‹ L'œuvre de P.P. Rubens (volume 3)Chapitre 70 sur 161 · I02. LOTH QUITTE SODOME · texte numérisé non relu

I02. LOTH QUITTE SODOME

Blenheim. Galerie du duc de Marlborough. Toile. H. 2o3, L. 229.

la gauche du tableau, un ange s'avance en montrant le chemin au patriarche. Celui-ci ne quitte Sodome qu'à regret, sa femme l'accompagne en pleurant ; derrière lui, un ange lui montre ses deux filles, dont l'une porte, dans un panier, l'argenterie, et l'autre, sur la tête, un paquet enveloppé dans une étoffe de laine. En avant des personnages court un petit chien. Fond : ciel nuageux ; à gauche, lourde bâtisse ; à droite, porte de ville.

Le premier ange, en commençant à gauche, est enveloppé d'une draperie rouge sur une robe d'un vert foncé ; le second d'une draperie couleur de grenade ; la première fille porte une jupe de la même nuance et une robe bleue ; la seconde, une robe amaranthe, au revers jaune, et une jupe couleur de fer ; Loth est drapé dans un manteau couleur d'ardoise foncée.

C'est un excellent tableau, fait probablement en collaboration par Rubens et Van Dyck. Le second ange a les traits de ce dernier, ce qui est, comme nous le verrons ailleurs, une présomption qu'il a commencé l'œuvre. Rubens, qui en a fourni l'esquisse, a eu une grande part à l'exécution définitive.

Le tableau, à n'en pas douter, fut produit vers 1617, époque à laquelle il fut gravé par Luc Vorsterman, le père.

Suivant le catalogue de la collection du palais de Blenheim, il fut offert par la ville d'Anvers à Lord John Marlborough, le fameux général anglais, en reconnaissance des services rendus à notre patrie par ses victoires sur les Français. D'après Mois, le tableau fut acquis par la ville d'Anvers du peintre Jacques De Wit, pour la somme de 2000 florins. Ce cadeau doit avoir été fait lors de la capitulation d'Anvers, le i5 juin 1706 (i).

Les archives de la ville d'Anvers ne paraissent point avoir gardé de trace de cette dépense. M. l'archiviste Génard, qui a bien voulu faire des

(i) Als Marlborough tôt Antwerpen synde de konst tôt de Wit had gesien, is hy seer verwondert geweest over een stock van Rubens verbeeldende Lotii met syne dochters en vrouw uyt Sodoma door de Engels geleyt wordende, waervan de prent uytgaet. Voorder liet Cadogan weten aen de heeren van de Magistraet dat dit aen Marlborough soo wel aenstont, deweicke het voorseyde stuck van de Wit afgekocht hebben voor 2000 gulden en hebben het hem présent gedaen. (Manuscrit cité par MOLS : Bibliothèque royale de Bruxelles, n° 5y3^, p. iSy.)

recherches concernant le fait, n'a trouvé mentionné qu'une somme de 35 livres d'Arthois payées au batelier Bonaventure Janssens qui, le i3 novembre 1706, transporta le tableau à Gand (i).

Gravures: V. S. g, Lucas Vorsterman se. et exe. An° 1620; 10, Anonyme (J. C. Visscher exe.) ; 11, Langot.

La planche de Vorsterman fut dédiée par Rubens à son beau-père Jean Brant : Eruditione et probitate Cl™° V. D. Joanni Brantio JO° urbi Antverpiensi ab actis, socero amantissimo, Petrus Paulus Rubens gêner, observantise ergo. D. D. Elle porte les privilèges de la France, des princes Albert et Isabelle, et des États-généraux des Pays-Bas. C'est une de celles dont parle Rubens dans sa lettre à Pierre Van Veen du ig juin 1622. Il dit que le graveur l'exécuta, lorsqu'il venait d'arriver chez Rubens (2).

En 1620, Rubens fit paraître g planches gravées par Vorsterman. Il est évident que le graveur ne les fit pas toutes, la même année. Il lui aura bien fallu deux ou trois ans pour les exécuter et l'on peut donc admettre qu'il tailla la première, celle dont nous nous occupons, vers 1617.

Le Louvre (Dessins exposés, 576) possède le dessin fait par Vorsterman pour sa planche. Il a été coupé dans le haut et du côté gauche. Une photographie en a été faite par A. Braun.

Une partie de ce dessin a été gravée sur bois par R. Walker pour la Gazette des Beaux- Arts, du i mars 1884, et servit à illustrer un des articles de la Vie de Rubens, par Paul Mantz. Voir planche 28.

io3. LOTH ENIVRÉ PAR SES FILLES.

Blenheim. Galerie du duc de Marlborough. Toile. H. i83, L. 2i3,5.

gauche, Loth est assis par terre, le dos appuyé contre des coussins. Une draperie violette lui couvre le milieu du corps ; le buste et les jambes sont nus. Une de ses filles, grande et forte, est accroupie vis-à-vis de lui, sur une draperie rouge. Elle est toute nue, verse à boire à

(i) ARCHIVES D'ANVERS ; Stadsrekening. Domeinen, 1706, fol. 376. (2) La Uscita di Loth colla moglie et figliuole di Sodoma, che fu intagliata da principio ch'egli venne astante mio. (C. RUELENS, Pierre-Paul Rubens, 83 et 143.)

son père et tient un plat de fruits à la main. La seconde fille, drapée de bleu, est assise près de Loth et tient la coupe dans laquelle sa sœur verse. Les fumées du vin commencent à obscurcir l'intelligence du vieillard et d'un œil fixe, allumé par le désir incestueux, il regarde la première de ses filles. Au-dessus des personnages est suspendue une draperie rouge, attachée à un arbre.

C'est un travail de la première époque de Rubens, d'un ton clair et uni, fait par un élève, retouché par le maître et en somme peu important.

D'après Smith, qui en fait un éloge auquel nous ne pouvons pas nous rallier, le tableau fut présenté à John Marlborough par l'empereur d'Allemagne.

Gravure: V. S. 12, W. De Leeuw.

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