‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 40 sur 161 · ET LA SCIENCE · texte numérisé non relu

ET LA SCIENCE

(Triomphe du Catholicisme ou de la Nouvelle Loi).

Paris. Musée du Louvre, 432.

Toile. H. 481, L. 595.

[eux colonnes posées sur un soubassement portent une architrave et forment avec elle un encadrement. Comme dans le précédent tableau, le sujet est représenté sur une toile que quatre anges suspendent à la voûte et aux colonnes.

Au milieu de l'architrave, un cartouche porte l'inscription Fides Catholica. L'Eucharistie, représentée par une femme élevant le calice surmonté de l'hostie, est debout sur un char composé d'une plate-forme portant sur deux roues. A côté d'elle, se trouve un globe terrestre symbolisant le monde qu'elle a conquis ; sur le devant du char, on voit un ange, le genou en terre et tenant une énorme croix, symbole du Christianisme. Deux anges ailés, de grande taille, tirent le chariot ; deux petits anges le poussent. Au devant de la figure symbolique, voltigent deux autres petits anges portant, l'un la couronne d'épines et le suaire, l'autre les clous de la croix.

Derrière le char, marche un groupe composé des représentants des idées que le dogme catholique a vaincues. C'est d'abord la Science profane, sous les traits d'un savant portant d'une main une sphère armillaire et de l'autre un livre ; puis, la Philosophie, représentée par un vieillard au buste nu et à la figure refrognée, et par une seconde figure, la tête couronnée de fleurs, caractérisant à eux deux les Stoïciens et les Épicuriens ; enfin, la Nature matérielle, symbolisée par une belle femme, à six mamelles nues. Science Philosophie et Matière, toutes ont été vaincues par la religion nouvelle et toutes suivent son char triomphal. Une dernière figure d'homme, faisant un geste d'admiration, se montre contre le cadre à gauche. Au-dessus de ce

groupe volent deux anges, dont l'un porte un flambeau et montre de la main la figure de l'Eucharistie.

Sur le devant du soubassement, on voit un réchaud sur lequel est posé un creuset contenant un cœur. Des deux côtés du réchaud, un monstre ailé, au buste de femme, à griffes de lion et à queue de poisson.

Les différents personnages sont heureusement disposés et remplissent bien la grande toile. Leur attitude inclinée, la belle pose de la figure principale qui étend la main en avant et retourne la tête, tandis que le vent fait flotter ses draperies, indiquent simplement, mais heureusement le mouvement du cortège. C'est un magnifique spécimen d'une marche triomphale rubénienne : le vainqueur se campe avec une aisance superbe et emphatique, les vaincus étalent l'ampleur hyperbolique de leurs muscles.

La peinture, aux couleurs sobres, à la lumière claire et unie, se détache sur un fond neutre. L'impression du travail est celle d'un superbe décor moins -soigné, moins achevé que la galerie de Marie de Médicis. La composition est conçue avec aisance et exécutée avec beaucoup d'entrain. Les anges et la figure de l'Eucharistie, surtout, sont remarquables par l'élégance de leur tournure. Composition rubénienne, exécutée par un élève, et retouchée par le maître dans les parties principales.

Les reflets dans les draperies, la lumière abondante et claire et toute la facture indiquent la date de 1626 à 1628.

Gravures: V. S. 16, Nie. Lauwers ; 17, Fr. Ragot; 18, Anon. (Mariette exe.) ; ig, Anon. (H. Jans exe). (Inconnu à V. S.) Ch. de Billy. La gravure de Nie. Lauwers porte dans le cartouche fixé à l'architrave le titre : Novœ Legis Triumphus.

Tapisseries : Des exemplaires de la tapisserie, faite d'après ce modèle, se trouvent au couvent des Dames religieuses déchaussées royales, à Madrid, dans la collection du baron Erlanger, et dans celle de M. Michel Ferrie à Marseille. Le dernier est signé par Jean-François Van den Hecke, de Bruxelles.

Le musée de Madrid (no 1622) possède une petite copie de cette composition, photographiée par J. Laurent.

L'église de St. Pierre, à Gand, possède une ancienne copie de dimensions plus grandes, ayant appartenu à l'ancienne abbaye de St. Pierre (i). Voir planche 14.

(i) Ch. Piot : Rapport sur les tableaux enlevés à la Belgique en 1794. Bruxelles, ]883. Pp. 428, 430, 439.

Page 1