TRIOMPHES DE LA FOI
ou s le nom de Triomphes de la Foi, on connaît dans l'œuvre de Rubens une suite de compositions exécutées dans le but de servir de modèles pour des tapisseries. Elles ont, en réalité, pour sujet la Glorification de l'Eucharistie. Nous les désignons sous le nom moins simple, mais plus exact de Triomphe et Figures de l'Eucharistie. Du temps de leur auteur, on les appelait, tantôt les Figures et Mystères de l'Eucharistie, tantôt le Triomphe de l'Eglise. Actuellement, ces compositions portent des noms fort disparates et incohérents, qui, déjà, leur furent donnés par les graveurs de l'école de Rubens, peu de temps après sa mort. On les désigne, entre autres, sous le titre de : la Destruction de l'Idolâtrie, le Triomphe de la Nouvelle Loi, le Triomphe de l'Eglise par l'Eucharistie, le Triomphe de la Charité, le Temps qui découvre la Vérité et terrasse rHérésie. Comme on pourra facilement s'en convaincre par la description qui va suivre, il ne s'agit, dans une partie de la série, que du triomphe remporté par l'Eucharistie sur ses différents ennemis ; la seconde partie représente les événements de l'Ancien Testament présageant le dogme
de l'Eucharistie ; la troisième, les Évangélistes, et les Pères de l'Église qui l'ont fait connaitre et enseigné, les souverains et les papes qui l'ont confirmé et défendu.
41. LE TRIOMPHE DE L'EUCHARISTIE SUR L'IDOLATRIE. Tableau inconnu.
[a composition figure une espèce de scène de théâtre, formée par deux colonnes torses posées sur un soubassement et supportant une voûte plate. Entre ces deux colonnes est suspendue une tapisserie maintenue par deux anneaux, dans lesquels passe une guirlande de fruits. Trois anges soutiennent cette tapisserie, sur laquelle est peinte le sujet du tableau.
Rubens a donc représenté en un trompe-l'œil, simple jusqu'à la naïveté, la tapisserie et les colonnes entre lesquelles elle est censée être suspendue.
Dans le coin supérieur, à gauche, un ange apparaît dans un faisceau de rayons célestes. Il porte d'une main le symbole de l'Eucharistie, le calice surmonté de l'hostie, de l'autre la foudre. Sa vue seule suffit à mettre en fuite les sacrificateurs païens qui étaient sur le point d'immoler un taureau à Jupiter. Effrayé par l'apparition, le prêtre, un beau vieillard à barbe blanche, la tête couronnée de lauriers et enveloppée de son manteau, s'enfuit tout éperdu ; son assistant le suit ; un des immolateurs, un homme taillé en athlète, la poitrine et les jambes nues, lève le bras pour protéger sa tête ; le second, un genou plié en terre, tient le taureau par les cornes et regarde tout ébahi le messager céleste. Un joueur de lyre s'est laissé tomber, le visage décomposé par la frayeur ; un enfant, tenant une flûte à la main, pleure de saisissement ; le serviteur, portant le feu pour allumer le bûcher, s'élance également en avant.
Dans cette fuite de tous les ministres du temple, l'autel de Jupiter fulminant est renversé, la boîte à encens est tombée, le vase à libations laisse couler son contenu. Tout annonce un désarroi général. A droite, en haut, trône une statue de Jupiter auquel un prêtre et une prêtresse font une offrande.
C'est un spectacle émouvant, dans sa simplicité grandiose. Le geste noble et la belle figure de l'ange, expriment une force idéale, supérieure à toutes les puissances terrestres et forment un vif contraste avec les superbes figures
herculéennes des prêtres et de leurs aides ; la beauté sereine du messager céleste, dont le courroux anime les traits sans les altérer, fait mieux encore ressortir l'épouvante qui s'est emparée des serviteurs de l'ancienne religion et le désordre de leurs mouvements.
Rubens a su animer d'un puissant souffle dramatique cette représentation d'une lutte de deux religions, et la personnification d'une idée abstraite n'a pas fourni d'œuvre plus saisissante que celle-ci.
Gravures : V. S. (Histoire et Allégories sacrées) i3, Schelte a Bolswert ; 14, Franc. Ragot ; i5, E. Picart le Romain.
Les gravures de Bolswert et de Lauwers, faisant partie de la série du Triomphe de l'Eucharistie, furent dédiées, entre 1645 et i656, par P. Hannecart, échevin de la ville d'Anvers, à l'archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas.
Tapisseries : Une tapisserie faite d'après ce modèle appartient au couvent des Dames religieuses déchaussées royales à Madrid. Le baron Erlanger en possède un exemplaire provenant de la vente du duc de Berwick et d'Albe (août 1877), exécuté par François Van den Hecke, de Bruxelles, L. 655, H. 410. M. J. Vayson, à Abbeville, en possède un troisième, signé par Jean-François Van den Hecke (i).
Le musée de Madrid (n"^ 1620) possède, de la même composition, une petite copie, photographiée par J. Laurent. Voir planche i3.
^i-'i^ LE TRIOMPHE DE L'EUCHARISTIE SUR L'IDOLATRIE.
Londres. Collection Robinson.
Esquisse. Panneau. H. 71, L. 100.
|ne esquisse de ce tableau, légèrement peinte et peu accentuée, fait partie de la collection de M. Robinson à Londres. Elle nous a paru authentique. Elle fut cédée, en 1840, par M. Buchanan à J. Morrison M. P. (Sm. IX, 192). C'est probablement la même esquisse qui fut vendue dans la collection de M. de la Hante, en 1814, à 410 guinées
(1) ALPH. WauteRS : Les Tapisseries bruxelloises. Bruxelles, 1878. P. 307-310.
et, en 1816, à 3oo guinées, quoique Smith lui donne un autre nom (Sm. II, 497). Dans la collection Munro, on vendit à Londres, le i juin 1878, une esquisse du Triomphe de l'Église de Rome, ayant les mêmes dimensions.