3i° La Pentecôte ; 32<^' Ste. Catherine ; 33° Ste. Elisabeth ; 34° Claire-Eugénie.
Comme on le voit, le nombre des pièces désignées, au moment du contrat, n'était pas complet. Cependant, il faut dédoubler, croyons-nous, les no^ 12 et 34, de sorte qu'il y aurait 36 sujets indiqués. Il y a eu des modifications assez notables au programme primitif. Adam et Eve, l'Annonciation et la Pentecôte ont disparu. La Tentation de J. C, la Cène, le Couronnement de la Vierge, St. Joseph, les Noms de Marie et de Jésus ont été ajoutés.
Aux termes du contrat, les plafonds devaient être terminés avant la fin de l'année 1620. En admettant qu'ils étaient placés lors de la consécration de l'église, le 12 septembre 162 1, ils n'auraient demandé que dix-huit mois de travail.
Rubens exécuta de sa main les esquisses du programme primitif. On a vu qu'une des compositions, dont le sujet fut remplacé, a été conservée. Il exécuta, en outre, les esquisses des sujets indiqués après la conclusion du contrat. Inutile de dire qu'il se fit assister par ses élèves et notamment par Antoine Van Dyck.
Au milieu du dix-huitième siècle, diverses esquisses authentiques de Rubens se trouvaient dans des collections particulières, et, dans le courant du même siècle, des répétitions des plafonds se rencontrent dans les ventes publiques. En dehors des pièces de ce genre que nous avons mentionnées, nous avons encore trouvé dans la vente de Maximilien De Hase, tenue le 10 juin 1782, à Bruxelles: - Quinze esquisses en gris représentant les plafonds des Jésuites d'Anvers par Rubens, hautes 9 pouces, larges i3 pouces, ^ vendues 34 florins; dans la vente de François-Corneille-Gislain de Cuypers de Reymenam, à Bruxelles, le 27 avril 1802, se trouvaient : ^ Dix-sept esquisses de P. P. Rubens qui ont servi de modèles pour les fameux tableaux du plafond des Jésuites d'Anvers. ^- Elles furent adjugées à Sprujt, au prix de 98 florins. Le bas prix atteint par ces deux lots d'esquisses prouve assez qu'on n'ajoutait nullement foi à leur authenticité.
Il est très probable que Rubens ne fournit point aux Jésuites les esquisses des plafonds. En effet, plusieurs de celles-ci flguraient déjà dans des collections particulières, avant la suppression de l'ordre. Par contre, il exécuta pour leur église, non seulement les deux tableaux pour le maitre autel dont il est question dans le contrat, ainsi que le troisième tableau dont on avait stipulé la livraison comme équivalent des 39 esquisses, mais encore un quatrième tableau pour la chapelle latérale de la Vierge. Les deux tableaux du maître
autel sont les Miracles de St. Ignace et les Miracles de St. François Xavier ; le troisième tableau, placé sur l'autel latéral à droite, représentait une Sainte Famille, connue sous le nom du Retour d'Egypte ; le tableau de la chapelle de la Vierge représentait V Assomption de Marie (i).
Des trente-neuf plafonds, les neuf premiers se trouvaient dans la galerie supérieure, à gauche en entrant ; les neuf suivants, dans la galerie supérieure, à droite ; les neuf suivants, dans le bas côté, à gauche ; et les n^'^ 28 à 36, dans le bas côté, à droite. Les trois derniers plafonds : Ste. Elisabeth, St. , Joseph et Ste. Claire se trouvaient sous le jubé : le premier, à droite ; le second, au milieu ; le troisième, à gauche. Les quatre premières séries commençaient à partir du côté des autels. Le Nom de Jésus se trouvait devant l'entrée de la chapelle de St. Ignace, donnant dans la nef latérale à gauche de l'église ; celui de Marie figurait devant la chapelle de la Vierge, débouchant dans la nef opposée. Les gravures de Preisler et de Punt donnent à chacun de ces deux plafonds la place de l'autre.
Les tableaux des plafonds avaient environ 4 aunes (280 centimètres) de largeur, sur 3 aunes (210 centimètres) de hauteur. Leur côté supérieur était tourné vers les autels. Les peintures étaient entourées de cadres et d'ornements dorés ; chacune d'elles correspondait à une des arcades des deux galeries superposées qui entouraient l'église. Dans les galeries supérieures, elles étaient alternativement quadrangulaires et octogones ; dans les galeries inférieures, alternativement octogones et ovales.
L'église des Jésuites, telle qu'elle était au jour de son achèvement, était merveilleusement belle. On peut s'en convaincre par les nombreuses vues de l'intérieur qui ont été conservées et qui furent peintes, entre autres, par Antoine Gheringh et par Sébastien Vrancx. De ce dernier peintre, la galerie impériale à Vienne en possède une. D'Antoine Gheringh, il s'en trouve une au même musée ; une autre, à la pinacothèque de Munich ; une troisième, au musée de Madrid.
Les écrivains qui parlent de ce temple n'ont pas de termes assez hyperboliques pour en louer la splendeur. Un auteur cité par Gevartius (2) dit en parlant de la nouvelle église : ^ La beauté de l'intérieur de l'édifice fait songer à la splendeur des demeures célestes. On ne saurait dire si c'est l'éclat de l'or ou la richesse du marbre poli qui ravit davantage les yeux. Le pavement en marbre bleu et blanc ajoute à la magnificence du spectacle. La voûte du
(1) DiERCXSENS : op. cit. VII, 146.
(2) Pompa Introitus Ferdinandi. P. 170.
vaisseau de l'église est toute entière ornée de rosaces d'or qui brillent dans une série non interrompue de compartiments dorés, de sorte que l'on pourrait croire à la représentation d'un ciel d'or. Des colonnes de marbre blanc soutiennent des deux côtés des galeries doubles, dont l'une est d'ordre dorique, l'autre d'ordre ionien. Toutes les deux entourent l'édifice entier, à l'exception du chœur, et, sous leurs voûtes, elles présentent un emplacement excellent pour les confessionnaux. Les plafonds de ces galeries sont plats, mais ils ne gagneraient pas a être en voûte, ou a être faits en or, vu leur matière et leur aspect. En effet, ils sont revêtus des plus nobles peintures qui représentent les mystères de notre salut dans des tableaux tirés parallèlement de l'Ancien et du Nouveau Testament, ou bien des personnages des deux sexes, fameux par la sainteté de leur vie. Tous ces plafonds ont été dessinés par un peintre célèbre, qui, eu égard aux difficultés à vaincre, dans la pose et dans la perspective, s'est, dit-on, surpassé lui même. Le chœur enfin est digne d'un palais de Dieu. On trouve ici à admirer, dans la voûte, l'art du sculpteur qui a façonné la pierre blanche, contrastant avec les marbres marquetés des degrés de l'autel et des parois, r,
Une grande partie de ces splendeurs, et entre autres les plafonds de Rubens, périrent dans l'incendie allumé par la foudre qui réduisit en cendres la majeure partie de l'église des Jésuites, le lundi i8 juillet 1718, entre midi et demi et trois heures. Il ne resta debout que la façade, le chœur, les chapelles latérales et la tour. Heureusement, les quatre grands tableaux de Rubens qui ornaient les autels furent sauvés.
On comprend l'émotion que causa ce désastre. Le souvenir nous en est conservé dans deux pièces de vers parues immédiatement après la calamité, l'une en flamand (i), l'autre en français (2).
^ Les trente-neuf plafons avoient été dessinés en 1711 et 171 2 par
(i) Klaegende-dicht over het onverwacht en schrickelijck verbranden totten gronde, van den overschoonen en vermaerden Tempel Godts van het Hiiys der Professien van de Societeyt Jesu biniien Antiverjpen den 18 julii, DOOR 'T SNEL bLIXeM VIer GESChIet. 't Antwerpen, by Joannes Paulus Rohyns, 171 8. Cette pièce eut deux éditions en cette même anne'e. La première contenait une invective contre un prêtre qui, dit-on, s'était réjoui de la catastrophe et y avait vu une punition divine infligée aux Jésuites. Cette attaque contre un membre du clergé fut supprimée dans la seconde édition.
(2) Description de Tinestimable perte causée par tincendie de HEglise de la Maison Professe des RR. PP. de la Société de Jésus à Anvers le 18 juillet 1718. Avec l'explication de chaque tableau qui y a été brûlé. Mise en vers par "'. Anvers, chez Jean François Lucas.
Jacques De Wit, peintre hollandais, du temps qu'il étudioit à l'académie d'Anvers, au pastel. Mais comme ces desseins étoient fort légèrement touchés, il les dessina plus en grand, et au crayon rouge, en 1720, et les fit passer sous la presse pour en avoir les contr'épreuves, avec intention de les faire graver, ainsi que beaucoup d'amateurs le lui conseilloient. Mais ayant trop d'occupations d'ailleurs, ce projet n'eut pas de suite et, en 1724, il vendit ces derniers desseins à Demoiselle Marie-Elisabeth De Waal, dame de Anckeveen.
- En 1730, il dessina de nouveau en couleurs ces trente-neuf plafons d'après ces desseins de 1712, qu'il ne vouloit point produire en public, pour leur peu de mérite, mais les copies furent admirées des connoisseurs pour le souvenir d'une si belle décoration.
V Jean Punt, très habile sculpteur d'Amsterdam, l'ayant prié, en 1743, de vouloir bien lui prêter ses desseins, pour les mettre au jour par la gravure, M'" De Wit, par amour pour les arts, voulut bien retoucher ces contr'épreuves pour la facilité du graveur ; mais cet ouvrage n'avança que lentement. »
Voilà comment Jacques De Wit lui-même a raconté l'histoire des copies qu'il fit d'après les plafonds et dont 36 pièces furent gravées par Jean Punt (i). Lui-même a gravé plusieurs estampes à l'eau-forte d'après ses propres dessins. Voorhelm Schneevoogt en cite dix : St. Michel, la Naissance du Sauveur, la Tentation au désert, la Résurrection, le Triomphe de Joseph, V Ascension de J. C, VEnlèvement du prophète Elie, l'Assomption de la Vierge, Esther devant Assuérus et le Couronnement de la Vierge ; nous y avons ajouté une onzième, le Sacrifice d'Abraham.
La première planche de J. Punt est datée de 1747, la 22'= de 1759 ; les 14 suivantes ne portent point de date, mais le frontispice porte celle de 1753. Certains exemplaires sont pourvus du titre imprimé suivant: De Plafonds of Gallery stukken uit de kerk der Eerw. P. P. Jesuiten te Antwerpen, geschilderd door P. P. Rubens naer deszelfs édite schilderyen geteekent door Jacob De Wit en in H koper gebragt door Jan Punt. Te Amsterdam hy Jan Punt. MDCCLI. Cette dernière date prouve que le graveur fit paraître une partie de son travail avant l'achèvement de toutes les planches.
Dans la vente de la collection de Jacques De Wit qui eut lieu, après sa mort, en 1755, à Amsterdam, parurent les 36 plafonds, avec le titre composé pour la publication de Jean Punt, dessinés à la craie rouge et
(i) Description des églises d Anvers, par Jac. De Wit, traduite par Mois dans ses Notes sur Rubens, existant, en manuscrit, à la Bibliothèque royale de Bruxelles.
noire. On vendit également les contre-épreuves de ces dessins. Les deux lots furent achetés par J. Punt, le premier à 5o, le second à 70 florins. La collection des 36 aquarelles, d'après les plafonds, fut acquise, à la même vente, par De Leth pour 25o florins (i).
Les 36 aquarelles parurent dans la vente de Ploos van Amstel, ainsi que 14 copies à la craie rouge et noir (2).
Les mêmes aquarelles revinrent encore dans la vente De Visser, à La Haye, en 187g, et furent achetées, au prix de 325 florins, pour le musée Plantin-Moretus d'Anvers où elles se trouvent actuellement.
Plusieurs des contre-épreuves des dessins faites pour le graveur par De Wit étaient, il y a peu d'années, en possession de M. Jos. Linnig, graveur et marchand d'estampes à Anvers. Ils périrent pour la plupart dans un incendie. Une seule pièce fut sauvée et donnée par M. Linnig au musée Plantin-Moretus. C'est le Sf. Jean Chrysostome. M. René délia Faille, d'Anvers, possède trois feuilles d'une autre suite de dessins à la sanguine, probablement la seconde des deux que fit De Wit, ce sont le St. Ambroise, la Ste. Eugénie et le St. Jean Chrysostome .
Le graveur Jean-Juste Preisler grava la première galerie d'en haut et la première d'en bas ainsi que la Ste. Claire. Nous avons parlé des différences que ces gravures présentent avec celles de Jean Punt. Preisler attribue les plafonds à la collaboration de Rubens et de Van Dyck, et ce non sans raison, comme on l'a vu. Dans sa préface, il dit que la plupart des pièces sont de la composition de Rubens, et quelques-unes de Van Dyck, allégation qui n'est fondée sur aucune preuve.
Ces gravures furent faites d'après des croquis pris par un peintre de réputation, de Dresde, nommé Millier. Elles furent publiées à Nurenberg par George-Martin Preisler, en I735, sous le titre de Clarissimonim virorum P. P. Rubens et Ant. van Dyck prœcellentissimœ celeberrimœque pidurœ quœ olim in amplissimo R. R. P. P. Soc. Jesu Antwerpiensium templo fuenmt.
Millier avait probablement copié aussi les autres plafonds. En effet, nous possédons nous-même une aquarelle de la Ste. Barbe ayant exactement la dimension des gravures de Preisler.
La gravure de la Tentation de J. C. au désert, par Christophe Jegher, fut faite en i633. Dans les comptes d'ouvriers de l'officine plantinienne, on
(i) Catalogus Jacob De Wit. Amsterdam, lySS. P. 44, 47, 90. (2) Catalogus Ploos van Amstel. Amsterdam, 1800. I, 174.
lit, sous la date du 3 au 8 septembre de cette année : " Hans Bruneel et Steven Grem ont imprimé une rame de la Tentation du Christ, pour Rubens, 3o sous, y
Dans les archives de l'ancienne église des Jésuites, à Anvers, actuellement réélise de St. Charles Borromée, on conserve une riche collection de dessins architecturaux de diverses parties de l'église primitive. Une partie de ces dessins est attribuée à Rubens ; mais aucun document ne prouve, d'une manière certaine, l'intervention du grand peintre. Dans les mêmes archives, nous avons trouvé une description des plafonds de Rubens faite, peu de mois après l'incendie, par un inconnu qui les connaissait bien et en avait gardé un souvenir remarquablement fidèle. Il le confia au papier " pour que les amateurs de l'art qui ont vu les plafonds puissent se les rappeler d'une manière vivante, et pour que ceux qui ne les ont jamais vus puissent s'en faire quelque idée. •' Nous avons été heureux de pouvoir nous aider, en quelques endroits, de cette description fort détaillée.